Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

Historia

 

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(1999-2009)

TERRIBLE CHANGEMENT DE MILLENAIRE

POUR L’ASTROLOGIE FRANCAISE

 

1ère partie 1999 l’éclipse totale de soleil sur le nord de la France
2ème partie 2001 la soutenance de thèse de sociologie de l’astrologue Elizabeth Teissier
  2001 les attentats imprévus du 11 septembre
3ème partie 2004 l’imprévu tsunami de Noël
  2005 la réédition du fameux Que sais-je ? L’Astrologie
4ème partie 2006 le déclassement de Pluton
  2008 Malgré son élimination, l’équipe de France devait gagner l’Euro de football…
5ème partie 2007-2009 La FDAF (Fédération Des Astrologues Francophones) demande la mise au second plan de la prévision astrologique
6ème partie   Conclusions

 

3e Partie

 

2006 : le déclassement de Pluton

 

Le début du nouveau millénaire décidément, fut très sombre pour l’astrologie traditionnelle. Postérieurement aux quelques événements que nous venons de rappeler (et indépendamment d’eux), l’Union Astronomique International décida de revoir les classements traditionnels permettant d’organiser nos représentations des différents corps du système solaire. Il fut ainsi décidé que Pluton n’était plus une planète ! En fait, c’est un peu plus complexe, Pluton fut en quelques sortes déclassée au rang de petite planète. En effet, depuis le début des années 90 les astronomes s’étaient rendu compte à leur plus grande surprise qu’il y avait un très grand nombre de corps (dont quelques uns de belle taille) aux alentours et au-delà de Pluton ! Pluton n’était donc ni le dernier corps d’importance du système solaire, ni un corps vraiment isolé. On venait d’ailleurs de découvrir Eris, astre plus volumineux et plus éloigné du Soleil que Pluton, mais d’autres corps de tailles voisines avaient déjà été découverts. Bien sûr, l’astrologie n’échappa pas à quelques argumentaires simplistes riant de conséquence imaginaires à attendre pour l’astrologie, et ceci bien que la notion de planète ne soit absolument pas primordiale en astrologieEn effet : les mouvements et positions de Pluton dans le zodiaque des astrologues avaient-ils changé ? Non… Pluton avait-elle changé de nature, de dimensions ? Non plus, seulement de catégorie, donc d'appellation… On pourra ainsi s’interroger une nouvelle fois sur l’accès des astrologues aux médias et surtout, sur la capacité des journalistes à produire ou même rapporter un discours valide sur le thème de l’astrologie…

1 an plus tard, nous avions publié sur le site du Rams un long dossier sur les conséquences de ce déclassement qui étaient à envisager pour l’astrologie, en tenant compte bien sûr du fait que les classements et critères astrologiques ne sont pas les mêmes que ceux de l’astronomie. Nous avions ainsi montré dans ce long dossier disponible aussi sur notre site dans la catégorie Bibliotheca, qu’il y avait de nombreuses raisons pour l’astrologie de s’interroger sur les conséquences non pas du déclassement de Pluton, mais de la découverte de nombreux corps aux caractéristiques astronomiques voisines de celles de Pluton.

Bien que le déclassement de Pluton reste en soi un non événement pour l’astrologie, le grand-public garda l’idée d’une remise en cause de l’un de ses fondements traditionnels en passant complètement à côté de la problématique principale de cette période : puisque Pluton n’était ni unique sur le plan de ses caractéristiques orbitales, ni la dernière planète du système solaire, alors une importante partie du symbolisme astrologique était à remettre en question tant dans ses conclusions que dans ses méthodes d’élaboration. Ceci permettait même de s’interroger différemment sur les raisons purement techniques (c’est à dire indépendamment de la question du vrai) du succès de Pluton chez les astrologues, comme je le fis donc, dans ce dossier en remarquant les avantages naturels (mais complètement arbitraires) de périodes de transit de plusieurs années d’affilée… Ou en remarquant aussi que les nouveaux planétoïdes à ajouter seraient plus nombreux encore que les astres traditionnels !

Nous en fîmes parvenir aux médias une version light qui bien sûr, ne fut pas publiée, sinon sur le site Agoravox où les lecteurs font eux-mêmes leurs choix. A peine en accusa-t-on réception ailleurs malgré son contenu purement critique.

 

Observation N°5 : bien que la critique de l’astrologie soit complètement passée à côté de la question des nombreuses conséquences possibles de l’affaire Pluton sur l’astrologie et ses fondements, aucun journaliste n’a été capable de s’en rendre compte et donc… de mesurer la pertinence ou non de la critique traditionnelle de l’astrologie sur ce point.

Observation N°6 : il faut bien reconnaître que tout comme le monde sceptique, le monde astrologique a en général réagi par l’indifférence à ce travail… les deux communautés (sceptique et astrologique) ayant en commun de ne se pencher qu’occasionnellement sur l’analyse critique un peu poussée de l’astrologie, il leur est donc bien difficile d’aller un peu plus loin que ce que l’on propose dans les débats médiatiques… Peut-être faudra-t-il un jour parler de critique populaire et de critique savante, lesquelles comme l’astrologie populaire et l’astrologie savante, ne se rejoignent pas toujours ? Ainsi, et malgré les contraintes théoriques que je signalais dans ce dossier, on commence à voir les premières interprétations astrologiques en rapport avec Eris, et le symbolisme de Pluton n’a absolument pas été remis en cause. Le diktat du sens est toujours autant en action, une fuite en avant permanente vers de nouvelles interprétations au lieu de toute remise en question véritable… mais ce n’est pas là vraiment une nouveauté !

 

 

2008 : Malgré son élimination,
l’équipe de France devait gagner l’Euro de Football…

 

Nous aimerions nous étonner maintenant du nombre des dépêches internet occasionnées par une prédiction-prévision (qui n’en était d’ailleurs pas vraiment une) de l’astrologue Elizabeth Teissier à propos du résultat du championnat d’Europe 2008 de Football. Celle-ci avait eu la mauvaise idée de « prévoir » la victoire finale de l’équipe de France peu avant un match où elle allait être éliminée, mais cette déclaration devait être publiée le lendemain du match. La dépêche fit le tour des sites internet en très peu de temps, donnant la première importance à un véritable non événement.

Nous devons nous interroger, je pense, sur ce qui contredit l’apparent désintérêt des médias pour l’astrologie (mis à part l’horoscope du jour bien sûr !). En effet, cet enchaînement de reprises de l’annonce ratée de l’astrologue en dit long je pense sur ce qu’elle a appelé pour l’astrologie l'ambivalence fascination/rejet dans les sociétés postmodernes. Chacun fait semblant de rester indifférent à la question astrologique, mais tout le monde a sauté sur l’occasion d’en parler en mal, de ridiculiser l’astrologie et l’astrologue par la même occasion. Il nous faut donc conclure encore au prisme médiatique de l’astrologie. La présence si disproportionnée de prévisions quotidiennes, saisonnières ou annuelles, proches de la débilité en comparaison de celle quasi nulle de textes de fond sur ou même contre l’astrologie, révèle à travers cette réaction épidermique sinon un intérêt pour l’astrologie, en tout cas une opinion bien prononcée à son égard. Mais il faut envisager aussi que l’astrologue Elizabeth Teissier, plus encore que l’astrologie elle-même, ait généré ces réactions.

On pourra noter aussi que l’astrologue défraye régulièrement la chronique de la sorte, la fois précédente c’était à propos de la possibilité de prédire par l’astrologie les prédispositions au cancer d’un individu… ses propos et les critiques en découlant avaient eux aussi, fait le tour du net.

Observation N°7 : Une fois de plus, l’astrologie était tournée en ridicule par le biais des propos de la plus médiatique de ses professionnels. Si l’on comprendra tout à fait la réaction des médias, on ne comprend toujours pas, par contre, pourquoi l’astrologie autant qu’Elizabeth Teissier (c’est à dire les nombreux praticiens de l’astrologie qui exercent dans l’ombre sans publier d’horoscopes primaires) devaient être concernés. Ni non plus pourquoi aucun d’entre eux n’a réussi à publier quelque démenti de ces interprétations comme tenta de le faire par exemple la Fédération Des Astrologues Francophones sans obtenir jamais même un accusé de réception. A croire que dans l’esprit des journalistes la question des corporations n’existe pas pour l’astrologie, ce en quoi ils se donnent le droit de ne pas se demander si les propos qu’ils relaient sont bien représentatifs ni bien pertinents… drôle de question sur le plan déontologique, vous ne trouvez pas ? Mais peut-être est-ce d’abord parce que astrologue n’est pas considéré comme une activité professionnelle, en tout cas pas plus que l’activité de gourou ?

Observation N°8 : il est intéressant de s’interroger techniquement sur l’élaboration de la « prévision » astrologique d’Elizabeth Teissier comme elle la présente elle-même sur son site dans le document intitulé Reconnaissez-vous vous être trompée ? (20-06-2008). En effet, à la question Qui va gagner l’Euro ? E.T. répond Je n’en sais rien. Pour répondre, il faudrait que je fasse le thème de tous les pays encore en lice, des capitaines d’équipe et comparer plusieurs matches. Ça prendrait huit jours, et cette réponse est extrêmement grave mais aussi TRES révélatrice du caractère anthropocentrique (pour ne pas dire nombriliste) de la plupart des prédictions-prévisions astrologiques. En effet, cette réponse signifie qu’au moment de la prévision-prédiction concernant Domenech et l’équipe de France de football, E.T. n’avait déjà pas regardé les autres thèmes avant de lancer sa prédiction. Cela signifie donc que

1)      Que la prévision astrologique soit possible ou non, d’autres capitaines, joueurs, équipes ou pays avaient peut-être d’aussi bonnes ou même de meilleures configurations astrologiques que Domenech et la France ! La remarque a déjà été faite à propos des présidentielles 2007 et des petits candidats qu’aucun astrologue ne prédisait gagnant, d’où la question : si les bonnes configurations astrologiques des petits candidats ne permettent pas de prévoir leur élection, pourquoi les bonnes configurations des candidats favoris le permettraient-elles ???

2)      La moindre configuration astrologique importante peut suffire pour provoquer la prédiction-prévision astrologique : puisque l’interprétation astrologique est toujours possible, la prédiction-prévision astrologique semble l’être aussi, on est donc très loin de la rigueur des sciences humaines ! On confond en fait interprétation et prévision, mais il ne suffit pas de pouvoir interpréter pour pouvoir prévoir…

3)      Après plusieurs dizaines d’années de pratique, une professionnelle telle que Mme Teissier succombe encore à la tentation d’une prédiction-prévision publique et (d’après les points donnés ci-dessus) non assurée, ce qui engage l’ensemble de la communauté astrologique en son nom. Mais elle n’est pas la seule à le faire…

 

Comment donc ne pas être sceptique à propos des prévisions-prédictions astrologiques lorsque l’on voit de tels procédés utilisés par des individus prétendant toujours pourtant pour l’astrologie, au statut de science humaine ??? Il y a régulièrement dans l’interprétation astrologique ce nombrilisme qui consiste à interpréter les configurations astrologiques d’une personne réelle ou morale comme si elles annonçaient littéralement des événements : puisque les configurations sont là, il doit se passer quelque chose en termes d’événements ou de climat quelles que soient les configurations contradictoires des autres individus ou entités concernés. Or, si les mêmes configurations, ou de meilleures, sont présentes chez les concurrents ou les proches d’un individu, quitte à relativiser la prédiction-prévision, « tant pis »…

Sur le plan déontologique évidemment, on ne saurait comprendre ni excuser de telles procédés hâtifs (pour ne pas dire triviaux) d’interprétation astrologique après des dizaines d’années de pratique. Qui plus est quand l’auteur peut se vanter d’un titre de Docteur de l’Université… L’astrologue sait très bien que les extrapolations (sic) possibles sont infinies à partir d’une ou plusieurs cartes astrologiques, c’est pourquoi on ne saurait non plus comprendre ni excuser de l’intérieur (même pas besoin d’être sceptique) de telles déclarations publiques jouant à pile ou face la nuisance durable à l’image de la discipline que l’on est présumé(e) défendre. Autrement dit, si le fait d’avoir extrapolé du privé au professionnel pourrait presque constituer une excuse pour l’astrologue débutant, pour l’astrologue revendiquant des dizaines d’années de pratique c’est au contraire une preuve supplémentaire d’un problème de fond, d’un manque de rigueur que l’on ne peut qu’extrapoler à notre tour à l’ensemble du travail du prévisionniste, que l’on soit astrologue ou non.

 

Certains praticiens devraient comprendre aujourd’hui que leurs prédictions-prévisions ratées ont tant marqué l’opinion publique que même un succès ne suffirait finalement pas pour rattraper tous les dommages causés à leur réputation, donc à l’astrologie elle-même, alors que chaque nouvel échec est un coup terrible supplémentaire pour les astrophiles et autres astrologues non prévisionnistes. On y reviendra dans les conclusions de ce dossier.

 

5e Partie

 

Serge Bret-Morel
le 9 juin 2009