Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

Rationalis

 

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Science et pseudo-sciences N°287 (07-2009)

Le chant du cygne

de la critique traditionnelle ?

Commentaire général

 

Quant à l’objectivité de cette critique de l’AFIS

(2ème partie)

 

1ère partie : Quant à l'orientation de la critique (28-01-2010)

Un manque d’ambition ?

Sur la portée de la critique

Quelques omissions de la critique

La victimisation du critique

Une diabolisation opportune

2ème partie : Quant au caractère réchauffé de la critique (13-02-2010)

            Un numéro de 2009… millésimé 2000 ?

            Des articles non mis à jour

L’inqualifiable oubli concernant la citation d’Einstein

Quand le monde astrologique critique l’astrologie boursière

Pluton a-t-elle bien été déclassée ?

L’affaire Teissier : une tempête dans un verre d’eau ?

Quelques réécritures historiques à la sauce critique

Intermède : Elizabeth Teissier réagit à ce texte (05-03-2010)

3ème partie : Quant aux limites de la critique

Conclusions

 

2ème partie : Quant au caractère réchauffé de la critique

 

Un numéro de 2009… millésimé 2000 ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, nous n’avons pas là un « numéro spécial » rédigé pour l’occasion, mais bien un patchwork de textes anciens et de textes plus récents (pour lesquels d’ailleurs, aucun sommaire détaillé n’est disponible, cela doit être au lecteur de farfouiller un peu là-dedans…). Nous avons donc ici une sorte de « florilège de la critique de l’astrologie » bien plus qu’une analyse ou une synthèse critiques, ou même, comme suggéré pourtant sur la 4ème page de couverture, quelques avancées dans la compréhension des mécanismes de la croyance en l’astrologie… Il y a seulement ici, comme dans la vie de toute association, le résultat d’une rotation d’auteurs dont l’engagement militant peut s’essouffler avec le temps : des articles non liés vraiment les uns aux autres.

Indiquons ici le sommaire détaillé du numéro SPS 287 (puisque le dos de la revue ne mentionne que les grandes parties…) en y insérant les années de parution des articles, lesquels en majorité, ne datent pas du moment de la parution à l’été 2009. Ceci nous a permis de nous amuser en calculant « l’âge » de ce numéro. Pour cela, nous avons fait la moyenne1 des âges de chaque article. Résultat : ce numéro a entre 9 et 10 ans d’âge en moyenne2, un peu comme s’il avait été publié… en 2.000 ! Le lecteur appréciera, d’autant plus que cela n’est pas annoncé ni dans le « sommaire » ni dans l’éditorial. Le lecteur appréciera aussi que nulle part ne soit fait mention des diverses réponses qui ont pu être opposées ici et là à tel ou tel article. Nous avions par exemple proposé une longue réaction, il y a quelques années, à l’article de JC Pecker Cinq réponses à un amateur d’astrologie. Mais la discussion de la pertinence de la critique est encore du domaine du tabou à l’AFIS…

Si certaines critiques sont effectivement encore indépassables, notamment sur le plan physique, cela ne veut pas dire qu’elles le sont toutes. Or, il faut bien constater que les auteurs n’ont pas pris le temps de faire le tri… ni non plus (sauf exception) de mettre à jour leurs vieux articles.

Des articles non mis à jour

Si tous les articles n’avaient pas pris une ride, à la rigueur, nous pourrions comprendre ce qui relèverait alors d’un véritable choix. Ce n’est malheureusement pas le cas.

L’article de la page 28 Signes ou étoiles il faut choisir, l’insurmontable dilemme des astrologues n’évoque pas la position radicale des astronomes Zarka, Biraud et Kunth affirmant dans plusieurs écrits que tous les arguments critiques relatifs aux constellations sont réfutés, nous en avons déjà parlé dans la 1ère partie de ce commentaire. Il manque donc ici, pour nous, l’essentiel.

Dans l’encadré de la page 36 L’opinion des astronomes on lit aussi qu’il n’existerait aucun astronome sur Terre qui « aujourd’hui », croirait à l’astrologie, nous en connaissons au moins deux (mais n’avons pas vraiment cherché). L’astronome Percy Seymour, dont on ne saura rien dans ce numéro mais qui a été interviewé sur le site du CURA3. Irina Predeanu, astronome à Bucarest et qui a déjà publié dans la revue du Rams. Nous ne prétendons pas que leurs travaux démontrent la réalité de l’astrologie, nous rappelons simplement qu’ils existent, et pas depuis hier, ce qui permettrait d’éviter ce genre de contre-vérité.

Dans l’article de la page 40 Des nouvelles planètes dans la mare des astrologues (2006) l’auteur s’interroge sur quelques réels paradoxes générés par le système astrologique, dont en quoi les interprétations faites à partir des nouvelles « planètes » n’invalident-elles pas les précédentes interprétations faites par des générations d’astrologues qui ne les connaissaient pas encore ? L’auteur imagine aussi une pseudo-défense de l’astrologie en faisant comme si les astrologues tenaient compte de la composition des planètes (p40), en oubliant aussi que le temps de révolution de Sedna est si important qu’il n’est pas utilisable vraiment à l’échelle humaine (sinon quand l’astre est au plus proche du Soleil sur son orbite elliptique très allongée). Il disserte aussi sur les paradoxes découlant de la distance et de la taille de ces nouvelles planètes alors que les astrologues ne tiennent pas compte de ces paramètres. Il découvrait enfin que certains astrologues développent une astrologie des astéroïdes depuis un petit moment, et que donc, les « nouvelles planètes » pouvaient a priori être intégrées. Il est dommage qu’il ne remarque pas que le travail des astrologues consiste alors à imaginer de nouveaux symbolismes qui permettraient justement de proposer des interprétations qui ne seraient pas en contradiction directe avec les précédentes (ce qui pose d’autres problèmes). Or, nous avons déjà apporté des débuts de réponses à ces questions, et quelques démentis à d’autres (exoplanètes, satellites des planètes géantes, etc) dans un long dossier relatif au déclassement de Pluton présent dans notre catégorie Historia. Celui-ci est paru sur internet à l’été 2007 et a été signalé régulièrement à l’AFIS et à d’autres... On y explique de façon plus pointue les problèmes que l’astrologie devrait ou aurait du se poser suite, non pas au déclassement de Pluton en soi, mais à la découverte des objets de la ceinture de Kuiper (au moins des plus importants). Nous avons rappelé que les paramètres astrologiques sont exotiques (déplacement apparent le long de l’écliptique par exemple), et qu’il faut en tenir compte pour proposer une critique cohérente « de l’astrologie » si l’on ne veut pas rester dans celle « de notre représentation de l’astrologie » à la fois incomplète et en partie erronée pour le sceptique. Mais non, rien ici ni sur notre dossier et les réponses que nous apportions, ni rien non plus sur le déclassement de Pluton… Comment comprendre que cet article ait pu être publié en l’état ???

Quelle objectivité attendre des articles en général s’ils ne sont pas remis à jour ? Est-ce à chacun de le faire ? Page 79 encore, l’article Bientôt un permis à « point astral » ? (été 2002) nous laisse en plan à propos de cette assurance dont les tarifs auraient été basés sur les signes astrologiques de naissance : combien de temps a duré cette farce ? L’auteur de l’article a-t-elle reçu les papiers qu’elle avait demandés ? On ne le saura pas…

L’inqualifiable oubli concernant la citation d’Einstein

Mais c’est là une affaire beaucoup moins importante et intéressante que celle de la fausse citation attribuée parfois à Einstein par quelques astrologues. Or, ce fut là notre plus grande déception. Il existe en effet un long et excellent article consacré à la question des origines de cette citation, écrit par un autre sceptique, et publié il y a quelques années dans la revue Le Québec Sceptique (N°57). Denis Hamel y relate ses recherches, lesquelles l’ont mené jusqu’à la source de cette citation. Nous en avons traité longuement dans notre article Einstein a-t-il condamné l’astrologie ? mis en ligne en mars 2009 et très vite présent sur les moteurs de recherche. Que trouvons-nous pourtant dans notre Science et pseudo-sciences N°287 ? Une petite page et demie à peine, qui non seulement ne fait pas référence à notre article, mais surtout ne semble pas connaître non plus l’existence de l’article de Denis Hamel ! Comble du comble : il y est certes fait référence à un renseignement donné par Alice Calaprice (la spécialiste des écrits d’Einstein ou le concernant), mais sans savoir que cela n’a été possible que parce que Denis Hamel le lui avait fourni un an auparavant (source : Hamel). Qui tape pourtant « Einstein et l’astrologie » sur n’importe quel moteur de recherches tombe de suite sur son article, et depuis longtemps. Vraiment nous ne comprenons pas comment ce numéro de la revue de l’AFIS a été composé… Peut-être l’AFIS réparera-t-elle son erreur d’ici peu en contactant Denis Hamel comme nous l’avons suggéré au rédacteur en chef de SPS ??? Ce serait la moindre des choses.

Quand le monde astrologique critique l’astrologie boursière

En page 74 commence l’article Des astres à la Bourse, daté de 2003. Que s’est-il passé depuis ? Juste un énorme krach boursier en octobre 2008… non prévu par les astrologues boursiers (certains voyaient même plutôt une belle année 2008…) puis une crise dans laquelle nous sommes encore… Que nous réserve l’AFIS là-dessus ? Suspens… rien ! Rien du tout. Mais pourquoi suivre l’actualité effectivement pour ce numéro spécial millésimé 2000 ? On se le demande quand-même… car entretemps, et juste après le krach boursier, nous avons fait circuler sur internet, sur les forums sceptiques, et dans la communauté astrologique, notre article Crise boursière : et si l’astrologie… n’y était pour rien ? Mais contrairement aux apparences ce n’est pas tant le fait que l’AFIS n’ait pas parlé de notre article qui nous touche, c’est plutôt le fait qu’il y avait là l’occasion de traiter d’un thème trop rare dans la critique traditionnelle, à savoir la critique de l’astrologie d’origine… astrologique. En effet, cet article critique vis-à-vis des méthodes et des résultats de l’astrologie boursière, était défendu et promu par la Fédération Des Astrologues Francophones (rubrique Astro Plumes) elle-même, appelant une nouvelle fois à éviter certaines tentations prévisionnelles ou le joujou avec les astres. Cela ne méritait-il pas d’être signalé ? Quelques arguments de mon article me semblaient aussi pouvoir compléter les arguments sceptiques traditionnels par une approche plus astrologique, plus technique : le public ne devrait-il pas en entendre parler ? Car au final, quelle image gardera-t-il de ces deux pages ? Que les astrologues sont fans de l’astrologie boursière et qu’ils ont trouvé un nouveau champ de manipulation et de gains faciles… Tout cela est bien regrettable car le monde astrologique n’est pas toujours aussi manichéen qu’on veut bien le faire croire.

Pluton a-t-elle bien été déclassée ?

On se le demande, puisque le sujet n’est pas du tout évoqué ! Qui aurait pensé que cette question ne serait pas abordée dans ce numéro alors que l’on y traite du permis à « point astral » ou que l’on nous propose un « cours d’astrologie expérimentale » à la fois malsain et médiocre où la notion de constellation est encore omniprésente, et le signe astrologique défini maintenant comme une « région de l’espace »… cette notion de région de l’espace pour un signe astrologique a pourtant autant de cohérence que celle de constellation au regard des planètes intérieures Mercure et Vénus4. Pourtant, l’affaire du déclassement de Pluton avait provoqué bien des réactions sceptiques, et cela a encore lieu sur les forums internet du monde entier… nous sommes donc étonnés que l’AFIS n’ait pas choisi de s’exprimer sur le sujet. Mais peut-être, rêvons un peu, est-ce à cause de notre dossier très fourni, lequel fut mis en ligne à l’été 2007 et signalé même sur sur le site Agoravox ? On trouvera dans la 3ème partie de ce dossier Pluton, la future exilée astrologique ? quelques unes des raisons techniques, donc astrologiques, pour lesquelles nous avions déjà envisagé qu’il serait moins dommageable de rejeter Pluton que d’intégrer tous les nouveaux corps découverts au-delà. Pourquoi aussi la formation d’un symbolisme astrologique est encore bien douteux… Si quelques passages de mon texte ne sont pas trop mauvais, pourquoi ne pas en parler dans ce numéro ou sur le site en général ? Est-il hérétique, tabou, d’imaginer un travail critique en provenance de la communauté astrologique ?

L’affaire Teissier : une tempête dans un verre d’eau ?

La dernière partie de ce numéro est donc consacrée à l’affaire de la thèse de sociologie soutenue par l’astrologue Elizabeth Teissier en 2001 à la Sorbonne, laquelle avait fait scandale. On trouvera d’ailleurs dans notre catégorie Bibliotheca, bien des liens vers le contenu intégral des textes cités partiellement (faute de place) dans ce numéro. Dans la 1ère partie de notre commentaire, nous avions déjà déploré qu’autant de place soit accordée à cette affaire en laissant sous-entendre que le discours d’E.T. serait représentatif de celui de la communauté astrologique en général, de la théorie astrologique en particulier. Cette présentation des choses donnait même le sentiment d’un combat personnel contre Elizabeth Teissier. Nous avions regretté qu’à aucun moment la critique de l’AFIS n’ait pris un minimum de recul en avouant ou remarquant qu’E.T. et son travail n’avaient pas reçu le soutien de la communauté astrologique ou des associations d’astrologues, ou encore ne soit pas allée au bout de son raisonnement : si elle accuse E.T. de détourner tous les auteurs et toutes les théories qu’elle cite, pourquoi ne ferait-elle pas de même avec l’astrologie traditionnelle ? Ceci aurait permis de contextualiser cette critique qui, loin s’en faut, ne fait pas le tour de la question astrologique. A peine fait-elle le tour de l’approche sceptique ou « Teissière »… Les théories astrologiques sont nombreuses dans le milieu astrologique, mais renvoient plutôt à des auteurs comme Guinard, Nicola, Barbault, voire Fuzeau-Braesch pour les questions causales.

En quoi cette présentation par l’AFIS a-t-elle encore ce goût de réchauffé que nous décrivons depuis le début de ce texte ? Avant la soutenance, on prévenait de l’envahissement de l’Université « par l’astrologie et les astrologues » si la dame obtenait son doctorat : mais qu’en est-il aujourd’hui ? L’astrologie s’est-elle immiscée partout ? Combien de thèses pro-astrologie ont-elles été soutenues ou sont-elles en cours ? Aucune à notre connaissance… Elizabeth Teissier enseigne-t-elle à l’Université ? Non. A-t-elle vraiment joué de son doctorat pour s’ouvrir des portes ou passer plus souvent dans les médias ? Non plus, ou alors elle l’a fait si discrètement que ce serait à l’opposé de ses habitudes et de ses convictions. L’affaire méritait-elle donc vraiment près de 15 pages dans une revue de près de 110 pages en omettant entièrement d’autres travaux universitaires d’astrologues ? Nous pensons que non. Nous pensons même que cette affaire a été l’occasion d’une tempête dans un verre d’eau. A moins que le tôlé général provoqué par les critiques et autres pétitions ait vraiment empêché l’entrée à l’Université d’E.T. … Il reste regrettable toutefois, que nulle part ce numéro ne fasse l’état des lieux aujourd’hui de l’absence de suites de ce travail, et se contente d’un petit pic au bas de la page 111 à l’adresse de son directeur de thèse, Michel Maffesoli. On aurait aimé autre chose que le copier-coller présent dans ce numéro ou même la prise de conscience du fait que notre site critique est indirectement l’un des résultats de la publication de la thèse d’Elizabeth Teissier comme nous l’avons déjà affirmé dans la 2ème partie de notre dossier (1999-2009) Terrible changement de millénaire pour l’astrologie. La compilation des arguments pro-astrologie présente dans cette thèse m’avait permis de relever bien des mauvaises défenses de l’astrologie et de lancer de nouvelles critiques menant à l’existence de ce site aujourd’hui. Cette thèse, comme toutes celles qui ont fait parler d’elles, n’a donc pas été l’occasion seulement, d’une publicité pour l’astrologie.

Au final, n’a-t-elle pas été bien plus l’opportunité pour la critique et les universitaires, de faire connaître à un plus grand nombre, à la fois la critique de l’astrologie en général, et la position officielle de bien des universitaires sur cette thèse ? 9 ans après en effet, il n’y a toujours pas de chaire d’astrologie à la Sorbonne, ni à notre connaissance de cours donnés en ce lieu historique de la pensée, par la doctoresse astrologue. Nous pensons plus simplement que ce titre de docteur a surtout été vécu comme un couronnement personnel (comme E.T. l’avait déjà affirmé dans une émission télévisée) : celui de ses combats « pour l’astrologie » depuis quelques dizaines d’années. On peut supposer aussi que les terribles examens de ses textes par des universitaires l’ont beaucoup touchée en tant justement, que nouvelle universitaire.

Une erreur aura été de s’en prendre à elle en pensant que l’on toucherait les astrologues : 1) les astrologues ont regardé sans broncher et en ont même parfois remis une couche (sur le site de Patrice Guinard (texte repris dans la Lettre Des Astrologues), sur le site de Richard Pellard, dans Marianne 2, etc), la critique d’E.T. n’a donc pas été forcément assimilée à la critique de l’astrologie par les personnes visées. 2) Penser que l’astrologie pourrait rentrer à l’Université à partir du moment où le titre de Docteur aurait été décerné, comme E.T. l’avait rêvé depuis longtemps. On ne saurait donc limiter la portée de cette thèse à un coup médiatique de l’intéressée ou à l’entrée officielle de l’astrologie à la Sorbonne. La chose est bien plus complexe, et il est bien trop tôt pour un regard suffisamment complet sur cette affaire.

 

Pour la critique traditionnelle de l’astrologie, n’y a-t-il vraiment rien de nouveau, l’effet Barnum n’étant quand-même pas une découverte ? Un grand nombre de textes est réchauffé, voire exhumé, que doit-on en conclure ? Les sceptiques de l’AFIS tournent-ils en rond en contemplant leurs nombrils et en guettant les déclarations d’Elizabeth Teissier ? Pourquoi continuent-ils encore à ne retenir de leurs lectures astrologiques que les plus belles perles, de la même façon que bien des astrologues ne retiennent que les meilleures correspondances et font semblant de ne pas voir les erreurs et les ratés de l’astrologie ? Nos nouvelles critiques (qui ne nous font pas que des amis dans la communauté astrologique) proposant d’expliquer certaines dérives de la pratique astrologique d’un point de vue purement technique, donc rationnel, et en intégrant la question du hasard, sont-elles à ignorer, à cacher ? Les arguments des astrophysiciens Kunth, Zarka et Biraud sont-ils non avenus ? Le travail universitaire de Patrice Guinard (au moins ce qui concerne la critique sceptique si le reste sort de ce cadre) ne valait-il pas au moins une page ou deux contre les presque 15 consacrées à l’affaire de la thèse d’Elizabeth Teissier ??? Nous pensons que si.

 

Quelques réécritures historiques à la sauce critique

Nous rappelons régulièrement dans notre catégorie Historia, l’existence du travail universitaire réalisé par Giuseppe Bezza sur les origines de l’astrologie. Sa thèse en Histoire et Philosophie des sciences emplit les 266 pages d’un numéro de la revue d’Histoire des sciences Sciences et Techniques en perspective5 publié en 2002, et fait le point sur le travail des historiens de l’Antiquité sur ce sujet. Chacun pourra prendre connaissance dans ce numéro très technique, des questionnements réels à propos des origines de l’astrologie tant à Babylone, qu’en Egypte et en Grèce. De quoi tordre le coup à bien des idées reçues sur la question, et… poser aussi de nouvelles questions.

Pourquoi cette référence ici ? Parce qu’elle manque cruellement à l’article qui introduit ce numéro SPS N°287 ! En effet, pour un auteur critique on s’attendait à ce qu’il nous rappelle que les outils de l’astrologie sont très récents, que le zodiaque de 12 signes lui-même remonte à peine à 8 siècles avant notre ère, que le mouvement des planètes n’a été conçu comme régulier et prévisible que vers -500 seulement, ou que faute de pouvoir prévoir leurs retours, les présages de l’époque n’étaient en rien des prévisions datées… Tout cela aurait permis de mettre à mal certaines prétentions de la tradition astrologique comme on l’a fait dans notre catégorie Histoire de l’astrologie, mais non, on n’ira pas jusque là… l’auteur comme bon nombre d’astrologues et de sceptiques fait encore remonter « la naissance » de l’astrologie occidentale vers 3.000 avant notre ère alors que ses outils les plus simples n’apparaîtront en général que plus de deux millénaires plus tard ! Dans la littérature sceptique d’ailleurs, vous constaterez toujours cet espace béant entre les soi-disant origines de l’astrologie qui remonteraient vers 2.000 ou 3.000 ans avant notre ère (selon les auteurs et leurs sources ou ce qu’ils considèrent comme « astrologique ») et… -419, date du plus ancien thème de naissance recensé par les historiens. Que s’est-il passé pendant les 1.500 ou 2.500 ans entre les deux ? Probablement rien… mais si avec les historiens de l’Antiquité on commence à distinguer entre divination astrale et astrologie (voire « horoscopie » malgré la connotation actuelle renvoyant aux médias), alors les choses s’éclairent (on renverra donc à Bezza pour bien plus de détails)… Mais cela ne devait pas être le but de cet article.

On pourra le regretter aussi pour une autre raison : le système astrologique étant très récent et plusieurs de ses outils étant même postérieurs à la découverte de la précession des équinoxes par Hipparque vers -200 (aspects et maisons astrologiques nécessitant la maîtrise des lignes trigonométriques, point de départ du Zodiaque des signes, etc), l’argument de précession des équinoxes ne découlerait-il pas finalement du mythe des origines d’une astrologie qui n’est pas si ancienne qu’elle le prétend ??? Les 3 voies de la protoastronomie mésopotamienne encore bien présentes au début du 1er millénaire avant notre ère et bien loin du Zodiaque que nous connaissons, ne renforcent-elles pas cette représentation ? Nous n’aurons rien de tout cela à lire dans ce numéro...

Ces astronomes – astrologues du passé, comme son titre l’indique, devrait même traiter de l’histoire de l’astrologie pratiquée longtemps par des astronomes (cet article est le 1er de la partie L’astrologie à travers l’histoire). Et on aurait aimé savoir pourquoi tel ou tel astronome pratiquait l’astrologie malgré les « évidences » constamment rappelées par la critique, il n’en sera rien. Car cet article traite en fait de « la critique de l’astrologie à travers l’histoire », et vue la forme, on est plus proche d’anecdotes critiques que d’histoire de la critique à proprement parler. En effet, la grande absente de l’article est justement… l’astrologie. Pour chaque astronome on trouvera une présentation succincte de son travail d’astronome agrémentée parfois d’une anecdote astrologique (si possible un raté), puis systématiquement un exemple de critique de l’époque. Une belle déception que cet article, car on ne voit pas l’intérêt de présenter ces astronomes sans expliquer quel intérêt ils pouvaient porter à l’astrologie (les fondements de la science ou philosophie de l’époque, ainsi que l’absence de notion de probabilité l’expliquent pourtant assez bien) ni ce qu’ils en faisaient exactement (on trouvera ici un exemple d’interprétations astrologiques keplériennes)… l’auteur ne semble pas s’être posé vraiment la question d’ailleurs, car au-dessus de ce texte plane constamment un sentiment de contradiction interne. Kepler par exemple, critiquait l’astrologie mais… serait mort fidèle à elle !? Ce mythe sceptique selon lequel pour Kepler, l’astrologie ne servait qu’à financer sa recherche en astronomie, a décidément la vie longue malgré par exemple, sa réfutation par l’historien des sciences Gérard Simon en 19796. Mis à part le fait qu’il faut conclure que Kepler doit être mort sénile (alors que ses documents manuscrits montrent que non), on aurait aimé que l’auteur nous explique comment Kepler a pu tenter de fonder physiquement l’astrologie fin 1601, et comment il a remis cela en 1610 dans son Tertius Interveniens où il tente d’adopter une position d’arbitre sur les questions astrologiques entre les sceptiques et les astrologues grâce à ses théories causales… Ou encore comment il a pu écrire le livre quatre de son Harmonie du Monde… Cela aurait permis de recontextualiser les citations que l’on trouve dans cet article, un peu comme on a essayé de le faire dans la catégorie Historia (Einstein, Kepler, et l’astrologie, échanges avec Denis Hamel). Ne pas décontextualiser, c’est d’ailleurs habituellement, le soucis premier de l’historien…

Il règne dans ce texte comme d’autres du numéro, le sentiment nauséabond d’une critique assurée de son fait. On ne cherche plus à démontrer ou à faire douter les astrologues ou le public, autrement dit à joueur le jeu de la raison, on illustre seulement par quelques exemples plus ou moins heureux, son a priori négatif sur l’astrologie. Quelle différence ? L’exigence de rigueur et de précision… Ceci, d’autant plus que dans l’article suivant, L’astrologie au XVIIème siècle : déterminisme astral ou charlatanisme, l’historienne Micheline Grenet nous donne une toute autre image de l’astrologie de l’époque. Comme on l’a déjà rappelé dans la 1ère partie de ce commentaire, l’historienne écrit que à l’aube de l’époque classique il n’existe plus d’astrologue de qualité en exercice (…) Conséquence immédiate : des personnalités douteuses, sorciers, devineresses, face au créneau libéré, ne vont pas rater une si belle occasion d’exploiter leurs contemporains trop crédules. Peu à peu des charlatans, sous le couvert de l’astrologie, se livreront à des activités magiques criminelles qui aboutiront à l’affaire des poisons (page 18). Autrement dit, l’astrologie peut être détournée par des charlatans (mais qui nierait cela ?), il ne faut donc pas en rester à ce qu’ils en font pour se faire une image exacte de ce qu’est, peut être, ou a été l’astrologie.

C’est pourquoi on sourira de la conclusion de l’article faisant de l’astrologie d’aujourd’hui la fille cupide de l’ignorance et de la naïveté et aussi la mère de tous les charlatans. Voilà encore un propos non pas vraiment théorique, mais abstrait, un jugement sur les fondements, l’expérimentation, ainsi que les discours des astrologues les plus médiatiques. Peut-être même l’auteur imagine-t-il que tous les astrologue sont riches et rédigent des horoscopes de presse ??? On ne saurait que trop lui conseiller la lecture de nos catégories Astrologica et Rationalis où il pourra commencer à se demander si la question des fondements scientifiques ou des résultats de l’expérimentation peuvent vraiment permettre de rendre compte de ce qu’est l’astrologie au quotidien. Il y a peut-être des raisons moins manichéennes et plus basiques pour concevoir la croyance en l’astrologie. Dans la pratique, certaines évidences se heurtent aux évidences théoriques… mais tout cela se déconstruit différemment…

3ème partie : Quant aux limites de la critique

 

Serge BRET-MOREL
Eté 2009 - février 2010
Mise en ligne le 13 février 2010

  1. Moyenne pondérée par le nombre de pages de chaque article : 111 pages avec 0 an d’âge pour un article de 2009 (éditos et raccords compris), 1 an pour 2008, 2 ans pour 2007 (…) 58 ans pour 1951.

  2. Si nous retirons l’article de 1951 et ses 8 pages, la moyenne d’âge est alors de 5 ans… ce qui reste un peu réchauffé... Et puis, cet article de 1951 occupe tout de même 8 pages, ce qui dénote de l’importance que la critique continue de lui accorder. D’ailleurs, on pourrait aussi retirer les 12 pages de 2009 de pseudo « astrologie à travers l’histoire » de Simaan… ce qui vieillirait considérablement le numéro.

  3. Astrology : the evidence of science (Penguin, 1991); The scientific proof of astrology: Tune into the Music of the Planets (Quantum, 2004)

  4. Un même point de leur orbite correspond en effet toujours à… tous les signes astrologiques (selon la position de la Terre) ! Raison supplémentaire pour laquelle d’ailleurs, nous ne rejoignons pas Suzel Fuzeau-Braesch dans sa définition du Zodiaque comme « ce qui permet de repérer une planète sur son orbite » (au-delà du fait que c’est le zodiaque des constellations qui seul, permet cela, comme l’ont déjà fait remarquer bien des sceptiques, dont Broch)

  5. Précis d’historiographie de l’astrologie : Babylone, Egypte, Grèce. Bezza, Sciences et Techniques en perspective, 2ème série, vol. 6. fascicules 1 & 2 – 2002, Brepols

  6. Son Kepler astronome – astrologue (1979) tiré de sa thèse, fait encore référence en la matière. Il montre comment les réflexions de Kepler sur l’astrologie sont sincères et accompagnent celles sur l’astronomie, son esprit critique s’appliquant autant à l’une qu’à l’autre.