Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

Historia

 

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(1999-2009)

TERRIBLE CHANGEMENT DE MILLENAIRE

POUR L’ASTROLOGIE FRANCAISE

 

1ère partie 1999 l’éclipse totale de soleil sur le nord de la France
2ème partie 2001 la soutenance de thèse de sociologie de l’astrologue Elizabeth Teissier
  2001 les attentats imprévus du 11 septembre
3ème partie 2004 l’imprévu tsunami de Noël
  2005 la réédition du fameux Que sais-je ? L’Astrologie
4ème partie 2006 le déclassement de Pluton
  2008 Malgré son élimination, l’équipe de France devait gagner l’Euro de football…
5ème partie 2007-2009 La FDAF (Fédération Des Astrologues Francophones) demande la mise au second plan de la prévision astrologique
6ème partie   Conclusions

 

2e Partie

 

 

 

2004 : l'imprévu tsunami de Noël

 

Fin 2004, en pleines fêtes de Noël, nos écrans télévisés furent envahis d’images de fin du monde en provenance d’Indonésie pour la plupart. Un gigantesque raz-de-marée venait de tout ravager à Sumatra suite à un tremblement de terre près des côtes, et une vague se propageait tout le long de l’océan Indien. Résultat : 300.000 morts, des millions de personnes ayant tout perdu, et le début d’un élan mondial de générosité. Pour l’anecdote, la Fédération Des Astrologues Francophones devait par l’intermédiaire de l’un de ses astrologues, passer au journal de 13h de France 2 (dans le cadre du débat du jour) pour dénoncer les prédictions collectives qui avaient commencé à la veille de la nouvelle année. Chose qui ne se fit donc pas.

Mais l’astrologie avait-elle prévu le tsunami ? Toujours pas… Pourtant c’était là une catastrophe d’une ampleur exceptionnelle, bien au-delà de celle du 11 septembre. Les astres n’annonçaient-ils toujours rien, sinon après coup ??? Comment se faisait-il que les milliers d’astrologues de par le monde n’avaient pas vu venir la chose au point d’alarmer le monde entier de la catastrophe imminente tout comme certains avaient tenté de le faire 5 ans plus tôt ??? La réponse semble évidente… et même si les prévisionnistes avaient pu être échaudés par l’éclipse de l’été 1999. L’astrologie prévisionnelle n’avait encore une fois rien vu venir, et si un astrologue quelques mois ou quelques années plus tôt avait « prévu » ici ou là une mauvaise période pour les fêtes de Noël 2004, le fait même qu’il ne s’en soit plus souvenu à l’arrivée de la date montre bien que l’ampleur de la catastrophe en tout cas, n’avait pas été mesurée. Et donc que la catastrophe elle-même n’avait pas été « prévue » : comme on l’a déjà suggéré à la fin de notre article Crise boursière : et si l’astrologie… n’y était pour rien ?, une « prévision réussie » ne saurait être un jugement sur l’avenir parmi une multitude d’autres où l’astrologue ne s’engagerait jamais et se contenterait de ne comptabiliser que les coups gagnants !

Observation N°3 : les configurations astrologiques ne permettent pas de prévoir la plupart des événements importants, et encore moins leur ampleur, ce pourquoi ce que l’on appelle « astrologie mondiale » travaille essentiellement sur des événements imprévus qu’il faut en permanence réintégrer  a posteriori aux théories qui n’ont pas permis de les prévoir… On dirait presque une bonne phrase de Pierre Dac ! Mais c’est la triste réalité.

Espérons que le terrible tsunami de la fin 2004 aura provoqué quelques crises de vocation à propos de l’astrologie mondiale, mais les mea culpa, s’il y en a eu, auront été bien discrets et se seront perdus encore une fois derrière les réinterprétations a posteriori visant à sauver les configurations astrologiques du jour du tsunami… Il restera de toute façon ce goût amer d’un nouvel événement de première importance qui a surpris le monde astrologique. Et ce n’est pas terminé…

 

 

2005 : la réédition du fameux Que sais-je ? L'Astrologie

 

Au début des années 90 une publication fit scandale : on venait de corriger le contenu du fameux Que sais-je ? L’Astrologie des Presses Universitaires de France de l’astronome et sceptique militant contre l’astrologie Paul Couderc, écrit au début des années 50… C’est une autre scientifique, Suzel Fuzeau-Braesch, cette fois biologiste, qui prenait la relève en osant prendre le contrepied de son prédécesseur ! Entière et fidèle à ses convictions d’engagement pour qui la connaissait personnellement, elle fut la première scientifique qui osa vraiment présenter un panorama de l’astrologie sans le cynisme et la virulence de la première édition. Insistant sur la notion de fait culturel qu’elle constitue depuis plus de 2 millénaires (la question de l’astrologie ne saurait se résumer à une discussion du vrai et du faux), l’histoire de l’astrologie occupe la plus grande partie de son ouvrage. Cela lui permettait d’inclure quelques résultats expérimentaux positifs obtenus au 20ème siècle (Gauquelin, etc) ainsi que de tenter une réfutation de quelques expérimentations modèles pour le monde sceptique (Carlson par exemple). Avec audace, elle osait même présenter des hypothèses physiques et dénoncer quelques critiques sceptiques mal informées ou carrément hors sujet, lesquelles ont comme effet de nuire durablement au débat. Parallèlement à cela, elle déplorait avec honnêteté le manque de connaissances (ou même de culture) scientifiques dans le milieu astrologique. Si l’ouvrage précédent constituait une virulente critique de l’astrologie, le sien était, en écho, une présentation aussi objective que possible des raisons pour lesquelles l’astrologie pourrait (devrait ?) pour l’auteur, et en ce début des années 90, interpeller bien plus le monde scientifique que ce n’est le cas encore aujourd’hui.

Or, à son grand désespoir, l’ouvrage fut purement et simplement remplacé en 2005 (même titre, même numéro de collection). A la différence de leurs prédécesseurs, les astrophysiciens Kunth et Zarka produisaient un texte beaucoup moins engagé, au point même de provoquer la colère de l’AFIS. Mais La croyance astrologique face à la science aurait été un titre plus approprié, car loin de présenter le contenu des grands courants de l’astrologie ou les différentes modalités de la pratique, l’ouvrage fait seulement le point sur les obstacles réels et pour l’instant insurmontables (fondements, méthodologie, état d’esprit) que l’astrologie traditionnelle aurait à dépasser en tant que discipline si elle voulait revendiquer le statut de science dure ou même celui de science humaine.

L’astrologie perdait peut-être ici le seul bastion qu’elle avait réussi à conquérir dans le monde universitaire… Mais comme le montre la réaction de l’AFIS, l’ouvrage était indirectement aussi, un coup porté à la critique classique dont quelques arguments véritablement rituels étaient dénoncés dans l’ouvrage tout comme ils l’avaient déjà été lors de la conférence de 1998 faite à l’Observatoire de Meudon par l’un des auteurs. Si par exemple une partie d’une carte astrologique est incalculable au-delà des cercles polaires, tout le reste l’est… Il faut rejeter aussi l’argument classique de précession des équinoxes et tous ses avatars concernant des constellations que la grande majorité des astrologues n’utilisent plus depuis presque 2.000 ans… Mais l’argument peut être reformulé en termes de symbolisme : pourquoi conserver les symboles de constellations que l’on a rejeté depuis 2.000 ans, ou défendre ce que certains astrologues nomment la théorie des ères ? De plus, il est erroné d’attaquer l’astrologie en tant que pure croyance, il est plus prolifique de démonter une à une les justifications physiques ou « expérimentales » avancées par l’astrologue. Dans le Que Sais-je ? les astrophysiciens admettent aussi la démarcation entre astrologie savante et astrologie commerciale (p9-10) ce qui, contrairement à la critique classique, permet de nuancer les arguments. Dans Peut-on penser l’astrologie : science ou voyance ? coécrit par l’astrophysicien Kunth et le psychiatre Collot l’astrologie était déjà présentée aussi comme un possible outil de connaissance de soi tout en rappelant les nombreux écarts entre une consultation psychologique et une consultation astrologique traditionnelle, ainsi que les nombreux dangers afférents.

Observation N°4 : on remarquera que suite à ces réfutations d’une partie de la critique traditionnelle par des astrophysiciens, aucun sceptique militant n’envisagea publiquement ne serait-ce que de commencer à remettre en question certaines critiques traditionnelles… Le monde astrologique ne semble donc pas être le seul à souffrir d’immobilisme sur le plan critique !

 

4e Partie

 

Serge Bret-Morel
le 9 juin 2009