Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

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Voyage aux quatre coins de la planète :

les paradoxes de l’astrologie saisonnière

 

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Alors que l’astrologie chinoise est passée à l’année du coq il y a déjà quelques semaines, l’astrologie occidentale elle, commence sa nouvelle année avec l’équinoxe de printemps, au moment où le soleil passe sur le point vernal et entre dans le signe du Bélier (1er des 12 signes des astrologues). Or, le symbolisme astrologique est fortement teinté de références aux « saisons », aux saisons du bassin méditerranéen en particulier. Ainsi, selon que vous êtes né pendant telle ou telle saison, votre personnalité est censée « comme les bons vins » être marquée par les traits qui caractérisent le lieu et le moment de votre naissance dans l’année. Si nous ne voulons pas porter de jugement, ici, sur le sérieux ou le ridicule des affirmations des astrologues, nous aimerions par contre montrer en quoi la référence aux « saisons » n’a rien de simple ou de naturel en soi, et en quoi il est contradictoire pour une astrologie, même multimillénaire, de s’y référer comme elle s’autorise à le faire.

 

En effet, lorsque eut lieu, officiellement il y a un peu plus de 2.000 ans, la séparation entre zodiaque sidéral (des constellations astronomiques) et zodiaque tropique (des signes astrologiques), l’astrologie se stabilisa artificiellement sur une année de type calendaire (et non plus astronomique) calée sur les saisons. Celles-ci s’imposaient comme référent premier d’explication (ou plutôt de description) d’un symbolisme astrologique qui, aujourd’hui encore, est représenté en analogie avec le déroulement des saisons sous nos latitudes.

 

Pour illustrer ceci, une partie du symbolisme associé au Verseau (21 janvier – 18 février) par les astrologues est décrit comme suit : « Le soleil apparaît peu. Il fait froid. La graine est enfouie dans le sol. Le développement de la vie est invisible aux yeux de l’homme. Mais c’est le moment où s’enclenche le processus de germination. Le Verseau est discret. Il exprime peu ce qu’il ressent. Il semble détaché du monde et des choses, réfléchi : c’est un être réservé. Il s’intéresse peu au domaine des réalités tangibles et se tient éloigné de l’instinct. Il est porté sur les valeurs de l’esprit : le Verseau est un idéaliste, il aime formuler ce qui n‘est pas encore conçu, c’est un anticipateur ».

Différemment pour le Bélier : « C’est l’équinoxe de printemps (…) rapidement le jour l’emporte sur la nuit, la lumière augmente de plus en plus, c’est la fin de l’hiver, la chaleur l’emporte sur le froid, le soleil brille, les bourgeons éclatent de leur enveloppe, (…) la sève irrigue les pousses (…) [qui] jaillissent un peut partout, les animaux s’accouplent. (…) Le Bélier est un actif impulsif qui ne prend pas toujours le temps de réfléchir. Il agit avec passion. C’est un être pressé de vivre, il est incapable de ruse et peut avoir tendance à se précipiter naïvement. » (Solange de Mailly Nesle, « L’astrologie : l’histoire, les signes, le thème… et la science », 1994, éditions de la Martinière).

 

Il faut comprendre ici que l’astrologue applique les principes d’une astrologie conçue comme « universelle » et qui prône que tout est dans tout (et réciproquement… :-) ), à savoir que l’être humain serait à l’image d’un monde qui pour elle, n’a pas encore les grandes dimensions de l’Univers telles qu’elles sont pourtant définies par l’astrophysique. Ceci lui permet de concevoir qu’un bébé naissant à un instant t peut être influencé par l’état « du reste du monde » à ce moment. Comme nous allons le voir plus loin, aux conséquences de l’erreur de perception multimillénaire d’une astrologie qui a longtemps placé l’Homme au centre du monde, s’est ajoutée avec cette référence aux saisons, une forme de nombrilisme occidental. Il fait de nos saisons locales une forme de modèle dogmatique permettant d’attribuer des propriétés à tous les bébés, n’importe où qu’ils naissent et sans aucun mécanisme de justification.

 

 

Les incohérences de l’Histoire

 

Il y a traditionnellement deux arguments à opposer à cette approche des choses. Le premier se situe quant à l’origine même des symboles de l’astrologie, et ce, directement en rapport avec la fameuse précession des équinoxes. En effet, si nous nous déplaçons dans le temps à l’échelle de l’histoire de notre civilisation, il se trouve que l’origine des symboles des 12 signes astrologiques se perd dans la nuit des temps. Mais on admet en général que telle ou telle constellation a été nommée de la sorte parce que le soleil la traversait à telle ou telle période de « l’année », donc en telle ou telle saison. Ainsi, à l’époque assyrienne déjà [soit vers 2000-1000 av. JC] on trouve la plupart des configurations actuelles : le Taureau (alors à l’équinoxe de printemps), le Lion avec Regulus, le Capricorne, le Scorpion, etc (« La science des chaldéens » p98, Rutten, Que sais-je N°893, 1960). En fait, la constellation du Taureau est déjà présente au IIIème millénaire av. JC, et le Sagittaire au IIème millénaire av. JC « Les dossiers d’archéologie » N°191 (mars 1994, p40).

 

Or, le problème que pose un phénomène de précession des équinoxes qui engendre le déplacement apparent des constellations au fil des siècles, est simple : si l’astrologie se défend en affirmant que les signes et constellations étaient « confondus » il y a un peu plus de 2.000 ans (comme toujours de façon non réfutable puisque elle ne définit pas ce qu’est un « signe »)… elle ne peut nier que cela n’était pas le cas 1.000 ou 2.000 ans plus tôt. Le symbolisme d’origine associé à des constellations traversées alors par le soleil à une certaine période de l’année, a été construit un cran avant que celles-ci soient en face de ce qui sera défini bien plus tard comme les signes astrologiques.

 

Autrement dit il y a aujourd’hui, entre les saisons de nos constellations et celles de certaines constellations d’origine, non pas un cran de décalage mais bien 2, et comme les astrologues utilisent le zodiaque tropique, il reste quand même un cran d’écart entre les saisons des signes actuels et celles des constellations d’origine, contrairement à ce qu’ils croient.

 

Il y a 4.000 ans en effet, l’équinoxe de printemps a bien lieu quand le soleil est dans la constellation du Taureau (d’où le symbolisme encore associé à ce signe de printemps) et non dans celle des Poissons comme de nos jours. Le solstice d’été a lieu quant à lui, lorsque le soleil traverse la constellation du Lion (contre celle des Gémeaux aujourd’hui), d’où peut-être, le brillant symbolisme associé à ce signe ; la constellation du Verseau est, elle, traversée alors par le soleil en pleine saison des crues, c’est pendant le mois de décembre aujourd’hui… etc, etc.

 

La critique découlant du phénomène de précession des équinoxes prend donc ici toute sa portée : étant donné que les astrologues distinguent clairement entre constellations et signes, pourquoi conservent-ils un symbolisme des saisons qui a été défini non pas comme on le répète souvent, « quand les signes et les constellations étaient superposés », c’est à dire il y a un peu plus de 2000 ans, mais bien en des temps plus anciens où les saisons ne correspondaient pas encore avec les signes ??? Et que dire aussi des constellations qui ont changé de symbole et de dénomination dans l’Antiquité, ou qui ont été définie plus tard ???

 

 

Les saisons varient d’un hémisphère à l’autre

 

Le second argument traditionnel contre un symbolisme astrologique s’appuyant sur une référence aux saisons, est cette fois-ci à consonance géographique. Il consiste à proposer à l’astrologue de se déplacer sur la Terre le long d’un méridien, c’est à dire du Nord au Sud ou inversement, ce que ne pouvaient pas faire les astrologues de l’Antiquité, afin de constater que les saisons de l’hémisphère nord sont bien entendu à l’opposé de celles de l’hémisphère sud…

 

En effet, nul n’ignore aujourd’hui que lorsque nous sommes en plein été en France, l’Afrique du Sud ou l’Australie se trouvent, elles, en plein hiver : l’astrologue attribue donc aux petits Lions locaux les attributs rayonnants du soleil apparent de nos latitudes (alors en plein été) bien qu’ils naissent chez eux dans la saison hivernale du Verseau… Le symbolisme saisonnier utilisé pour décrire ces natifs est alors absolument indépendant de la saison qui les a vus naître. Je n’ai encore jamais rencontré d’astrologue de l’hémisphère sud, mais j’aimerais savoir comment l’australien, l’africain et le sud américain se représentent au quotidien le symbolisme astrologique en se convaincant qu’il renvoie à des saisons qui ne sont pas du tout celles qu’ils observent chaque jour…

 

Nous voyons donc que le symbolisme de l’astrologie occidentale a quelque chose qui, encore une fois, ne résiste pas à une critique sévère : il ne devrait s’appliquer qu’à une partie de la population mondiale, ou alors son contenu et sa stabilité n’ont absolument rien à voir avec « les saisons ». Dans les 2 cas les astrologues devraient revenir sur leurs acquis. On m’a ainsi rétorqué très récemment que telle plante atteignait (en Ardèche) sa pleine maturité dans le signe des Gémeaux, que c’était comme ça depuis la nuit des temps et que l’on pouvait même venir vérifier sur place cette régularité ! Le problème, comme j’ai alors répondu, c’est que la même plante en Amérique du Sud, atteint nécessairement son maximum à un autre moment de l’année, donc lorsque le soleil traverse un autre signe du zodiaque que celui des Gémeaux, ce qui devrait empêcher une analogie directe… On peut voir ici en quoi chez certains astrologues les restes d’anthropocentrisme astronomique peuvent amener à un anthropocentrisme littéral…

 

 

Les saisons varient à une même latitude

 

Ces arguments traditionnels ne suffisent donc pas, semble-t-il, pour convaincre tous les astrologues : étendons alors notre critique en proposant maintenant de se déplacer, non plus le long d’un méridien, mais le long d’un parallèle (d’Est en Ouest). Car s’ils recherchent quand-même une stabilité à ce symbolisme saisonnier, ils pourraient croire la trouver en restant à notre latitude. Or ils constateront que, contrairement à l’évidence admise, les climats (donc les « saisons ») ne sont pas rigoureusement les mêmes non plus, à une même latitude, tout simplement parce que le rayonnement du soleil ne fait pas tout. Les variations sont réelles : bien qu’à la même latitude, Rome, Pékin, Séoul et New York n’ont pas vraiment les mêmes climats… donc rigoureusement les mêmes saisons. Ainsi, contrairement à ce que pourrait croire l’astrologie occidentale, son symbolisme se réfère à une perception encore plus localisée des « saisons » qu’il n’y paraît : s’il n’a vraiment rien d’universel, il est par contre très « occidental ».

 

 

Et à l’équateur ?

 

Mais ce n’est pas terminé… Nous venons de présenter les conséquences contradictoires qui découlent d’un déplacement intuitif du lieu de naissance à l’autre bout de la Terre soit le long d’un méridien, soit le long d’un parallèle, mais cette approche ne découle-t-elle pas elle aussi d’une forme de nombrilisme ? En effet, qu’en est-il des populations qui ne sont pas opposées géographiquement à la nôtre, notamment près de l’équateur ? Il n’y a pas sur notre planète que les habitants de nos latitudes et ceux des latitudes opposées… Or s’il y a des régularités pour une même latitude, il n’y a pas en fait, de régularité des saisons en soi : à l’équateur par exemple, comment parler de quatre saisons ??? Et comment concevoir un découpage aussi précis de chacune d’entre elles en trois parties égales (les signes cardinaux, fixes, et mutables), comme le fait l’astrologie, et censé refléter une stabilité de la nature à 1 mois près ?

 

Au fil de notre déplacement nord - sud, la date du zénith elle-même n’est pas définie, puisqu’elle va au moins du 21 décembre (hémisphère sud) au 21 juin (hémisphère nord) en passant par le 21 mars et le 21 septembre à l’équateur, soit même 2 fois dans l’année… Il n’y a donc jamais de date précise pour le zénith du soleil, donc impossibilité de se repérer uniformément sur Terre « grâce aux saisons », même liées aux variations du rayonnement solaire. En somme, répétons qu’il est contradictoire de revendiquer un calendrier « saisonnier » à l’échelle de la planète, donc pour l’astrologie, applicable à la population mondiale. Il n’y a pas dans le monde « le printemps » après le 21 mars, et « l’été » après le 21 juin… Les astrologues d’Europe sont, par contre, ceux qui ont le plus d’audience depuis des millénaires, et aujourd’hui plus qu’avant, accès aux meilleurs moyens de communication, ce qui est une autre explication du succès et de la « stabilité » du modèle saisonnier de l’astrologie occidentale.

 

 

Et aux pôles !!!

 

Toujours pas convaincu ??? Nous n’avons pourtant pas fait le tour complet des griefs à opposer à une astrologie perçue du point de vue saisonnier… Si nous venons de rappeler qu’il n’y a pas 4 saisons vers l’équateur, nous ne pouvons pas oublier les 2 autres extrêmes que sont les pôles nord et sud de notre belle planète, où le soleil n’est visible que 6 mois dans l’année. En admettant que les bébés ne naissent pas en Antarctique, il se trouve non seulement qu’au nord du cercle polaire les populations sont soumises à des saisons assez lointaines des nôtres, mais aussi que les nouvelles stations polaires permettront peut-être bientôt l’éventualité de naissances (accidentelles ?) au pôle sud. Qu’en sera-t-il alors des bébés concernés ? Dans tous les cas, on voit mal comment leur appliquer un symbolisme astrologique s’appuyant sur les 4 saisons du bassin méditerranéen tout en revendiquant l’idée du terroir… A ce propos, que vaut l’idée de terroir pour le bébé qui naît sur un bateau au milieu de l’océan ou… dans un avion ?

 

 

L’irrégularité des saisons

 

Mais l’ensemble des arguments que nous venons de développer reste finalement assez traditionnel, et depuis quelques années naît une nouvelle critique à lancer à l’astrologie saisonnière… En effet, dans un contexte de réchauffement climatique, notre actualité montre chaque jour que la régularité de nos propres saisons a tendance à être bousculée : qu’en conclure pour l’astrologie ? Cette question peut paraître burlesque, mais pas si l’on cherche une correspondance autre que poétique entre le symbolisme astrologique et les saisons. Plus classiquement, que dire lorsqu’un été est pluvieux dans une région ? Doit-on garder le symbolisme du Lion ou le faire évoluer en symbolisme automnale (Balance) ? Il est un peu caricatural d’envisager les choses de la sorte, mais c’est pourtant un problème bien réel qui se pose à l’astrologie des saisons : si la saison idéale, voire « moyenne », est celle qui fournit le symbolisme pour la description de la personnalité d’un natif, il y a alors un vrai problème de fond.

 

Les « saisons » invoquées par l’astrologie ne semblent donc pas être les saisons réelles que nous connaissons puisqu’il y a des variations d’une région à l’autre, d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre, d’un millénaire à l’autre, et même d’une année sur l’autre. Et quand bien-même on accepterait une certaine stabilité moyenne des saisons, que penser des dates du 21 mars, du 21 juin, du 21 septembre et du 21 décembre, entre « la fin » d’une saison et « le début » de la suivante (à un jour prêt vous changez de signe) ???? Du point de vue météorologique comme du point de vue de la durée quotidienne du rayonnement solaire, il est clair qu’il est contradictoire (parce que caricatural) de définir des limites si précises pour des symboles qui ne sont soutenus dans le temps que très approximativement par des saisons idéalisées.

 

Le concept de saison ne peut donc pas garantir à très long terme la stabilité du symbolisme astrologique. Quelques dizaines de siècles, ce n’est déjà pas si mal. Les coïncidences de calendrier ont été, et restent, forcées, et les saisons n’étant pas du domaine des réalités précisément définies dans le temps (et encore moins dans l’espace), la stabilité de ce symbolisme ne peut donc plus être invoqué comme preuve de la validité des fondements de l’astrologie : l’astrologue réécrit seulement son savoir à la même encre que ceux qui en ont un jour dicté les dogmes...

 

Serge Bret-Morel

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