Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

Rationalis

 

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Science et pseudo-sciences N°287 (07-2009)

Le chant du cygne

de la critique traditionnelle ?

 

Commentaire général

Quant à l'objectivité de cette critique de l'AFIS
(1ère partie)

 

1ère partie : Quant à l’orientation de la critique (28-01-2010)

Un manque d’ambition ?

Sur la portée de la critique

Quelques omissions de la critique

La victimisation du critique

Une diabolisation opportune

2ème partie : Quant au caractère réchauffé de la critique (13-02-2010)

Un numéro de 2009… millésimé 2000 ?

Des articles non mis à jour

L’inqualifiable oubli concernant la citation d’Einstein

Quand le monde astrologique critique l’astrologie boursière

Pluton a-t-elle bien été déclassée ?

L’affaire Teissier : une tempête dans un verre d’eau ?

Quelques réécritures historiques à la sauce critique

Intermède : Elizabeth Teissier réagit à ce texte (01-03-2010)

3ème partie : Quant aux limites de la critique

Conclusions

 

 

 

Ce numéro 287 de la revue de l’AFIS est exclusivement consacré à la critique de l’astrologie, ce pourquoi nous avons pris le temps de nous y pencher longuement. Nous commençons par un commentaire général, puis nous pourrons passer à un examen systématique de chaque article.

Pour la plupart d’ailleurs, nous ferons le même constat : on s’étonnera que la critique s’arrête presque à chaque fois au moment le plus prometteur. Dès qu’elle paraît en effet, s’approcher d’une problématique de fond concernant les limites de l’astrologie ou ses arcanes, tout s’arrête, ce qui nous obligera à nous interroger sur les intentions et les moyens à disposition de la critique. En effet, peut-on encore se contenter d’énoncer ou d’énumérer les contradictions et autres erreurs de l’astrologie sans jamais chercher à en comprendre les origines autrement qu’en évoquant ouvertement ou à demi-mot la mauvaise foi et la malhonnêteté supposées de l’astrologue ? Permettent-elles vraiment de tout expliquer ? Quel est l’intérêt de rappeler tel ou tel résultat expérimental négatif sans chercher les conséquences précises sur l’astrologie et sa pratique ? N’existe-t-il pas d’autres voies permettant de rendre compte de certaines dérives pratiques, idéologiques et argumentatives de l’astrologie ? Ces accusations-là font tant appel à l’évidence qu’elles restent quasi irréfutables, et rappellent celles de la pensée magique où l’on attribue des intentions selon les besoins, tant aux personnes qu’aux objets ou aux phénomènes naturels, pour pallier à un défaut de représentation… Nous montrerons donc ici et là que cette critique traditionnelle est souvent aux portes de problématiques qui pourraient toucher les astrologues, en y ajoutant quelques questionnements sur lesquels elle aurait pu (dû ?) enchaîner. Encore une fois nous rappelons ici qu’un travail de doctorat sur le thème des applications du raisonnement scientifique à des disciplines non scientifiques dans le cadre de l’exercice de l’esprit critique… ou sur une histoire de la critique de l’astrologie, ou encore de l’organisation d’argumentaires (critiques ici) non soutenus par un modèle causal (etc), serait réalisable… à bon entendeur. Nous nous interrogerons aussi sur les raisons de la pertinence occasionnelle de la critique, et certaines de ses erreurs ou de ses non-dits.

Nous continuons de penser qu’une « analyse critique de l’astrologie » doit viser à la déconstruction de la discipline avant d’être politiquement militante. Sinon, doit-on vraiment s’étonner de véritables dérives critiques et de son incapacité à toucher la communauté astrologique ?

 

 

Quant à l’objectivité de cette critique de l’AFIS

 

1ère partie : Quant à l’orientation de la critique (28-01-2010)

Un manque d’ambition ?

Il faut commencer par un constat : ce numéro spécial de la revue de l’AFIS est fidèle aux orientations critiques traditionnelles de l’association. Mais à force de chercher encore et toujours à montrer que l’astrologie n’est pas une science, la critique semble se réfugier dorénavant derrière cette question pour éviter d’aller plus loin dans ses investigations. Il est vrai que c’est aussi son fond de commerce. Et puis, pour montrer que l’astrologie n’est pas une science, pour montrer ses erreurs, la légèreté de bien des argumentaires astrologiques, pour énumérer quelques unes de ses contradictions, il n’y a pas toujours besoin d’y connaître quoi que ce soit. Il suffira d’un ou deux bons contre-exemples et contre-arguments découlant d’une certaine habitude de l’usage de la raison. Mais problème : à part prêcher en terrain déjà conquis et, peut-être, sauver quelques innocentes brebis avant qu’elles ne tombent dans les griffes de « la méchante astrologie », on ne voit pas bien l’utilité ultime de cette critique. Pire, elle semble avoir atteint ses limites puisque l’essentiel des textes proposés ont été prélevés ici et là dans la revue de l’AFIS et ailleurs, jusque… dans les années 50 ! S’agit-il d’informer ? Pourquoi alors ne pas parler de certains sujets plus gênants (voir « quelques omissions » plus bas) ? Les sceptiques de l’AFIS pensent-ils encore que l’on croit en l’astrologie et qu’on la pratique pour des raisons physiques, scientifiques ??? N’ont-ils pas encore compris que c’est dans la pratique elle-même (on a parlé de ciment quotidien) que les aficionados y trouvent de l’intérêt et que cela ne se limite pas à se mirer dans une image idéale de soi et à écouter son horoscope matinal ? Or, une critique non familière de l’astrologie peut-elle être autre chose qu’une critique dont la pertinence est nécessairement ponctuelle si elle-même ne peut pas vraiment définir ses limites ? Nous verrons tout au long de nos commentaires des différents articles que bien des contresens sont commis, voire tolérés, au nom de la Sainte Critique. Pas étonnant donc qu’elle ne touche que bien difficilement les professionnels de l’astrologie, ou ceux qui n’y connaissent rien (les innocentes brebis donc, les autres sceptiques)…

La critique ne réussit pas toujours non plus à dépasser ses propres paradoxes. A vouloir à tout prix ne pas reconnaître (et donc chercher) le moindre intérêt dans la pratique de l’astrologie (ce qui permettrait bien plus efficacement par exemple, de la limiter par le haut), elle peine à dépasser certaines généralités et autres considérations théoriques pour lesquelles elle ne réussit pas à faire le lien justement, avec la pratique de l’astrologie. Un exemple à la page 37 où l’auteur pose une question ouverte : que valent des horoscopes fondés sur des heures fausses ? Mais au lieu de proposer un début de réponse ou de problématique, puisque les astrologues eux-mêmes répondront en chœur que ces horoscopes sont faux, ou au moins incomplets, l’auteur change de sujet. Pourtant, n’aurait-ce pas été l’occasion de rappeler que tout astrologue amateur ou professionnel est confronté concrètement un jour ou l’autre à un tel problème ? En effet, il arrive toujours à un moment où à un autre qu’il y ait une erreur de saisie de donnée de naissance par l’astrologue lui-même, ou au moment de la retranscription manuelle de l’acte de naissance, ou encore au moment de l’établissement de l’acte. Mais aussi quand les coordonnées de naissance ne proviennent pas d’un acte de naissance, mais d’une information rapportée par une tierce personne (biographie, souvenir de la maman, etc). Or dans presque tous les cas il aura été possible à l’astrologue de donner de « bonnes » interprétations astrologiques à partir des mauvaises données… et lorsqu’il apprend l’erreur, il se doit de constater que certains paramètres techniques interprétés ne sont plus présents… Mais non, ce genre de considération montrant très concrètement que le symbolisme astrologique est opérant sans avoir besoin d’être en rapport avec la situation interprétée (autrement dit qu’il amène à sur-rationaliser le réel en lui donnant un sens qu’il n’a pas forcément), n’est pas abordé ici… le but n’était manifestement pas de donner matière à réflexion.

Cette tendance est encore plus criante dans les articles de la 3ème partie, quand la critique tente une sortie des fondements physiques et des expérimentations vers des questionnements d’ordre plus psychologiques. Ainsi l’effet Barnum permettrait-il d’expliquer pourquoi l’on se reconnaît dans les descriptions astrologiques, mais impliquerait aussi que seuls une grande bêtise (ou « fragilité » si l’on aime les euphémismes) et un grand narcissisme peuvent expliquer l’engouement pour l’astrologie. Bien sûr, on évitera les questions posées par l’astrologie savante (archétypes, voire spiritualité) ou les questions touchant simplement à la connaissance de soi (l’astrologie permettait-elle de se poser des questions sur soi ?). On se retournera plutôt vers l’analyse des propos de rédacteurs et rédactrices d’horoscopes de presse dont AUCUN n’est vraiment reconnu par ses pairs.

Sur la portée de la critique

Or, cette illusion d’optique faisant des astrologues présents dans les médias les porte-parole de l’astrologie, révèle peut-être un problème plus grave : si l’astrologie de presse reste caricaturale et si les astrologues critiqués ne sont pas reconnus dans le monde astrologique, en quoi les critiques seraient-elles en effet toujours pertinentes par nature, et surtout… vraiment définitives ? Quand les premiers commettent de véritables contresens (mythe des origines de l’astrologie, raccourcis déontologiques, dérives divinatoires où l’individu disparaît derrière la technique astrologique, etc) et que la critique leur emboite le pas, à quelle qualité de résultat peut-on bien s’attendre ??? Critique-t-on les mathématiques ou la littérature à travers le jeu des chiffres et des lettres ??? La médecine à travers la chirurgie esthétique de confort ou les régimes ?

Il est ainsi légitime de se demander si la critique de l’AFIS n’est pas victime (volontaire ?) de sa dimension médiatique, comme en témoignent quelques textes dirigés contre l’astrologue Elizabeth Teissier à la façon d’un combat personnel, mais toujours présentés (et sans aucune justification) comme s’ils étaient dirigés « contre l’astrologie » en général. Comme si les astrologues se rangeaient derrière E.T. ; comme s’ils la défendaient ; comme si elle était reconnue par ses pairs pour ses travaux théoriques ; comme si aussi, elle représentait ou dirigeait un groupement d’astrologues… Ainsi peut-on trouver plus que douteux le titre même d’un papier récent engageant toute la communauté astrologique au nom d’un propos isolé : Elizabeth Teissier : l’astrologie contre la vaccination. L’article ne renvoie en effet vers aucun autre astrologue ou groupement d’astrologues défendant la même idée… Pire, aucun « argument astrologique » contre la vaccination n’y est vraiment développé. Quel dommage donc, que l’AFIS ne s’interroge jamais sur le fait qu’E.T. ne reçoit aucun soutien de la communauté astrologique… Est-ce anodin ? Peut-être l’association pourrait-elle alors mieux comprendre son manque d’impact hors des cercles sceptiques succombant à la même illusion d’optique ? Peut-être aussi pourrait-elle commencer à s’interroger sur ce que l’on a nommé prisme médiatique de l’astrologie ? Peut-être alors pourrait-elle commencer à prendre la mesure de l’état anarchique de la communauté astrologique et du fait que chaque astrologue médiatique se bat d’abord pour lui-même et n’est pas non plus choisi par les organismes médiatiques pour ses compétences théoriques ? En cela, en quoi est-il naturel de le traiter comme « représentant de l’astrologie » ? Et son activité comme représentante de l’activité astrologique ? Porte-parole autoproclamé serait plus proche de la réalité.

On s’interrogera donc sur la place consacrée à la dame et des avis sur sa thèse dans ce SPS N°287 (17-18 pages sur 112 tout de même !) sans jamais que soit mentionnée cette absence de soutien en provenance de la communauté astrologique, ni même quelques critiques astrologiques concernant sa thèse. En effet, si les textes étaient vraiment consacrés aux théories astrologiques, on aurait alors cité l’existence de la thèse de Philosophie de l’astrologue Patrice Guinard, autrement plus complexe. Pourquoi l’AFIS n’est-elle pas allée au bout de son raisonnement : puisqu’elle accuse Elizabeth Teissier de détourner tous les auteurs qu’elle cite, pourquoi ne détournerait-elle pas aussi les théories et les pratiques astrologiques ??? Non, cela n’a pas effleuré nos commentateurs, la critique de l’AFIS n’a décidément rien d’évident…

C’est peut-être moins spectaculaire, mais rendre compte des bêtises médiatiques de l’astrologie par le fait que ses acteurs « renommés » ne sont pas les meilleurs des défenseurs de l’astrologie, c’est aussi commencer à prendre un peu de recul et ne plus réduire l’astrologie à certains de ses pires déchets (médiatiques). C’est aussi s’ouvrir à des problématiques moins extrémistes ou spectaculaires que la défense de la veuve et de l’orphelin contre l’affreuse astrologie. Quand l’astrologue ne rédige pas des horoscopes de presse par exemple, que fait-il ? Et que font tous ceux qui n’en rédigent pas du tout ? Comment le savoir-faire astrologique de la consultation peut-il rendre compte de la longévité de l’astrologie (et pas les horoscopes, lesquels n’existent pas encore depuis cent ans) ? Les sceptiques de l’AFIS n’ont pas encore compris que le savoir-faire astrologique est tout aussi critiquable que la pseudoscience du même nom, ce à quoi ils se limitent, mais AUTREMENT et de façon bien plus intéressante. Cela ouvre pourtant des problématiques qui sortent du champ de la preuve (voir ici la distinction proposée entre astrologie de la preuve et astrologie de la consultation visant à dédramatiser les débats). Peut-être y a-t-il là de quoi rénover la critique ?

Quelques omissions de la critique

Dès 1998, deux astronomes de l’Observatoire de Paris, Zarka et Biraud, ont développé un discours différent quant à certaines critiques traditionnelles de l’astrologie. Leur conférence à Meudon a été abondamment reprise ici et là sur les forums internet par moi-même ou les défenseurs de l’astrologie, bien que celle-ci y soit tout de même critiquée comme une non science. Jamais au grand jamais pourtant, on n’a vu un sceptique s’y opposer officiellement ou commencer à envisager une remise en question de la critique ! Pourtant, en 2.000, l’astrophysicien Kunth (Peut-on penser l’astrologie ? Science ou voyance ? Edition Le pommier, 2000, coécrit avec le psychiatre Collot) est allé dans le même sens du rejet des critiques de l’astrologie relatives aux constellations et aux étoiles en général (que celle-ci n’utilise plus depuis presque 2.000 ans quand-même…). Mieux, l’intérêt de l’argument de la précession des équinoxes y est restreint à la question de la théorie des ères (« ère du Verseau », etc) et à celle de l’origine des symboles astrologiques, ce qui est tout de même plus pointu, plus rigoureux. Puis en 2005, Zarka et Kunth cosignaient le Que sais-je ? L’astrologie des éditions PUF en y reprenant cette argumentation (tout en étant bien clairs sur le fait que l’astrologie ne peut plus revendiquer le statut de science, ils ne la défendent pas !). Il est donc naturel de nous poser la question suivante : pourquoi le numéro spécial de l’AFIS ne mentionne-t-il JAMAIS les arguments de ces deux astrophysiciens alors qu’a même été posté un commentaire sur le livre ? Pourquoi, si ces arguments sont discutables, ne sont-ils pas discutés ? On ne le saura pas… tous les articles de ce numéro spécial anti-astrologie sont écrits comme si les arguments de ces 3 astronomes n’existaient pas.

Or, au-delà du fait que la critique n’est pas claire sur ce point, se pose la question de l’information du grand-public, lequel conclura à la lecture du numéro, que les astrologues « oublient des constellations » ou qu’ils « ignorent l’existence du phénomène de précession des équinoxes ». A part l’évidence visuelle, perceptive (qui est critiquée par ailleurs), on ne voit toujours pas ce qui fonde la critique de l’astrologie à partir des constellations qu’elle n’utilise pas… Aux sceptiques d’expliquer avant toute chose pourquoi elle devrait y revenir !

Autre "détail", il existe une association d'astrologues qui dénonce de plus en plus fort les dérives prévisionnelles de l'astrologie, la FDAF, ce qui a fait un certain bruit dans la communauté astrologique. Est-il aussi inutile de rappeler certaines querelles de clocher et d'autres critiques provenant du monde astrologique lui-même ? Est-ce trop fastidieux de le faire, par exemple sur l'astrologie boursière, autre thème d'un article de ce numéro spécial ? Il suffit de taper « astrologie boursière » sur yahoo pour que notre article critique sur la question publié aussi sur le site de la FDAF, apparaisse 3 fois sur la première page, et 3 fois sur les deux premières pages des résultats sur Google. Il ne faut donc pas dire que l’AFIS n’est pas au courant de son existence. Ce genre d’omission, de négligence, de choix éditorial, permet malheureusement de développer un discours sans quelques nuances qui permettraient pourtant d’être plus prêt des « réalités astrologiques » de l’astrologue et de ses clients. Cela permettrait aussi de ne pas laisser croire au public qu’il n’y a rien de neuf sous le ciel astrologique…

Car l’existence de notre site intégralement consacré à une analyse critique de l’astrologie (le SEUL sur internet en langue française) n’est jamais mentionnée non plus dans ce numéro alors qu’il existait bien avant la publication du SPS N°287), ce qui pose problème quant à quelques articles réchauffés de ce numéro (nous y reviendrons dans la partie suivante à propos de la fameuse citation d’Einstein). Pourtant, l’existence même de ce site n’est-elle pas l’une des conséquences, inattendues certes mais bien réelles, de la critique de l’astrologie depuis quelques dizaines d’années ? Que le doute commence à s’insérer dans la communauté astrologique (FDAF), est-ce là quelque chose qu’il faut éviter de mentionner ? Cela ne devrait-il pas être plutôt considéré comme une victoire de la critique traditionnelle, d’autant plus qu’elle n’y est plus présentée comme à rejeter intégralement ? Ne voit-on pas la nouveauté et l’importance de l’événement ? Ou bien ce silence tient-il au fait aussi, qu’une partie de la critique est à son tour… critiquée (comme on nous l’a politiquement reproché sur un forum sceptique) ? On se demanderait alors où se situent le doute et l’absence d’a priori tant revendiqués théoriquement par le scepticisme…

L’immobilisme de la critique sur ces quelques points fait un peu froid dans le dos : ce numéro a-t-il pour vocation d’informer (comme l’indique l’intitulé de l’Association Française pour l’Information Scientifique) ? Ou bien, ne vise-t-elle qu’à convaincre ? Faut-il voir dans ce numéro spécial de l’AFIS la dernière illustration d’une idéologie rationaliste vieillissante car défendant bec et ongle son seul point de vue ?

La victimisation du critique

Il existe un étrange parallèle entre l’astrologue « théoricien » de l’astrologie et le sceptique : tous deux regrettent de ne pas avoir accès aux médias, de ne pas pouvoir y développer autre chose que l’horoscopie quotidienne que l’on connaît bien. En cela, il est surprenant de voir les critiques se plaindre du fait que l’astrologie « est si présente » dans les médias. Pourtant, si l’on enlève les prédictions cycliques et collectives, que reste-t-il de l’astrologie dans les médias ? Les sceptiques font ici une erreur grave de jugement : alors qu’ils croient que leur travail est inefficace puisqu’il y a toujours « autant d’astrologie » dans les médias, la théorie astrologique (discours psychologique, formation de la personnalité, mythe des origines historiques, transcendance, etc) est en fait complètement absente des médias. La seule place autorisée est celle réservée aux pires bêtises qui, sous couvert de jeu ou de légèreté, peuvent encore invoquer une certaine tolérance. A ce titre, le nombre d’articles sceptiques est bien supérieur à celui sur les théories astrologiques. Combien de médias ont par exemple interrogé l’astrologue Elizabeth Teissier sur le contenu de sa thèse ??? Combien par contre, ont relayé les propos critiques ? Ou ses pseudo-prédictions footballistiques ? Et celles concernant (ou plutôt ratant) les attentats du 11 septembre 2001 ? Je suis bien placé aussi pour savoir que tout texte sur la critique de l’astrologie est systématiquement refusé. Pire, après m’avoir parfois félicité on va jusqu’à m’encourager à essayer de publier ailleurs en rappelant bien sûr que « la ligne éditoriale » de telle ou telle revue ne permet pas ce genre de publication… De ce point de vue, la critique a bien réussi au contraire de ce qu’elle croit, à toucher le monde intellectuel, très bien informé des limites (réelles) de l’astrologie et de certaines de ses prétentions. Ce pourquoi donc, on ne trouvera qu’exceptionnellement dans la presse un article pro-astrologie qui ira plus loin que des prédictions bien loin d’un prosélytisme.

Une diabolisation opportune

On comprendra peut-être mieux alors que la diabolisation de l’astrologie et des astrologues persiste dans ce numéro, évitant de se demander vraiment pourquoi des dizaines de milliers de personnes en France, voire plus, pratiquent l’astrologie pour elles-mêmes et sans faire payer leurs services (nuance admise pourtant par Zarka et Kunth)… Cette critique semble avoir encore le sentiment de devoir coûte que coûte montrer comment les astrologues peuvent tromper et se tromper, mais jamais ce que tout un chacun pourrait en retirer pour lui-même avec tous les risques que cela comporte. Cette approche serait pourtant à la fois plus pédagogique, plus efficace contre les charlatans, plus proche aussi des pratiquants, mais reviendrait aussi à frôler un certain prosélytisme. Inimaginable aujourd’hui pour une critique encore très idéologique…

Dans le sommaire de la dernière page on annonce ainsi que le progrès des sciences a renvoyé la pratique des astrologues à celle du charlatanisme… alors que dans le numéro lui-même (en p18) M. Grenet explique au contraire qu’à l’aube de l’époque classique il n’existe plus d’astrologue de qualité en exercice (…) Conséquence immédiate : des personnalités douteuses, sorciers, devineresses, face au créneau libéré, ne vont pas rater une si belle occasion d’exploiter leurs contemporains trop crédules. Peu à peu des charlatans, sous le couvert de l’astrologie, se livreront à des activités magiques criminelles qui aboutiront à l’affaire des poisons. Autrement dit, l’astrologie peut être détournée par des charlatans (mais qui nierait cela ?), ce n’est pourtant pas une nécessité.

Ce qui nous amène à quelques lignes sur ce que l’on pourrait nommer « le paradoxe du charlatan », très présent en amont des intentions critiques de bien des esprits sceptiques. Il s’énonce à peu près comme ceci : puisque l’astrologie est théoriquement indéfendable, scientifiquement impossible à fonder, et qu’elle échoue toujours à l’expérimentation, alors il faut être malhonnête pour continuer de la pratiquer. Malgré la force de l’évidence, on est pourtant très loin de la réalité sociale de l’astrologie. Car il y a derrière ce raisonnement une place primordiale donnée aux discussions théoriques, discussions dont la grande majorité des pratiquants n’ont d’abord pas la moindre idée. Ces discussions mènent aussi à des considérations qui réclament certaines compétences (épistémologie, physique, mathématiques, etc) que tout le monde n’a pas. Or, ces discussions théoriques ne tiennent pas compte donc, des évidences empiriques de la pratique astrologique, et nous avons essayé de montrer dans la catégorie Rationalis que les fondements de l’astrologie sont déconnectés de sa pratique. Il ne faut donc plus s’étonner que l’on puisse pratiquer l’astrologie sans connaître les débats sur ses fondements et donc, sans se sentir concerné(e) par toutes leurs conclusions. Plus, puisque les fondements de l’astrologie sont obtenus par certaines inductions de la pratique, c’est plus la pratique qui soutient les fondements que le contraire. Il n’y a donc pas là seulement un retournement rhétorique, mais bien le rappel que l’astrologie est d’abord une pratique quasi-artisanale débouchant sur un savoir-faire qui n’est pas par définition, à vocation scientifique. C’est pourquoi ce paradoxe est un faux paradoxe : l’astrologue apprend à interpréter d’abord sur le terrain, se fait sa propre expérience, et les fondements dont il se réclame n’ont rien de théorique au sens scientifique du terme. On oublie trop souvent que l’astrologie a une certaine utilité pour ceux qui s’y adonnent, et qu’ils ne la trouvent pas dans les débats mais plutôt dans certains questionnements qu’elle permet. Ceux-là ne sont pas dans le tout astrologique qui lui, est éminemment critiquable. C’est pourquoi il faut conclure que « ce paradoxe du charlatan » n’est qu’apparent, et en toute rigueur une conception théorique et bien souvent trop extérieure, trop loin de la réalité du praticien astrologue. Le critique confond trop souvent utilité et véracité, manque de rigueur (ou de déontologie) et malhonnêteté, et oublie trop souvent que l’on ne critique pas un savoir-faire comme on le fait d’une science. Autrement dit, l’astrologie est vécue avant d’être pensée, ce en quoi l’honnêteté n’est pas contradictoire avec la pratique de l’astrologie, ce en quoi aussi une critique sans alternative est plutôt inutile.

Au final donc, reste le goût amer d’une critique qui semble vouloir réduire l’astrologie à une science ou à rien. Où est donc développée la question du savoir-faire astrologique qui, une fois la dimension scientifique rejetée, reste ? Et qui de plus, explique d’autant mieux la pérennité de l’astrologie que la liste de biais de validation subjective est importante ? Les limites d’un savoir-faire ne seraient-elles pas plus utiles à déterminer que celles d’une pseudoscience ??? Un savoir-faire, pour fonctionner, n’a pas besoin d’être vrai, il lui suffit d’être utile, de répondre aux demandes des praticiens et des clients… On pourrait presque alors, espérer commencer à toucher les astrologues et leurs croyants en se rapprochant de leur quotidien. Mais pour les convaincus, il semble que l’AFIS considère le combat comme perdu d’avance, et cela ressurgit sur l’ensemble du numéro. Ce serait pourtant permettre le passage d’une critique de l’astrologie très théorique à une critique de l’astrologie véritablement appliquée.

Finalement, n’y a-t-il rien de vraiment neuf du côté de la critique ? Ce n’est évidemment pas ce que nous affirmons sur notre site. Assiste-t-on ici au chant du cygne d’une critique traditionnelle amateur ou tout au moins décousue, en manque d’ambition et de temps à consacrer à un tel travail pour viser un résultat un peu plus pointu ? Sont-ce là aussi les limites d’une approche critique sans modèle un peu élaboré pour la soutenir ??? Une critique causale ne découlant pas vraiment d’un modèle causal qui éliminerait les inspirations des uns et des autres, mais permettrait aussi de trier parmi les bonnes et mauvaises critiques autrement que par l’assentiment ou l’intention de critiquer ? On laissera le lecteur réfléchir à ces questions… et nous passerons à la suite de notre commentaire général.

 

2ème partie :

Quant au caractère réchauffé de la critique

 

Serge BRET-MOREL
Eté 2009 et fin janvier 2010