Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

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PRESIDENTIELLE : ETAIT-CE ECRIT DANS LES ASTRES ?

LES COULISSES DE LA PREDICTION

 

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Des contradictions qui prêtent à rire

 

Sur un forum internet, on trouvait récemment une « démonstration » astrologique. Le jour du 2ème tour, la négative « opposition entre vénus et pluton » interdisait clairement l’élection d’une femme, donc de Ségolène Royal. En effet Vénus symbolise la femme, et pluton une certaine forme de pouvoir, rien n’est du au hasard dans cette vie… Mais le hasard faisant bien les choses, dans ce ciel du 2nd tour de l’élection présidentielle on trouve aussi un négatif « carré entre mars et pluton ». Or, si l’on reprend à la lettre la démonstration ci-dessus, on peut conclure sans se tromper que si « mars symbolise l’homme » et pluton toujours « une certaine forme de pouvoir », alors un homme ne peut pas être élu non plus ! On voit le terrible dilemme qui aurait du tourmenter notre praticien : d’après ses critères d’interprétation (rejetés par nombre d’astrologues, il faut le reconnaître) la France ne pouvait élire, le 6 mai 2007, ni présidente, ni président… Nicolas Sarkozy nous aurait-il caché quelque chose sur son anatomie ???  ;-) Bien sûr, le recours permanent au symbolisme par le biais de l’analogie permet d’alimenter a posteriori toute intuition et toute donnée (issue ou non des sondages). Mais amène aussi à des contradictions indépassables… sinon par de nouvelles analogies.

 

 

Les motivations de la prédiction

 

Mais au-delà de la caricature, pourquoi certains astrologues ont-ils pensé pouvoir prédire le résultat de la présidentielle ? Fort de sa croyance, plusieurs raisons se présentent au prévisionniste. La première est d’ordre métaphysique : l’astrologie révèlerait une sympathie universelle postulant que le Cosmos est une sorte de gigantesque organisme dont les parties sont toutes liées. Ce pourquoi l’étude de certaines (positions des astres par exemple) permettrait de renseigner sur les autres (événements terrestres). En oubliant bien sûr, la contradiction profonde qui fait du résultat de l’élection une partie du Cosmos, donc un phénomène ; et du choix de chaque électeur un acte biaisé puisque d’après les astres le résultat est pipé.

La seconde raison découle de la première : dès qu’il peut faire parler les astres sur un événement passé, présent ou à venir, l’astrologue attribue a priori aux facteurs astrologiques le statut d’information sur l’événement en question. Et donc à son discours celui de traitement d’information. Un peu comme si la peinture pouvait renseigner toujours sur la structure physique d’un mur, ou l’apparence sur le fond... Selon certains astrologues, il y a donc pour tout événement un message caché dans les astres. Mais pour le sceptique le système astrologique ne permet à l’astrologue que de colorer les situations, donc de porter des jugements non en traitant une information immanente, mais en y ajoutant du sens. Ainsi, porter un jugement sur l’avenir n’est pas prévoir.

La 3ème raison est plus médiatique. En plus de faire parler d’eux, nombre d’astrologues ont développé, dans le sillage des plus médiatiques, une conception naïve de la preuve et de l’expérience (paradoxalement) quasi positiviste. Il suffirait de multiplier les « exemples de réussite » ou les « expériences positives » pour finir par convaincre chacun (même les scientifiques) de la validité de l’astrologie. Or, cette démarche est doublement contradictoire : c’est ramener d’abord la preuve au statut d’argument (convaincre n’est pas prouver). C’est oublier aussi que les courants de pensée incompatibles de l’astrologie ont chacun leurs exemples et leurs « preuves ». Ce qui ne prouve plus rien et pousse à la prédiction tout azimut sans jamais se poser la question de la pertinence. Ainsi, il faut remarquer qu’avec 4 candidats capables de gagner la présidentielle, le hasard prévoyait plus de chances de réussite qu’un lancé de dé ! Une chance sur 4 contre une chance sur 6…

 

 

Astrologie et voyance

 

Mais pour que l’analyse des coulisses astrologiques de la présidentielle présente un intérêt, commençons par distinguer ces prédictions de celles de la voyance. Si l’amalgame traditionnel existe, c’est parce que l’astrologie ne revendique aucune cause physique pour justifier de sa prétendue efficacité prévisionnelle : comment prévoir sans causes ??? Or l’astrologie est soumise à quelques contraintes techniques qui lui imposent certaines limites. Ainsi fin 1994, en vue de l’élection présidentielle de 1995, se rappelle-t-on que le favori des astres (et des sondages…) était Jacques Delors. Lequel ne se présenta finalement pas à l’élection. L’astrologie ne peut donc pas toujours prévoir : elle est dépendante de l’officialisation des 500 signatures, ou bien des résultats des primaires des partis politiques (pour la Gauche Fabius, Jospin ou Strauss-Kahn ? pour la Droite Sarkozy, de Villepin ou… Chirac ?). Autre contrainte plus matérielle encore : tant que les dates de l’élection ne sont pas définies, il manque un support pour la prédiction. La pratique de l’astrologie étant technique, il y a donc un temps pour la prévision-prédiction : l’astrologue a besoin de deux dates pour formuler sa question que disent les planètes du jour de l’élection sur tel candidat ? Mais l’astrologue doit-il conclure contre sa croyance, que limitée par de telles contraintes l’astrologie n’est pas un métadéterminisme, et qu’elle ne peut manifestement pas donner le résultat de l’élection ? Pas encore. L’esquive est la suivante : si les êtres humains que sont les astrologues sont limités par les contraintes ci-dessus, « là-haut » le résultat est peut-être déjà connu. Pourtant, la prédiction par l’astrologie reste limitée ici par d’autres contraintes toutes aussi concrètes la ramenant au mieux à l’état de sous déterminisme.

 

 

L’astrologue et les sondages

 

En effet, pourquoi aucun astrologue n’a-t-il osé prédire l’élection de la populaire Arlette Laguiller ? Etait-ce écrit noir sur blanc dans les astres ??? Ou bien les sondages influencent-ils l’astrologue quoi qu’il en dise ? La réponse ne se discute même pas, aucun astrologue n’ayant prédit l’élection d’un seul « petit » candidat : les prétendants des astrologues ne sont que des candidats en tête des sondages. Aussi doit-on constater que le candidat ayant les meilleures planètes ne sera pas forcément élu (ce que paradoxalement, chaque prévisionniste reconnaît). Pour certains les meilleures planètes étaient ainsi pour… Chirac (sur qui les pronostics ne pouvaient faire l’impasse avant l’annonce de sa non candidature). On a même imaginé des honneurs à son départ de l’Elysée ou… un enterrement précipité en grandes pompes ! On le voit, il y a un espace de doutes dans lequel l’astrologue s’engouffre par superstition, pour une publicité gratuite, ou simplement par jeu.

 

 

Le fatum astral

 

Car pour le prévisionniste plusieurs événements peuvent valider une prédiction : avoir pronostiqué la victoire de Ségolène Royal n’est pour lui qu’un demi-échec... elle a été fêtée au soir du second tour. Son échec électoral restera donc un succès personnel. Mais l’astrologue ne mesure pas les conséquences de ce genre de position faisant passer le « climat astral » avant l’événement à proprement parler. En effet, comment valider une prédiction de succès si elle se réalise à la fois quand le candidat gagne et quand il perd avec les honneurs ??? Et si elles n’indiquent pas l’élection du plus petit candidat, pourquoi les meilleures planètes indiqueraient-elles celle du futur président ??? De plus, si on ne choisit pas le futur Président au 1er tour, le vote du second tour prête encore plus à l’accusation de fatum. Puisque l’astrologue pense pouvoir prédire le résultat, en quoi les électeurs choisissent-ils vraiment leur futur président ? N’est-il pas contraint d’admettre que, dans ce cas-là au moins, la notion de choix intimement liée au suffrage universel, est incompatible avec le pronostic astral ? En fait, le « climat astral » ne déterminant pas la réalisation d’un événement unique, il ne semble pas naturel de prédire le résultat d’une élection par l’astrologie.

 

 

Prévision ou prédiction ?

 

Mais à la lecture de ce début d’article, nombre d’astrologues doivent bondir et se dire : la prédiction c’est pour la voyance, nous faisons de la prévision en anticipant des mouvements planétaires calculables bien à l’avance. C’est en général l’argument technique qui permet à l’astrologue de s’affranchir de l’accusation de prédiction (la prévision fait plus scientifique). Quel que soit le support qui lui donne ses « flashs », le voyant prédit à partir d’un contenu purement subjectif et aléatoire, quand l’astrologue décode ou décrypte quasi objectivement les paramètres astrologiques fournis par son système mathématique. Il est pourtant possible de concevoir la chose autrement, en ramenant la prédiction au cœur du pronostic astral. En effet, bien que pour telle ou telle date les positions des astres se calculent, l’astrologue ne peut nier qu’il choisit parmi les configurations données par le calcul. Elles ne s’imposent pas toutes d’elles-mêmes. La complexité des techniques astrologiques de prévision-prédiction est à ce prix, chacune (transits et autres) livrant de façon brute des dizaines de paramètres (positions en signes, en maisons, aspects astrologiques, etc). Mieux, comme la plupart du temps l’astrologue cumule les techniques de prévisions, ce sont des centaines de « paramètres » (dont de nombreux contradictoires) à partir desquels il doit tenter une synthèse. Comme ce n’est pas possible, il lui faut donc opérer un tri.

 

Certes, l’astrologie se sépare de l’astronomie dès que commencent ses interprétations, mais d’un point de vue méthodologique la prévision devient prédiction avant même l’interprétation. Le tri (subjectif) des configurations astrales à mettre en valeur constitue une importante étape intermédiaire. Autrement dit, la prévision devient prédiction quand l’humain prend la suite de la technique. Ainsi tous les astrologues n’utilisent-ils ni les mêmes techniques ni les mêmes paramètres, ni ne hiérarchisent de la même façon parmi les techniques qu’ils ont en commun. D’où le flou artistique habituel. Contrairement à ce qui est dit, la prédiction est omniprésente dans la « prévision astrologique ».

 

 

La notion d’erreur

 

La notion d’erreur est intimement liée à celle de contradiction, en astrologie comme ailleurs. Or en termes d’analogies la contradiction reste qualitative. Ce pourquoi des analogies contraires peuvent coexister sans qu’il y ait systématiquement « contradiction » (l’échec électoral de Ségolène Royal et son succès personnel). Plus techniquement, les mouvements des astres étant indépendants du sens qu’on leur attribue, ils forment en permanence des configurations contradictoires. L’astrologie n’est donc pas armée a priori pour intégrer la notion d’erreur ni à son système, ni à ses interprétations. Chez les fanatiques la position est même digne de celle d’un équilibriste : l’astrologie annonce toujours quelque chose, mais on ne sait vraiment quoi qu’une fois que cela s’est produit... Les nombreux paramètres astrologiques permettent toujours une réinterprétation a posteriori.

 

Ainsi, que conclure après un échec ? Prisonnier de son postulat d’universalité, le prévisionniste considère qu’il s’est trompé en oubliant ou en négligeant un paramètre (ou plusieurs) finalement très important(s). Ce n’est jamais l’astrologie qui n’annonçait rien… Pour cette raison, la notion d’événement non prédictible n’est, en général, pas définie en astrologie… Seuls de rares astrologues en acceptent l’idée, pour les autres elle n’intervient que pour excuser une prédiction ratée…

 

Comme on l’a compris, limiter le nombre d’événements à prédire amènerait à renier le postulat d’universalité de l’astrologie. Et impliquerait rétroactivement sur les catégories d’événements éliminés, que bien des astrologues auront dit n’importe quoi… On ne saurait plus finalement ce sur quoi l’astrologie peut dire quelque chose ou non… ni même si elle peut dire quelque chose sur quoi que ce soit. Mais l’astrologue et son outil oseraient enfin se confronter à la notion d’erreur… notion incontournable pour qui réclame le statut de science… Si l’astrologue se trompe ce n’est peut-être pas seulement parce qu’il a mal interprété, c’est peut-être aussi parce qu’il n’y a (parfois ? souvent ? toujours ?) « rien » à interpréter… La notion de hasard permettrait aussi d’introduire celle d’erreur, mais elle est incompatible avec la vision totalisante de l’astrologie. La synchronicité (2 événements simultanés liés par le sens ne se sont pas produits par hasard) dévore celle de coïncidence.

 

 

Conclusion

 

Ainsi, ni acte de voyance (on a vu que l’astrologie ne peut pas tout prévoir, par exemple qui sera candidat), ni témoignage d’un fatum (même si le plus petit des candidats a les meilleures planètes l’astrologue ne prévoira pas son élection), ni prévision (l’astrologue doit trier subjectivement parmi ses paramètres), la prédiction astrologique est une œuvre littéraire. Sa contrainte première n’est pas de coller à la réalité, mais de coller à l’idée de l’événement à venir. Et l’adage traditionnel le plus célèbre « les astres inclinent mais ne déterminent pas » ne semble pas inciter à limiter les prédictions, bien que nombre d’autres facteurs non astrologiques inclinent aussi le choix des électeurs.

 

Serge BRET-MOREL

Master en Histoire et Philosophie des Sciences

Juin 2007

 

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