Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

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Le prisme médiatique

 

NOUVEAU

1ère partie : Conséquences de la diversité des acteurs et des fondements (23-02-2011)

2ème partie : Le prisme médiatique de la critique de l’astrologie (17-04-2011)

Résumé et conséquences des deux premières parties du dossier

3ème partie : Le prisme médiatique de l’astrologie prévisionnelle collective

 


 

Suite au buzz de fin janvier 2011 qui, parti des Etats-Unis, s’est propagé en France en prétendant par erreur qu’un astronome venait de découvrir que les signes astrologiques devaient être remplacés par leurs constellations homonymes, nous avons proposé une lettre ouverte aux sites d’information (pour en finir avec la précession des équinoxes opposée à l’astrologie). Celle-ci fut relayée par la FDAF (Fédération Des Astrologues Francophones), et les médias commencèrent à donner la parole aux astrologues pour se défendre, chose qui jusque là n’avait même pas été envisagée… Vous y découvrirez tout un argumentaire rappelant notamment les dérives déontologiques qui se sont multipliées pendant plus d’une semaine dans les médias.

 


 

En quoi peut-on envisager l’idée d’un « prisme médiatique » déformant pour l’astrologie ? En remarquant tout simplement quelques bizarreries d’un panorama astrologique assez éloigné des réalités du quotidien des astrologues.

Pour commencer, l’omniprésence des horoscopes dans la presse alors qu’ils sont une caricature astrologique au quotidien. Si les mathématiques n’étaient présentes dans la presse que par le biais du sudoku cela pourrait donner lieu un peu aux mêmes dérives caricaturales : critiquer les mathématiques sur la base des limites du sudoku… à savoir un jeu de pure logique sans aucun intérêt scientifique.

1ère conséquence : l’importance disproportionnée donnée à la question des horoscopes de presse dans les débats.

2ème conséquence (pire !) : l’invitation quasi exclusive dans les médias des auteurs de ces caricatures horoscopiques pour débattre de l’astrologie en général. Le serpent se mord donc la queue : en défendant leur travail ils donnent le sentiment que l’astrologie défend les horoscopes. Mais étant juges et parties… doit-on s’en étonner ?

On constate ainsi une omniprésence des prévisions collectives en général (saisonnières, annuelles, etc) dans les médias alors que la pratique de l’astrologue au quotidien consiste d’abord en l’interprétation du présent de l’individu par le biais de questionnements en rapport avec son vécu (inaccessible sur le plan collectif). Mais ces applications collectives ne sont sur le devant de la scène que parce qu’elles s’intègrent très naturellement à des publications de masses, pas parce qu’elles sont le quotidien de l’astrologue. En fait, depuis l’apparition des horoscopes de presse dans les années 1930 (voir pour cela notre article sur les origines des horoscopes), ceux-ci ont progressivement pris une grande place dans les publications, et la plupart de nos sceptiques (et journalistes) font aujourd’hui comme s’il en avait toujours été ainsi…

3ème conséquence : la question de la prévision est omniprésente dans les débats alors que dans la consultation le paramètre astrologique est bien plus prétexte à des discussions sur soi qui concernent l’avenir certes, mais souvent moins que le présent ou le passé. Le « facteur de prévision » ne l’est à proprement parler que dans le cadre de l’expérimentation ou dans le débat, il l’est bien moins dans la consultation.

Pourquoi un tel décalage entre les débats et le quotidien de l’astrologue ? Même si bon nombre d’astrologues semblent l’oublier, les discours sur les fondements de l’astrologie sont en général déconnectés des réalités pratiques. Cela permettra d’expliquer d’ailleurs, pourquoi bien des astrologues pratiquent l’astrologie en contradiction régulière avec leurs propres principes…

4ème conséquence : la question des fondements de l’astrologie est donc toute aussi présente dans les débats que celle de la prévision alors qu’ils sont quasi-indépendants de la pratique… En restant sur les plans théorique et expérimental on évite donc d’entrer dans le quotidien du sujet en suivant la pente prise par l’astrologie traditionnelle. Bien sûr qu’il faut rappeler les échecs expérimentaux de l’astrologie traditionnelle et les insuffisances de ses fondements traditionnels, mais il ne faut pas que ces deux plans du débat (théorique et expérimental) soient un aveu d’impuissance de la part de la critique. L’astrologue est encore trop inaccessible sur le plan technique, donc sur le plan pratique, c’est pourquoi le quotidien de l’astrologue est encore trop méconnu, il apparaît toujours comme un voyant, un devin ou un métaphysicien, pourtant lui-même se revendique comme praticien et laisse en général la théorie à d’autres ! On comprendra le décalage et… la nouveauté de notre travail visant à dépasser ces contradictions !

 

L’autocritique de l’astrologie est en effet absente des médias alors que par mon expérience personnelle au moins, ce n’est pas faute d’avoir envoyé des textes critiques : le silence des médias à mes textes (sur les contradictions de l’astrologie boursière par exemple) est plutôt troublant lorsque les médias prétendent INFORMER le grand-public sur la question astrologique en attribuant exclusivement au sceptique le rôle critique ou en se contentant de reprendre des annonces grotesques. Pire, les médias ne marginalisent-ils pas les critiques provenant du monde astrologique en ne leur permettant pas de s’exprimer ? Ont-ils peur de diffuser des propos sectaires (dans le sens d’une rationalisation tendancieuse de l’irrationnel) !??? Nous y verrons plutôt le symptôme de l’incapacité pour les journalistes à s’assurer de la crédibilité d’un spécialiste de l’astrologie et de sa critique autre que les sceptiques traditionnels.

La formation intellectuelle (en général limitée) du praticien astrologue peut rendre compte de ce fait, mais aussi du faible niveau de l’opposition à la critique, de son rejet sans discussion réelle, du si grand manque de recul sur les biais de la pratique astrologique, ou du statut même qu’il accorde à l’astrologie. En règle général l’astrologue n’est pas savant, il est cultivé, et c’est bien différent. Le praticien présente son astrologie comme une science (prouvée par d’autres), mais n’est-elle pas plutôt qu’un simple savoir-faire (technico-symbolique) sur lequel viennent se greffer des questionnements plus nobles ? Ce sera notre propos dans la catégorie Astrologica > Le milieu astrologique, à propos notamment du faible volume horaire de l’enseignement menant à la profession d’astrologue, ou encore du niveau d’études en général du milieu astrologique.

 

Mais du point de vue sceptique maintenant, que dire des personnes qui critiquent l’astrologie sans avoir elles-mêmes des compétences intellectuelles reconnues (c’est la plupart des cas) ? Que penser aussi des conclusions tirées lors des débats, des résultats expérimentaux classiques ? L’expérimentation sur l’astrologie se fait sans modèle causal ni rationalisation au préalable de l’utilisation de l’outil d’interprétation astrologique, lequel est pourtant de nature mathématique. Or, si biais techniques il y a là, tout le monde doit en être victime, pas seulement les astrologues… Mais l’approche sceptique ne voit pas encore l’intérêt distinguer le test « de l’astrologie traditionnelle » (caractérisée par les prétentions des praticiens astrologues, voire des voyants astrologues) et celui d’un éventuel phénomène astrologique encore non déterminé. C’est bien dommage, car il faudrait alors distinguer les questions de l’expérience et de l’expérimentation par exemple, comme on l’a proposé dans notre article Faut-il rénover la critique de l’astrologie ? et commencer même avant toute chose par accepter l’idée de la complexité de la pratique astrologique. On voit alors la limite intrinsèque de ces expérimentations où est encore négligée la question des contraintes liées à la question d’un potentiel déterminisme parmi d’autres, et plus celle d’une sorte de métadéterminisme. Tester l’astrologie traditionnelle comme un tel « métadéterminisme » (qu’elle sous-entend être) c’est prendre au mot les prétentions des astrologues et montrer qu’elles ratent à l’expérimentation. Mais tester l’astrologie comme un potentiel phénomène, c’est ne plus se permettre d’éviter joyeusement la question de ses contraintes internes qui échappent aux professionnels de l’astrologie. Conditions sociales d’expression du potentiel phénomène, concurrences des déterminismes astrologiques entre eux, biais techniques dus à la complexité du système astrologique, sélection d’événements de différentes natures, etc.

Or, comment s’étonner que la portée de ces expérimentations soit discutée et discutable sur le plan épistémologique puisqu’elles prétendent au final tester les prétentions d’astrologues que par ailleurs on qualifie d’incompétents scientifiques ??? De la même façon, les expérimentations proposées sans l’accord des astrologues le sont sans avoir véritablement réfléchi à une approche causale de l’astrologie désacralisée, et digne de ce nom… Nous y reviendrons plus longuement dans la catégorie Rationalis, terminons juste en disant que ce n’est pas parce que le protocole expérimental, et notamment l’examen des résultats, est scientifique, que l’expérimentation l’était aussi. En somme, nous ne prétendons pas que les expérimentations sceptiques sont à rejeter intégralement, seulement qu’elles ne résistent pas à des questionnements causals un peu plus élaborés… autrement dit qu’elles ne sont pas si dirimantes qu’elles le prétendent. On comprendra donc que les échanges habituels sur les expérimentations puissent être intégrés eux aussi à ce que nous nommons prisme médiatique dans le sens où l’usage de la raison semble encore prisonnier de certaines habitudes idéologiques. Notamment celle qui consiste à éviter coûte que coûte de nourrir l’ennemi obscurantiste… mais cette stratégie a peut-être fait long feu, elle n’est pas viable à moyens ou à longs termes.

 

Serge BRET-MOREL
Le 12 février 2009