Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

Astrologica

 

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ASTROLOGIE, ART DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE ?

 

Le texte d’origine est consultable ici :

http://www.gemppi.org/index.php?option=com_content&task=view&id=84&Itemid=45

Il a été commenté aussi ici par l’Observatoire Zététique :

http://www.zetetique.fr/index.php/nl/334-poz-nd70#lecon

Nous avons décidé de reproduire et commenter ici un texte paru récemment dans la revue « Découvertes sur les sectes et religions ». Nous avons été touché (mais pas surpris) par ce témoignage de l’intérieur illustrant quelques unes des dérives possibles de la pratique astrologique pour des personnes fragiles, montrant aussi des mécanismes amenant à ces abus. J’ai souhaité compléter le témoignage de cette ex-astrologue amateur par une argumentation un peu plus technique. Etant moi-même ex-astrologue, je connais bien cette analyse à contre-courant de l’astrologie… Les exemples donnés ne sont pas vraiment formulables par le sceptique habituel, et souvent difficiles à entendre par les astrologues trop engagés dans leurs croyances. Mais il y a tous les jours des abus, et en parler n’est pas faire preuve de mauvaise foi ou d’irrespect pour certaines pratiques et certains praticiens de l’astrologie. C’est seulement permettre à tout un chacun de ne pas tomber dans certains pièges tendus souvent involontairement par des personnes non compétentes car seulement sincères. Ce genre de texte va tout à fait dans le sens de l’état d’esprit de notre site internet lastrologie-et-la-raison.net. On trouvera en noir le texte d’origine, en COULEUR nos commentaires.

Nous avons prévenu le Gemppi de la reproduction de son texte, nous le remercions de son aimable autorisation de le reproduire ici pour alimenter la discussion critique sur les abus possibles de l’astrologie en l’amenant au sein même de la communauté astrologique.

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Une ex astrologue raconte ce que les voyants ne vous disent pas 

Une coquille pour commencer, mais ce sera la seule, l’amalgame classique entre astrologie et voyance, un peu comme si le chanteur était qualifié de musicien,… Pourtant, bien que l’on sache d’avance que l’organisme qui relaye le texte n’a pas les moyens de juger du poids des arguments du texte, plutôt de l’état d’esprit, il reste que le témoignage (qui commence ci-après) provient bien d’une personne qui a passé du temps sur la question.

      Extrait de « Découvertes sur les sectes et religions » n°9  Juillet 2011, le trimestriel du GEMPPI

 

UNE EX - ASTROLOGUE TEMOIGNE   -  Corinne Evanesse

« Soyez résolus à ne plus servir et vous voilà libres » LA BOETIE Traité de la servitude volontaire Mais quelles forces et quelles valeurs sert donc l’astrologie ?

L’objet de cet exposé n’est pas de démontrer l’absurdité de l’astrologie, cela a déjà été fait ailleurs et à de multiples reprises par des gens compétents, notamment sur le site du GEMPPI  (http://www.gemppi.org/)

On appréciera ici l’absence de présentation de l’auteure du texte, car « ex-astrologue » n’est pas vraiment une formation flatteuse pour celui ou celle qui veut émettre un avis critique sur l’astrologie, ni pour l’astrologue, ni pour le sceptique. Il est étonnant que l’on ne connaisse rien des activités actuelles de la personne. Est-elle depuis devenue voyante ? Guérisseuse ? Comment juger de son objectivité autrement que par le fait qu’elle est passée du bon côté de la barrière ? 

 

Ainsi que sur le site de l’AFIS

 http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1240

Voir aussi le livre de Jacques Neirynck « Profession menteur », Ed. Favre 2010

Cet exposé est  un témoignage personnel et subjectif sur ma pratique de l’astrologie qui s’est étalée sur une douzaine d’années. J’y explique comment et pourquoi j’en suis venue à l’étudier, les conséquences que ça a eu dans ma vie et comment je m’en suis sortie.  J’ai illustré ce témoignage de nombreux exemples vécus ou observés dans mon entourage qui a été longtemps composé d’amateurs de sciences occultes, de spiritualité new âge et de médecines « douces ».

J’ai accepté de témoigner et de me replonger dans un passé que je préfèrerais oublier dans le but d’informer les personnes attirées par ces pratiques ou pour donner des pistes à  ceux qui cherchent à les aider. Je considère aujourd’hui l’astrologie comme une sorte de drogue psychique. 

 a) pourquoi j’en suis venue à étudier l’astrologie

Et bien je ne sais pas. Il est bien difficile d’expliquer son propre comportement ;  je vais me contenter de narrer les faits en suggérant par ci par là quelques analyses. 

Nous pouvons quant à nous, proposer quelques raisons possibles pour l’adhésion spontanée à l’astrologie malgré ses contradictions évidentes. Nous renverrons pour cela à la 2ème partie de notre dossier « Description ou explication astrologique ? », où nous décrivons par exemple la surrationalisation permanente du réel par l’astrologie. Puisque l’astrologie peut toujours dire plus qu’il n’est réellement, elle autorise toujours des interprétations a posteriori permettant à l’astrologue de suggérer des réponses aux questionnements de son consultant. Elle permet aussi de créer du sens même quand il n’y en a pas… De plus, la connaissance par l’astrologue des problèmes de la vie courante en font un conseiller performant, bien que la compétence ici, ne soit pas de nature astrologique. Il n’empêche que cela peut donner à tout néophyte, confiance en l’astrologie, car il attribuera à l’astrologie ce qui relève de l’humanité de l’astrologue. Le hasard aussi, a son rôle à jouer dans les étonnements que procure l’astrologie. L’absence, enfin, de critères clairs pour qualifier et départager les « bonnes » prédictions astrologiques réussies des « mauvaises », est une autre source d’adhésion pour l’astrologie : à première vue l’astrologie peut paraître très performante…

BIENVENUE DANS LE MONDE OBSCUR DES ASTROLOGUES 

Je sortais de l’adolescence et traversais alors des difficultés d’insertion professionnelle ; sans parler de mes problèmes relationnels avec ma maman. Je ne savais trop vers qui me tourner pour m’aider et je hantais alors les librairies ayant toujours été une grosse lectrice. J’avais découvert la psychanalyse au lycée en classe de philo et je dévorais tous les livres de Freud puis passai à ceux de Jung. Ses écrits sur la notion de synchronicité me plurent et j’y vis aussitôt un  rapprochement possible avec l’astrologie que je venais de découvrir. 

Définition de la synchronicité selon Jung cité dans l’article Wikipédia

« J’entends par synchronicité les coïncidences*, qui ne sont pas rares, d’états de fait subjectifs et objectifs qui ne peuvent être expliqués de façon causale, tout au moins à l’aide de nos moyens actuels »…« J'emploie donc ici le concept général de synchronicité dans le sens particulier de coïncidence temporelle de deux ou plusieurs événements sans lien causal entre eux et possédant un sens identique ou analogue. Le terme s'oppose à 'synchronisme', qui désigne la simple simultanéité de deux événements. »   

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Synchronicité 

C’est précisément le type de « raisonnement » qu’utilisent les astrologues. Il existe pour eux une synchronicité entre certaines positions astrales et certains événements survenant dans la vie des individus. Il ne s’agit pas d’une relation de cause à effet. Pour les astrologues traditionnels, j’entends par là ceux qui se réfèrent à la tradition ancienne grecque, il n’y a jamais eu d’influence astrale mais une correspondance entre des événements n’ayant en apparence aucun rapport entre eux.

Cette distinction est importante, car nombre de sceptiques croient encore que l’astrologie a des fondements ou des prétentions causales, mais ce n’est pas le cas. Des astrologues ont certes tenté des réflexions sur le sujet, et c’est bien normal, mais jamais au point que leurs conclusions soient reprises et suivies dans les écoles d’astrologie. L’astrologie reste pratique, artisanale, empirique, et les discussions théoriques sur ses fondements, complètement annexes. On renverra pour cela à notre dossier consacré à l’indépendance des fondements et des pratiques de l’astrologie. Toutes les critiques portant sur de supposées causalités astrologiques tombent donc à côté du quotidien de l’astrologue et ne sauraient vraiment le remettre en question… quand elles ne sont pas complètement hors-sujet

A propos de la notion de synchronicité, nous compléterons techniquement le paragraphe de l’auteure en faisant remarquer que la notion de synchronicité en astrologie n’est viable qu’en théorie. Car en pratique, rappeler que trouver pour tout événement une ou deux configurations astrologiques qui correspondent quasi miraculeusement, est très habituel, c’est aussi oublier que ces deux configurations astrologiques sont parmi des dizaines d’autres qui elles, ne sont pas interprétées, donc ne sont pas en synchronicité. Un peu comme si il importait peu, quand une ou deux configurations correspondent, de savoir si la majorité de celles présentes ne correspondent pas… C’est oublier aussi, que lorsque des configurations positives côtoient des configurations négatives, l’astrologue SELECTIONNE celles qu’il va interpréter, et qu’il y a TOUJOURS des configurations astrologiques allant à l’envers d’un événement. Par exemple, comme on l’a signalé dans notre article portant sur les faiblesses techniques de l’astrologie boursière, lors du krach de 2008 le magnifique et très positif trigone Jupiter – Saturne s’est produit plusieurs fois au moment des pires chutes des indices. La théorie de la synchronicité est donc défendable seulement quand elle marche… mais il existe tout autant d’exemples de dé-synchronicité des événements et des configurations astrologiques.

L’astrologie était autrefois une mancie, c’est-à-dire un moyen de prédire l’avenir par l’interprétation de certains signes envoyés par les Dieux ; Chez les romains ces Dieux s’appelaient justement Jupiter, Mars, etc. La croyance en l’astrologie est indissociable de la croyance en des Dieux tout puissants ou des forces occultes diverses qui tiendraient le destin des êtres humains entre leurs mains.  

Il faut nous inscrire en faux contre cette affirmation, car si elle correspond effectivement à une pratique superstitieuse de l’astrologie faisant la part belle aux interprétations de l’astrologue, et bien moins au libre arbitre du consultant (c'est-à-dire ce qu’il peut en tirer), il reste que dans la pratique cette fatalité astrale n’a rien de nécessaire. Elle reste toujours un glissement, une erreur du praticien, car bien des astrologues considèrent les configurations astrologiques comme des indicateurs ou des indications sur le cours de la vie des individus, sur les « épreuves » qu’ils ont à traverser pour avancer sur le cheminement personnel. Ces événements ne sont donc pas perçus comme des montagnes infranchissables, des murs contre lesquels la personne va se heurter, mais comme des obstacles (à la rigueur) à franchir en s’adaptant. Ce qui amène à bien des réflexions sur le sujet dans les livres théoriques de l’astrologie. Je n’adhère pas à ce postulat, mais il existe, il faut donc le rappeler car cela rend la chose plus complexe : quand bien même certaines situations étaient écrites, et non certains événements à proprement parler (des événements différents peuvent amener à des réflexions voisines), la réaction du consultant elle, n’est pas forcément écrite. Le consultant garde donc toujours une part de liberté, notamment celle de s’opposer aux interprétations ou d’aller dans leur sens. L’aliénation commence quand il croit qu’il n’y a pas de troisième voie, pourtant il peut aussi faire comme si l’interprétation n’avait pas eu lieu et continuer de conduire sa vie. Combien répondent au sondage en expliquant qu’ils ne gardent de l’astrologie que ce qui les intéresse ? Une approche manichéenne, est toujours une approche incomplète, donc pas tout à fait juste.

S’il existe bien un destin, à quoi bon agir, prendre sa vie en mains?                               

A quoi bon chercher à comprendre le fonctionnement de l’univers, les mystères de la matière ? A quoi bon chercher à transformer la société, améliorer les conditions de vie des Hommes ? A partir du moment où vous croyez en l’existence d’un Destin, (qu’il soit écrit dans les astres ou pas), le but de l’existence se borne à accepter les événements comme ils se présentent, sans chercher à les changer. Comme il est impossible de s’abstenir complètement d’agir, il convient de ne le faire qu’avec l’autorisation des astres, les augures ou de votre gourou. Ces valeurs sont celles des sociétés orientales. En Inde, par exemple, où la notion de karma domine, les parents marient leurs enfants en fonction de leurs thèmes astraux. Il est impensable d’organiser un mariage sans consulter un astrologue. Par contre, les églises chrétiennes ont généralement combattu les arts divinatoires ; ceux-ci étant très liés aux anciennes divinités païennes et leur pratique incompatible avec la notion de libre arbitre. Cela n’a pas été très efficace puisque 2000 ans plus tard l’astrologie est toujours là. La plupart des amateurs d’astrologie que j’ai rencontrés étaient chrétiens et avaient été marqués par une éducation religieuse ; tous croyaient en Dieu. J’étais la seule à venir d’un milieu laïque et c‘est sûrement grâce à cette éducation que j’ai fini par m’en sortir, la raison ayant fini par reprendre le dessus.  

Encore une fois, cette présentation des choses un peu simpliste faisant que sans destin, c'est-à-dire fatalité astrale puissante, la pratique de l’astrologie n’existerait pas, nous oblige à nous interroger sur ce que l’auteure dénonce vraiment dans ce texte. Si elle en était restée à une pratique et une approche superstitieuses de l’astrologie (où l’on ne fait que répéter et appliquer ce que disent les maîtres), alors oui il est tout à son honneur de s’en être sortie, mais il est triste qu’elle place tous les astrologues amateurs et professionnels sur le même plan… car ce qui permet la consultation astrologique c’est justement le libre arbitre, la possibilité de réfléchir sur les choses par le biais de l’astrologie. Etre seulement prévenu de ce qui va nous arriver, et quand, n’est pas la seule finalité d’une consultation astrologique. Toute la dimension de l’astrologie liée à l’introspection, à la connaissance de soi, fonctionne différemment. D’ailleurs, la notion de croyance clignotante développée en sociologie depuis les années 60 va à l’encontre de cette présentation un peu manichéenne des choses : les consultants trient parmi les interprétations astrologiques selon leur humeur, leurs connaissances et leurs croyances. Tous n’en sont pas esclaves.

Je suis persuadée que chercher à prouver l’absurdité de l’astrologie à l’aide d’arguments scientifiques revient à chercher à prouver que le corps du Christ ne se trouve pas dans l’hostie. 

Les arguments scientifiques ne portent pas parce qu’ils se heurtent à une croyance. Dès le début de mes études, j’ai eu connaissance de ces arguments, notamment le fait que les signes du zodiaque sont décalés par rapport  aux constellations d’étoiles phénomène connu sous le nom de «  précession des équinoxes ». Cela n’a eu aucune incidence sur ma croyance.

Comme on l’a dit plus haut, la notion de croyance ne suffit pas. Si les fondements de l’astrologie sont indépendants des pratiques, alors il n’est pas étonnant qu’une discussion théorique ne soit pas efficace pour remettre en question une pratique empirique… l’explication est peut-être un peu plus subtile. Et la question de la précession des équinoxes si discutable et discutée qu’elle est même contestée par quelques astrophysiciens… le zodiaque de 13 constellations revendiqué par certains sceptiques amateurs ne permet même pas de repérer toutes les positions des planètes…

b) quelques exemples concrets vécus 

1er cas : le Destin

Au cours d’un stage d’astrologie, j’ai fait la connaissance d’un enseignant en mathématiques ayant beaucoup voyagé en Inde. Il y avait un jour consulté un astrologue. Celui ci avait commencé par calculer la date de sa mort, puis avait remonté le fil des événements devant se dérouler jusqu’à sa visite chez l’astrologue. Ahuri, notre voyageur avait entendu le discours suivant : » vous allez mourir à tel âge, de telle maladie ; mais auparavant vous souffrirez de tel trouble de santé, vous vous marierez à tel âge, aurez tel nombre d’enfants, etc.»Cet homme a reconnu avoir été assez secoué par cette expérience, mais pas au point de renoncer à l’astrologie toutefois puisqu’il l’étudiait. Des années après, il lui arrivait encore d’y penser.

On regrettera ici que ne soit faite aucune différence entre l’usage hyper-déterministe de l’astrologie hindoue, et celui plus plastique de l’astrologie occidentale… lesquelles fonctionnent en plus sur deux systèmes astronomiques différents. Encore un amalgame gênant pour la rigueur du contenu du texte.

La date de sa mort, en particulier raisonnait de façon funèbre à ses oreilles

Or, il aurait suffi à cet homme, enseignant en mathématiques (et à moi-même bien entendu) d’utiliser sa raison pour comprendre l’impossibilité de prévoir l’avenir.

Là encore, on renverra à notre page consacrée à la prévision astrologique et ses déboires, montrant comment les choses sont beaucoup moins simples car nombre de prédictions PARAISSENT tellement justes qu’elles contredisent à première vue ce genre de constat rapide sur le destin. La notion de potentialité des interprétations astrologiques n’est non plus jamais évoquée ici, c’est pourtant elle qui permet à l’astrologue de contourner la notion de fatalité astrale.

Admettons que cet homme ait pris au pied de la lettre l’assertion concernant la date de sa mort, comment se serait-il comporté alors ? Il est fort probable qu’il aurait modifié son mode de vie. A quoi bon mener une vie saine, être prudent sur la route quand on sait qu’inéluctablement on va mourir à telle date ?Or, c’est justement ce changement de comportement qui aurait modifié la date de la mort en la rendant plus précoce !Il se passe le même phénomène avec l’étudiant auquel on prédit qu’il va réussir ou échouer à un examen (à quoi bon travailler…)

C’est là le paradoxe des arts divinatoires,  toute prédiction dévoilée est modifiée dans ses chances de réalisations par le simple fait qu’elle est dévoilée ; il est impossible de ne pas être influencé, même de façon atténuée par une prédiction ; or, les personnes qui consultent les voyants et astrologues sont tout prêts à les croire, sinon, ils ne les consulteraient pas. Cette impossibilité à prédire joue à l’avantage de l’astrologue. Si sa prédiction se réalise (ce qui se produit parfois ne serait-ce qu’à cause  du hasard), c’est source pour lui d’une bonne publicité (et surtout de satisfaction personnelle). Si ce n’est pas le cas, il allèguera que sa mise en garde aura permis à son consultant de prendre des mesures qui ont finalement déjoué le sort. Dans tous les cas l’astrologue a raison ; il ne peut pas se tromper. 

Encore une fois on rejoindra l’auteure sur le constat, mais pas sur l’explication, car on ajoutera une troisième voie possible et courante : les événements se passent à l’envers de ce qu’avait prévu l’astrologue malgré tous les efforts du consultant pour aller dans son sens. Dans ce cas-là, comme on l’a rappelé dans notre texte consacré aux coulisses astrologiques de la présidentielle 2007, il faut au contraire en profiter pour dénoncer un schéma de pensée pervers, bien que traditionnel. Deux plans différents sont ici en jeu, et il faut bien les voir. En effet, quand la prédiction se révèle juste l’astrologue ET l’astrologie avaient raison tous les deux, alors que quand la prédiction se révèle erronée, seul l’astrologue avait tort. En prenant la responsabilité de l’erreur, il « sauve » l’astrologie. C’est pourquoi, bien que non systématiques, les mea culpa sont assez courants dans le monde astrologique, alors que c’est la technique astrologique tout entière qui devrait être remise en question…

2ème cas : orientation professionnelle

Lorsque j’avais une vingtaine d’années, j’ai été mal orientée dans mes études par la conseillère d’orientation que j’étais allée consulter. Je ne savais pas trop ce que je voulais faire  dans la vie et  elle m’a conseillée une formation à l’université : « Administration Economique et Sociale » ; il s’agit d’un département qui prépare  aux concours administratifs.  Je n’étais guère emballée à l’idée de devenir fonctionnaire mais je me suis laissée convaincre en raison de la difficulté du marché du travail. Je ne tardai pas à réaliser que j’avais fait une erreur : entrer dans la fonction publique  me donnait vraiment des boutons ;   je déteste la routine ; toute situation trop stable déclenche chez moi un réflexe de fuite.  

Je me rendis chez mon astrologue. Il me conseilla de suivre une formation dans le tourisme, ce qui était en lien avec mon Jupiter en maison IX, excellente position pour ce type d’études. Il me fit miroiter la possibilité de voyager et d’exercer un métier exempt de routine. Je lui fis bien  remarquer que je n’étais pas très douée  en langues mais il  balaya ma réticence d’un revers de main en me disant qu’il me suffirait de réviser mon allemand, cette langue étant très appréciée dans ce métier. Je suivi son conseil, l’idée étant séduisante pour moi. Mais ce fut un échec complet ; mes bases en langue étaient insuffisantes et impossibles à rattraper.  Malgré mes efforts, ce vocabulaire refusait  de s’imprimer dans ma mémoire.Ich glaube, du glaubst, er Glaubt… Gloups ! Flûte, c’est quoi après ?

J’ai perdu un an ; en outre, j’ai culpabilisé de ne pas y arriver ; puisque c’était dans mon thème astral, j’étais responsable de cet échec ; mon astrologue ne manqua pas de me le faire remarquer en me disant que le carré de mon mercure à pluton qui me rendait trop négative devait être dépassé  qu’il me fallait persévérer, insister etc. Mais j’étais découragée.… Mon astrologue me dit alors que j’avais été victime d’un mauvais transit de saturne (les transits de saturne sont toujours mauvais, c’est « le grand maléfique ») ; celui-ci ayant le mauvais goût de passer alors dans ma maison IX. Quelques années plus tard, ce maudit saturne devait encore me jouer des tours. Mon astrologue favori (que Dieu le bénisse et lui donne d’avantage de discernement) se montra fort alarmiste en montant ma révolution solaire de l’année. Qu’est-ce qu’une révolution solaire ? Pour simplifier, il s’agit du thème d’anniversaire, (allant d’un anniversaire à l’autre) censé relater  les événements importants de l’année. Il est monté pour le lieu où l’on  passe son anniversaire. En effet, la position de l’ascendant  varie selon le lieu où l’on se  trouve ; se déplacer loin du domicile habituel suffit à le faire bouger de façon significative  L’ascendant se déplace de la vierge au lion par exemple, ce qui change beaucoup de choses ! 

Or, ce maudit saturne  avait le malheur de transiter une des maisons cardinales de ma révolution solaire.

Par contre, si j’allais passer mon anniversaire loin de chez moi, il se retrouverait dans une maison succèdent, ce qui améliorerait grandement les événements de l’année !Et voilà en vertu de quoi, mon astrologue favori m’envoya passer mon anniversaire à Hambourg, tout cela dans le but de détourner saturne de ma tête…Je n’avais absolument rien à y faire, je dus y rester plusieurs jours, dans le but de bien imprégner le thème d’anniversaire de ces nouvelles influences planétaires désormais bénéfiques…Bien entendu, j’ignorerais toujours si j’ai ainsi détourné de ma tête les influences maléfiques de saturne ! 

On constate ici qu’effectivement, l’emprise de l’auteure était grande, elle était complètement prisonnière de sa croyance en l’astrologie, et dépendante de son astrologue. C’est pourquoi il faut dénoncer toujours ce que l’on peut nommer « le tout astrologique ». L’astrologie ne peut et ne doit pas être autonome, car elle ne permet pas de prévoir à coup sûr, et les biais d’interprétations sont trop nombreux. Comme on l’a rappelé plus haut, les configurations astrologiques sont tellement nombreuses qu’il y en a toujours une allant dans le sens qu’on souhaite, et pour sauver une erreur, il y a toujours une configuration astrologique « oubliée » pour permettre une interprétation contraire à celle de départ. C’est là malheureusement un lieu commun… A sa place, je crois qu’il aurait fallu demander à l’astrologue pourquoi il ne l’avait pas prévenue ce mauvais transit de saturne et qu’il en assume la responsabilité J !

C’est pourquoi aussi des associations d’astrologues conseillent parfois à leurs professionnels de s’interdire toute prédiction ferme et surtout, de ne pas limiter leur conseil à de la donnée astrologique. L’être humain doit passer avant la technique astrologique. Mais on entre là dans des considérations plus complexes…

3ème cas : mariage

Pendant ce temps, mon astrologue favori avait bien des soucis…Sa propre révolution solaire présentait une conjonction de planètes en maison VIII (maison de la mort et de la destruction) ; et, pour ne rien arranger, un transit de pluton (seigneur des enfers) si dirigeait le salopard vers ces planètes en VIII ! Que de drames en perspectives…Mon astrologue favori avait une tête à faire peur, les transits approchaient et cela le glaçait littéralement d’effroi…Il me conta toute l’histoire. Une douzaine d’années auparavant, il s’était mis dans la tête de monter d’avance, en homme prévoyant qu’il était, plusieurs de ses révolutions solaires. Il était allé jusqu’à 12, puisque 12 est un chiffre sacré qui correspond à un cycle important en astrologie : les 12 signes du zodiaque, les 12 apôtres, les 12 tribus d’Israël etc (on appréciera l’absence de « lien » avec l’astrologie… ces exemples sont pourtant malheureusement courants dans le monde astrologique lui-même).Il avait observé que 12 ans plus tard, pluton  traverserait certaines planètes de son thème de naissance ; de plus, cette année là, la révolution solaire indiquait que ces planètes se trouveraient en maison VIII Cela signifiait au minimum de grands bouleversements dans sa vie ;

Aussi, lorsque sa compagne de l’époque lui demanda s’ils ne pourraient pas se marier, il lui répondit (toujours en homme prévoyant qui aime à anticiper) :« et bien, si tu veux, mais je te préviens que j’ai monté mes révolutions solaires d’avance , j’ai prévu que dans 12 ans, nous nous séparerons , ou peut-être que je mourrais cette année là… »

Cette année là, mon astrologue se débrouilla pour  rencontrer une autre femme … (on aurait apprécié quelques arguments ici, alors que l’on en reste à un jugement d’opinion) En raison de son thème astral,  il déclara qu’il s’agissait de sa femme karmique et Il décida donc de profiter de cette opportunité pour divorcer ! Sa révolution solaire étant incontournable, il m’expliqua qu’il n’avait pas le choix ; l’influence des astres étant déterminante, il se passerait quelque chose dans sa vie cette année qui bouleverserait tout de fond en comble ! Soit, il acceptait de se séparer de sa femme, soit les influences planétaires se manifesteraient d’une façon nettement plus négative : il pouvait très bien mourir ! Comment peut-on en arriver à se comporter de cette façon ? Eh bien, l’astrologie relevant d’une croyance, les croyances étant souvent  la ruine de la raison, peuvent vous inciter à  commettre des actes délirants,  les exemples dans l’histoire  ne manquent pas…

La croyance et la raison n’ayant aucun point de convergence, il m’est impossible d’expliquer comment j’en suis arrivée à aller passer mon anniversaire à Hambourg dans le but de dévier le cours du Destin (qui par nature est impossible à dévier)

J’aimerais pouvoir me l’expliquer mais je ne le peux pas ; j’ignore tout simplement ce qui m’est arrivé. Lorsque vous rêvez, vous ignorez que vous rêvez ; un jour, je me suis réveillée et j’ai été effarée de mon propre comportement. Mon astrologue favori ne s’est jamais réveillé. La manie qu’ont les astrologues de vouloir absolument prédire l’avenir engendre de véritables catastrophes, c’est notamment le cas de l’astrologie médicale 

A propos de cette difficulté de la raison à contrecarrer certaines interprétations astrologiques, nous avons développé l’idée  de « diktat du sens », faisant que l’approche du réel fonctionne à l’envers : le sens n’est pas ce qui est donné à ce qui reste après une explication rationnelle, il est au contraire ce qui précède l’analyse rationnelle. Lourde erreur, car le sens n’immunise bien sûr pas contre le hasard, de plus le sens étant appréhendé par analogie, l’interprétation devient très vite incontrôlable si un affect vient la motiver…

4ème cas : les ravages de l’astrologie médicale

Mon astrologue favori avait un ami exerçant la même profession que je croisais de temps en temps à des congrès ou des stages Je ne l’appréciais guère le trouvant particulièrement rigide, intolérant et macho. Nous nous étions heurtés à de nombreuses reprises ; cet homme était un authentique réactionnaire hostile aux valeurs des Lumières à la démocratie, aux droits de l’Homme, au progrès scientifique et à l’émancipation des femmes. Il était favorable à la restauration de la monarchie absolue de droit divin, il se croyait en outre un catholique fervent, sans se rendre compte que sa  pratique de l’astrologie était en contradiction complète avec sa religion*.A l’époque, je n’ai absolument pas perçu que cette philosophie de la vie était directement liée à sa pratique de l’astrologie. Cette dernière n’est absolument pas neutre politiquement parlant ; elle est le reflet de l’idéologie de son époque  et de ceux qui l’ont inventée, les prêtres chaldéens environ 3000 ans avant notre ère. Les valeurs de l’astrologie sont incompatibles avec celles de la société occidentale moderne : progrès technique, démocratie, laïcité, etc. Peu d’astrologues s’en rendent compte, ces gens ne réfléchissant pas sur leurs pratiques. 

Il est dommage que l’auteur continue de se complaire dans une approche toujours partielle des choses. On pourra lui rétorquer qu’au contraire l’astrologie peut tout à fait être en résonnance avec des notions comme la réalisation personnelle, l’individualisme à outrance, et paradoxalement la compassion ou la citoyenneté, etc. De plus, avec la question informatique et internet, l’astrologie est quelque part au contraire en phase avec son époque et profite des progrès techniques. Non, le reproche à lui-faire est de ne tenir compte que de ce qui l’arrange en rejetant tout ce qui lui pose problème. On avait déjà signalé par exemple le paradoxe qui consiste à tenter de prévoir le résultat de la présidentielle sans contester parallèlement la valeur du suffrage universel. S’il est possible de prévoir astrologiquement le résultat de la présidentielle, alors les électeurs ne choisissent rien…  Elle sous-estime aussi la capacité de l’astrologie à s’adapter à tout contexte de civilisation.

Un exemple : l’astrologie reflète la misogynie des prêtres astrologues de l’Antiquité. Il existe des signes du zodiaque masculins et positifs d’un côté, féminins et négatifs de l’autre. Le soleil qui apporte la lumière est masculin et positif, la lune reflète la lumière du soleil est féminine et négative, etc. Cela me rappelle les découvertes du militant  noir  américain Malcom X. Il ouvrit un jour un dictionnaire et consulta la définition des mots BLANC et NOIR. Il s’aperçut que le mot BLANC évoquait des valeurs positives : Pureté, Beauté, Bien. Le mot NOIR lui  évoquait la laideur, le Mal, etc. Ce sont en majorité des femmes qui pratiquent l’astrologie et transmettent donc des valeurs qui leurs sont hostiles. A l’époque, j’avais des conflits terribles avec cet homme, nous nous insultions copieusement à intervalles réguliers. J’aurais mieux fait de  m’en  prendre à l’astrologie. Cet homme était cohérent dans sa pratique et parfaitement à sa place ; c’est moi qui en temps que féministe laïque ne l’étais pas.

Pendant ce temps là, mon astrologue favori cherchait à calmer le jeu en me disant : « Mais voyons, c’est normal que cet homme ne puisse pas vous supporter ; votre lune noire se trouve juste sur son ascendant ! »Or, il se trouve que cet homme souffrait du dos. Bien entendu, il ne faisait aucunement confiance à la médecine, celle ci étant pour lui pratiquée par des techniciens déshumanisés, incapables de prendre en compte l’être humain dans sa globalité : corps, âme, esprit. De plus, il n’avait aucune envie de s’empoisonner avec des médicaments chimiques. Il consultait donc un naturopathe qui n’était autre que son ami astrologue. Il allait régulièrement chez un ostéopathe ou autre « pathe » quelconque mais il souffrait toujours. Un jour, il disparu de la circulation et nous finîmes par apprendre ce qu’il était advenu de lui. Il était mourant à l’hôpital. Voici l’histoire : un jour, sa sœur, n’ayant plus de nouvelles de lui depuis un certain temps et commençant à s’inquiéter passa le voir ayant la clé de son appartement, elle entra et le découvrit gisant au fond de son lit  et incapable de bouger. Alarmée, elle appela le Samu. Les examens montrèrent que son mal de dos venait des métastases d’un cancer du poumon trop avancé pour être  traité. Il devait mourir dans de terribles souffrances quelques semaines plus tard.

Et bien personne n’avait prévu cet événement tragique ! Son ami astrologue et naturopathe prétendait que ses soucis de santé étaient dus au stress, à un transit de pluton générateur d’angoisse sur son saturne natal gouvernant le squelette. Le malade s’était mis dans la tête qu’il mourrait un jour d’une crise cardiaque à cause de son Jupiter maitre de la maison VIII  en gémeaux opposé à des planètes en sagittaire. Pourquoi dans ces conditions aurait-il craint de mourir d’un cancer du poumon ? Qui est responsable de sa mort prématurée à 33 ans ? Cet homme a été la victime de ses préjugés  idéologiques qui lui ont interdit d’aller consulter un médecin. Il a été aussi la victime de mon astrologue favori qui s’est révélé incapable en temps que naturopathe de poser un diagnostic correct.

L’astrologie n’a absolument pas permis de détecter ce cancer. Je n’ai plus jamais consulté mon astrologue favori ; désormais je me suis méfiée des médecines « douces »

Ce pourquoi encore une fois « le tout astrologique » est dangereux, et l’astrologue doit être capable de renvoyer systématiquement vers des professionnels de la santé toute personne dont les problèmes sortent du cadre de la consultation astrologique… Bien sûr qu’il faut dénoncer le fanatisme astrologique !

Voici quelle fut l’explication que donna mon ex astrologue favori concernant la maladie et la mort de cet homme : quelques années auparavant, il avait perdu sa compagne morte dans des circonstances tragiques et ne s’en était pas remis ; en médecine chinoise, les poumons sont reliés à l’émotion tristesse ; cet homme s’est donc déclenché son cancer pour pouvoir rejoindre sa compagne décédée. Ce genre d’argument choc est régulièrement employé par les partisans des médecines « douces » qui expliquent les maladies  par des désordres émotionnels : non seulement les personnes souffrent de leur maladie, mais ces gens les culpabilisent en leur disant qu’elles sont responsables de leurs problèmes de santé.

Au sein du petit groupe d’astrologues amateurs que nous étions alors, s’engagea une longue discussion à ce sujet. Le thème astral du mort fut ressorti, analysé en long en large et en travers. Une personne amena un jeu de tarots divinatoires, une autre des baguettes pour tirer le YI KING (moyen de divination chinois).La question était d’importance : personne n’avait prévu la maladie et encore moins la mort de cet homme. L’astrologie ne fut nullement remise en cause au cours de ce débat : je ne fis pas preuve à cette occasion d’un discernement supérieur aux autres.

Comme on le voit ici, l’astrologie n’est jamais remise en question quand elle rate quelque chose, on observe aussi un mélange entre diverses mancies, comme si ces différentes mancies permettaient d’apporter des informations différentes sur une situation tout comme dans d’autres disciplines on s’oblige à une analyse multifactorielle. Mais les mancies ne sont pas de différentes natures, il n’y a donc pas multifactorialité ici… c’est là une erreur d’optique.

Ce qui fut remis en cause fut la compétence de l’astrologue. (Ouf !)

C’est là un phénomène classique dans le domaine des croyances : les remettre en cause est très difficile ; j’avancerai l’explication suivante qui n’est qu’une suggestion : Les croyances sont partie intégrantes de l’identité d’une personne ;  celle-ci aura par conséquent tendance à s’identifier à ses croyances (ou à ses opinions politiques…) et à les défendre avec acharnement comme si sa vie en dépendait. Renoncer à une croyance équivaut à une forme de mutilation. Néanmoins il arrive que ça se produise puisque j’écris ces lignes. Voici donc quelle fut la justification que trouva ce groupe à la mort de cet homme : « Une des difficultés que rencontrent les astrologues surtout lorsqu’ils cherchent à prédire vient du raisonnement par analogie utilisé dans cet art.

Chaque position planétaire peut correspondre à de multiples analogies. Par exemple, le Jupiter en gémeaux en maison XI de cet homme maitre de la maison VIII gouvernant la mort et opposé à son maitre mercure en exil en sagittaire conjoint soleil en maison V peut favoriser un infarctus (puisque la maison V gouverne le cœur ainsi que le soleil), le fait que les planètes en cause se trouvent dans l’axe gémeaux sagittaire va également dans le même sens car l’axe gémeaux sagittaire gouverne les artères et la circulation. 

MAIS les mêmes positions  planétaires peuvent tout aussi bien favoriser une maladie du poumon car les gémeaux gouvernent les poumons, mercure opposé à Jupiter est opposé à son maitre avec échange de débilité (ce qui aggrave le cas !) Qu’est-ce qui va permettre de choisir entre une analogie et une autre ?  

RIEN !

Absolument ! C’est là l’un des nombreux points faibles de la pratique astrologique. L’astrologue ne peut que choisir subjectivement entre deux interprétations différentes, car aucun mécanisme impersonnel ne permet de « choisir » à la place de l’astrologue… Autrement dit, aucune loi ne permet à l’astrologue de formuler des interprétations qui ne lui sont pas personnelles, il gère les règles d’interprétation un peu à sa guise.

Il est toujours possible après coup d’expliquer n’importe  quel événement à l’aide de n’importe quelle position planétaire. C’est très simple : imaginons que cet homme soit mort d’un cancer du foie plutôt que du poumon ; mon ex astrologue favori aurait dit alors qu’en médecine chinoise, le foie est relié à l’émotion colère ; que cet homme n’ayant jamais accepté la mort de sa compagne a développé un profond sentiment de colère face à l’injustice de ce deuil ; cette colère ayant fini par donner un cancer. Bien entendu, Jupiter gouvernant le foie en débilité en gémeaux et opposé à son maitre mercure avec échange de débilité  favorise un cancer du foie… 

La complexité du système astrologique amenant des redondances techniques multiples (chaque symbole est utilisé et réutilisé par le recours à des classements différents permettant de dire un peu tout et son contraire assez facilement), il ne faut jamais oublier qu’une interprétation astrologique est toujours une parmi d’autres possibles. C’est pourquoi encore une fois, il faut rappeler du côté des astrologues sans limite que l’humilité et la prudence sont nécessaires en astrologie (c’est un euphémisme…) et du côté des astrologues responsables et des sceptiques, qu’il est inadmissible qu’une profession puisse continuer d’exister sans un minimum d’encadrement. Tout le monde repousse le problème, et personne n’encourage à un travail de fond sur l’astrologie et sa critique… faut-il donc s’étonner du résultat ? Cela fait longtemps que, encouragé par quelques universitaires, j’aurais pu commencer un travail de doctorat sur la critique de l’astrologie ou un autre sujet, mais l’Université n’a jamais jugé possible de financer un tel travail. On se contente de l’encourager en coulisse, comme s’il pouvait se faire à temps perdu : les pouvoirs publics n’assument pas leurs responsabilités sur la question astrologique. De part les innombrables bêtises astrologiques qui polluent au quotidien les médias de toutes natures, et le nombre de personnes qui se font conseiller par des amateurs, il devrait être urgent au contraire de former des personnes à l’étude critique du problème. Puisqu’il n’est pas possible d’interdire la pratique de l’astrologie, ce qui se comprend, il faudrait donc l’encadrer. Pour l’instant cela reste un rêve… car bien des préjugés persistent sur la question, comme celui de croire que l’astrologie est un sujet simple qui ne mérite pas d’être approfondi. On a expliqué longuement en quoi cette perception des choses était fausse dans notre article fondateur Faut-il rénover la critique de l’astrologie ? et plusieurs historiens m’ont confirmé leur intérêt pour que quelqu’un puisse enfin être capable d’un travail technique sur le thème de l’astrologie contemporaine ou d’une autre époque car eux ne s’en sentent pas vraiment capables. Sujet trop complexe car trop technique et demandant une initiation impossible… Mais il y a des tabous dans tous les milieux, même les milieux intellectuels…

J’ESPERE QUE VOUS AVEZ BIEN SUIVI CE RAISONNEMENT ! 

L’astrologie peut être considérée comme un support à fantasmes ; les spiritualistes disent plutôt « support de méditation ».Le lecteur futé aura compris que, si j’ai eu le malheur de rencontrer l’astrologie sur ma route, je n’en fais plus depuis longtemps… Et bien, je le félicite pour son intuition !Je puis vous assurer que j’ai étudié l’astrologie d’une façon tout à fait sérieuse et pendant des années : il n’y a rien à en tirer  

Oui bon, chacun juge avec ses moyens… et heureusement l’analyse critique peut être plus subtile et ne pas se contenter d’en appeler à faire confiance, argumentation plutôt présentes dans les milieux ésotériques que dans un texte critique. Il n’empêche que ces abus sont assez courants dans un monde astrologique où la liberté de pratique est totale faute d’organisation professionnelle, faute d’enseignement organisé, etc.

5 ème cas : « UN COUP DE SATURNE »

  Dialogue entre une astrologue et une consultante (Histoire réellement vécue) La scène se passe chez l’astrologue qui vient de se mettre à table et s’apprête à attaquer une raie au beurre noir (avec câpres)

-DRING

Le téléphone sonne, en soupirant, l’astrologue abandonne sa raie avec regrets et se dirige vers le téléphone.

-          « Allo ?

-          C’est moi ; je te dérange ? J’aurais une petite question à poser au sujet d’un voyage que nous envisageons pour cet été aux Etats Unis.

-          (avec ennui) Où est le problème ?

-          Et bien… J’aurais voulu savoir si les astres sont favorables à un tel voyage…

-          Et pourquoi ne le seraient-ils pas ?

-          Et bien, tu vois bien, avec tous ces accidents, ces risques d’attentats…

-          Tu comprends, je suis marquée par les signes de terre après tout, et ça n’est pas bien normal pour un être humain de se trouver en l’air !

-          Si Dieu avait voulu que nous volions, il nous aurait donné des ailes après tout…

-          J’ai pensé que nous pourrions poser une question horaire à ce sujet. Aujourd’hui, nous sommes le 9 et il est 12 heures 42 ; J’ai vérifié à l’horloge parlante !

(Pour le non initié : une question horaire est un thème astral qui permet de répondre à une question qui nous préoccupe quelle qu’elle soit, à partir du moment où nous sommes vraiment préoccupés par elle. Le thème astral est monté pour la date et l’heure auxquelles on pose la question.)    

-Je ne suis pas sûre que ce soit bien opportun de poser une question  sur un sujet pareil… Les astres pourraient considérer qu’il s’agit d’une question futile et refuser de répondre…  

- Et comment on le sait qu’ils refusent de répondre ?  

- Oh, c’est simple, si l’ascendant tombe sur les trois premiers degrés du zodiaque, ça signifie qu’il est trop tôt pour poser la question ; à ce moment là, il conviendra de la reposer plus tard, mais pas dans au cours de la même lunaison. Si l’ascendant tombe sur les 3 derniers degrés du zodiaque, ça veut dire qu’il est trop tard pour poser la question ; en fait, la question posée est déjà dépassée par les événements et le consultant va recevoir une réponse sous peu sans avoir besoin de demander l’avis des astres ; par exemple, une personne demande à connaître le résultat d’un examen alors que la réponse se trouve déjà dans sa boite aux lettres… Lorsque l’ascendant tombe sur les trois premiers degrés du zodiaque, la question est souvent inopportune, le consultant pose une question hors sujet en quelque sorte… Dès que l’astrologue enfourche son dada, elle se laisse prendre par sa passion, au point d’en oublier sa raie au beurre noir (avec câpres) qui refroidit tristement dans son assiette…

-          Bref, je ne pense pas que dans le cas de ce voyage…

-          Oh, mais j’ai si peur de l’avion !

-          un demi lexomil…

-          (cri d’orfraies à l’autre bout du fil) Comment, mais tu ne voudrais pas que je prenne des médicaments chimiques !

-          Mais enfin, le risque d’accident ou d’attentat est minime…

-          Oui, mais quand ça tombe sur toi tu es foutu !

-          Il me semble qu’il serait plus judicieux de poser la question suivante : « pourquoi ai-je si peur de l’avion ? ». Il doit sûrement y avoir une raison inconsciente profonde à cette angoisse, ce sentiment de claustrophobie semble être lié au signe de la Vierge qui gouverne tout ce qui est rétréci… »

-          C’est vrai que ce serait une bonne idée pour plus tard, mais là j’ai vraiment besoin d’être rassurée au sujet de ce voyage (ton plaintif au téléphone)

La conversation téléphonique prend fin, l’astrologue retourne faire réchauffer sa raie en se demandant à quel moment elle a dit oui à cette demande…

Une semaine plus tard, la consultation (toujours au téléphone a lieu)« Alors ?

- Eh bien TOUT VA BIEN. Le thème astral ne monte aucun risque d’accident, tu peux partir tranquille

- Tu es sûre ?

- Mais oui

- Et Saturne ?(Saturne est considéré par les astrologues comme le grand maléfique ; tous les malheurs arrivent par sa faute)

- Oh, ça craint rien, il est en maison succèdent dans le thème, la maison des projets, il devrait amener des retards, seulement des retards. »

Plusieurs mois après, l’amie de retour de voyage,  téléphone à l’astrologue ;

DRING

A nouveau, l’astrologue est à table« Allo ?"

-C’est moi, nous sommes rentrés, notre voyage s’est passé divinement bien…Tu sais que tu es une excellente astrologue, ce que je savais déjà d’ailleurs !Tout ce que tu as prévu est arrivé

-          Ah bon ? L’astrologue cherche en vain dans sa mémoire ce qu’elle a bien pu dire de si spécial, en vain. L’amie reprend :

-          Je n’ai pas été trop angoissée au cours du voyage, tu m’avais rassurée au sujet des risques d’accident, toutefois, le voyage a duré plus longtemps que prévu ; nous aurions dû atterrir à 9heures, heure locale et à 10 h nous étions toujours en l’air, j’ai commencé à me faire du souci : en regardant par le hublot, j’ai eu un choc, au lieu de voir l’océan, j’ai aperçu de la couleur verte et des lacs, ce qui n’était absolument pas normal, nous devions atterrir à New York, donc, en bord de mer

-          Je me suis dis que notre avion avait peut être été détourné par les pirates de l’air et que nous volions vers une direction inconnue ; tu imagines mon angoisse…

-          J’ai fini par me décider à demander à l’hôtesse de l’air ce qui se passait et elle m’a répondu que nous étions en train de tourner en rond au dessus du Canada en attendant une autorisation d’atterrir

-          Tu parles d’un soulagement…

-          Et c’est alors que j’ai repensé à ce que tu m’avais dit : c’était UN COUP DE SATURNE, LE RETARD !  

Et oui, comme quoi il faut bien faire la distinction entre un jugement porté par un astrologue et un jugement porté par un client, en général non familier de l’astrologie… encore une petite subtilité oubliée ici… Je trouve personnellement assez effrayant de voir qu’à l’approche de la fin de ce texte, à aucun moment l’auteure ne nous a montré qu’elle était allée bien au-delà du statut de cliente en astrologie ! Le texte est pourtant présenté comme provenant d’une ex-astrologue. Astrologue amateur ? Les stages et autres conférences suffisent-ils pour s’autoproclamer astrologue tout court ??? Les astrologues se contentent-ils toujours d’aussi peu d’argumentation ? Non… ce serait trop simple. On renverra ceux qui en douteraient à la thèse de philosophie de Patrice Guinard, et on leur suggérera de se demander, non pas si l’astrologie est simpliste (ils tombent alors dans un biais qu’ils reprochent aux astrologues, celui faisant que tout vient confirmer ses propres croyances…). On lui conseillera plutôt de se demander pourquoi les questionnements aussi complexes sur l’astrologie ne sont pas plus courants… la question est déjà plus délicate, et nous avançons plutôt des arguments sociologiques à cela. Oui je sais, c’est moins people et moins spectaculaire que la défense de la raison face à l’obscurantisme, ou de la veuve et de l’orphelin face au méchant gourou astrologue, mais cela rend mieux compte aussi et de la faiblesse de niveau du milieu astrologique, et de l’inefficacité de la critique, et du contenu de certains débats.

 

CONCLUSION

Renoncer à l’astrologie m’a demandé beaucoup de temps et de souffrances. Sa pratique rend dépendant. Peu à peu, on consulte les astres pour un oui ou pour un non. Cela développe un sentiment d’anxiété car on pourra toujours trouver dans le ciel une position astrale défavorable. Je me souviens avoir un jour lu dans le  « Traité des Interrogations » de Robert Ambelain (manuel d’astrologie horaire pour les initiés) : « Il convient de ne pas mettre un vêtement pour la première fois quand la lune est décroissante »

Il faut signaler aussi l’aspect contraire, à savoir qu’en pleine période de difficultés, le consultant peut être rassuré soit par l’existence d’une configuration très positive qui lui permet de relativiser ses problèmes, soit par l’attente d’une configuration très positive qui arrive, avec le même résultat puisqu’elle annonce la fin des problèmes. Au final, la personne peut certes, sombrer dans la passivité la plus totale au lieu de prendre ses problèmes à bras le corps, mais elle peut aussi justement en profiter pour positiver et prendre ses problèmes à bras le corps malgré le contexte défavorable. Il n’est jamais bon de ne garder à l’esprit qu’un aspect des choses (ici l’aspect uniquement critique). Il serait plus objectif de rappeler que l’astrologie peut être nocive, voire dangereuse, quand elle est utilisée par ou sur des personnes fragiles, qu’il ne faut pas la mettre entre toutes les mains. Parfois elle aide, souvent elle entrave. Il faut conclure que l’auteure du texte l’a vraiment vécue au premier degré et qu’elle a bien fait d’arrêter, mais ses généralisations sont discutables.

Comme je l’ai dit au début de cet article, l’astrologie est une drogue et une servitude. La dépendance rend difficile l’abandon de la pratique ; renoncer crée un sentiment de manque, des rechutes ; il s’agit d’un processus de sevrage.De même que l’ex fumeur ne doit conserver aucune cigarette à sa disposition, l’ex astrologue doit se débarrasser de ses livres et logiciels d’astrologie. 

Autre point important et qui ne facilite pas les choses : la nécessité de rompre avec l’entourage. Celui-ci, composé majoritairement d’astrologues ou de sympathisants, de pratiquants de sciences occultes diverses et variées et de tout ce que le milieu New Age peut comporter de pire joue un rôle désastreux. Il conforte l’astrologue dans ses croyances.. De plus, j’ai pu observer qu’à partir du moment où j’ai commencé à douter de l’astrologie cet entourage a tout fait pour me dissuader de laisser tomber.

Un ex alcoolique doit se débarrasser de ses compagnons de beuverie. 

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 Pour terminer, quelques avis utiles 

À ceux qui auraient une connaissance un ami, un parent s’adonnant aux sciences occultes. Comment les inciter à  passer à autre chose ?

Règle n°1 : prendre l’affaire au sérieux, ne pas vous dire : «ça lui passera avec l’âge » ou bien « ça l’occupe, maintenant que les enfants ont quitté la maison, elle s’ennuie… »

Règle n°2 : Ne pas contrarier cette personne dans ses croyances,  ne dites pas : « mais comment peux tu croire à ces conneries ? »J ‘ai eu droit à ce genre de réflexion de la part de mes parents, j ‘en ai été mortifiée, je me suis refermée dans ma coquille et j’ai préféré fréquenter des gens qui me comprenaient.Chercher à convaincre une personne que sa croyance est fausse à l’aide d’arguments rationnels ne sert à rien ; c’est même contre productif, cela risque de la braquer.

Je ne suis pas d’accord, il faut surtout s’assurer d’avoir les bons arguments à opposer, et cela se travaille, car la critique de l’astrologie n’est pas un sujet facile.

Règle n°3 : cherchez à savoir ce qui l’a amené  à se tourner vers les sciences occultes. Posez lui des questions, la plupart des gens adorent parler d’eux. Les arts divinatoires représentent un symptôme, reste à savoir de quoi et ce n’est pas toujours simple ; les problèmes que  cette personne traverse  peuvent être multiples.

Règle n°4 : c’est la plus importante ; cette personne a besoin d’aide et pas forcément de l’aide d’un psy ; il peut suffire de lui proposer une activité vivifiante qui soit pour elle porteuse de sens ;  l’attrait pour les sciences occultes  trouve son origine dans un questionnement sur le sens de la vie et le pourquoi de certains événements : la souffrance, la maladie, la mort…Nos sociétés occidentales ont eu tendance à faire disparaître ces questions en les planquant sous les tapis ; ce n’est pas parce que les sociétés pré industrielles ont donné de mauvaises réponses que ces questions sont illégitimes. De toute façon, légitimes ou pas, les êtres humains se posent ce type de questions. Pour l’avoir oublié nous voyons actuellement  fleurir le mouvement New Age, anti chambre de nombreuses de sectes.   

En conclusion on pourra écrire qu’il est important de signaler et diffuser ce texte, car nombre de personnes pour qui l’astrologie est devenue une drogue pourront y trouver matière à réflexion, voire à sevrage. Faites-circuler le lien ! On rappellera que l’article d’origine se trouve ici sur le site du Gemppi : http://www.gemppi.org/index.php?option=com_content&task=view&id=84&Itemid=45  

 

Serge BRET-MOREL
Mis en ligne le 28 août 2011

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* Deutéronome 18.10-12  «  Qu'on ne trouve chez toi personne qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu, personne qui exerce le métier de devin, d'astrologue, d'augure, de magicien,  d'enchanteur, personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits ou disent la bonne aventure, personne qui interroge les morts.  Car quiconque fait ces choses est en abomination à l'Éternel... » (La Bible)