Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

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Que faire des prédictions astrologiques

justes mais… irrecevables ???

 

 

Nous remarquons ce jour qu’Elizabeth Teissier écrit dans la rubrique « Les étoiles avaient raison » de son site,

2009:

Le 15 décembre on annonçait dans la presse que des scientifiques britanniques
ont établi pour la première fois la carte génétique complète de deux formes courantes
de cancer (peau et poumons), qui pourrait marquer un tournant dans le traitement
de ces maladies. Les cartes du génome des tumeurs révèlent les mutations d'ADN
qui causent des cancers de la peau et des poumons, ce qui pourrait révolutionner
la façon dont ces maladies sont diagnostiquées et traitées au cours des prochaines
années. Cela pourrait notamment permettre d'élaborer des traitements sur mesure
pour les patients. J'annonçais dans mon horoscope de la semaine du 6 au 12 décembre
"(...) vers le 12, on espère découvertes scientifiques et réformes salutaires (Jupiter/Uranus)"

 

Pourtant (et n’est-ce pas dramatique ?), il se trouve que cette annonce est faite par des journalistes citant la revue Nature. Or, il se trouve que cette revue de référence dans le monde scientifique est une revue à comité de lecture, c'est-à-dire qu’elle ne publie un article qu’après un long examen critique par des spécialistes du domaine considéré. Il faut donc en déduire que la découverte qui y est relatée a été faite plusieurs semaines ou (plus probablement) plusieurs mois avant la publication dans Nature. Et que la rédaction de l’article a pris aussi un certain temps, sans compter peut-être des retouches demandées par la revue.

En quoi cela invalide-t-il la justification d’Elizabeth Teissier ? C’est simple : celle-ci ne se réfère pas à « la date de la découverte », mais à celle de son annonce. Autrement dit, si la prédiction d’Elizabeth Teissier était validée, cela signifierait que les astres ne sont pas connectés ou synchronisés sur les événements, mais aussi sur les médias qui les annoncent… Or, à moins de jouer la mauvaise foi en expliquant qu’avant la publication dans Nature la découverte n’existe pas vraiment sur le plan collectif (alors que par ailleurs elle va régulièrement interpréter les configurations astrales des jours précis de tel ou tel événement, telle ou telle découverte), il y a là l’un des biais courants de ce genre d’interprétation astrologique événementielle collective. Entre les moments de gestation, ceux de réalisation, ceux de l’annonce publique, voire ceux des récompenses, il y a tout simplement trop de périodes concernées pour ne pas trouver ici ou là une configuration astrologique favorable à n’importe quelle interprétation. D’où la prudence encore et encore répétée en matières de prévisions-prédictions…. et d’annonces.

D’autres biais existent, bien entendu, ils ne sont d’ailleurs pas nouveaux, mais il peut être bon d’en rappeler tout de même l’existence. Par exemple les mauvaises prédictions dont on ne parle pas : pour le 11 septembre 2001, on pouvait lire dans l’horoscope d’Elizabeth Teissier que le 11 septembre était un jour favorable aux transports ou pour les rencontres diplomatiques…

Le problème vient du fait que l’on multiplie les prédictions : entre les prédictions annuelles publiées avant le début de l’année suivante, les prédictions saisonnières publiées au début de telle ou telle saison, les prédictions hebdomadaires publiées au début de la semaine, les prédictions quotidiennes, et bien sûr les prédictions à plus longs termes publiées quelques années plus tôt, mais aussi toutes celles faites en privé sans qu’il y ait publication, il y a nécessairement des prédictions contraires qui se glissent ici et là. Pourquoi ? Est-ce contradictoire ? Techniquement non : puisqu’en général ces prédictions sont réalisées à partir de cycles différents, donc d’astres différents (selon que l’on prédit à très court terme, à moyen terme ou à long terme), il n’est pas étonnant que les prédictions ne se recoupent pas toujours. C’est déjà ce que l’on reprochait à l’astrologie boursière au moment de la crise de 2008. Il faudrait donc au moins, avant de valider des prédictions, non pas citer celles qui tombent juste, mais toutes celles prévues pour la période concernée (tous supports confondus) pour s’assurer 1) de ne pas avoir prévu tout et son contraire pour une même période (ce qui invalide tout) ; 2) s’assurer au moins que la synthèse du groupe de prédictions aille vraiment dans le sens que l’on souhaite.

Bien sûr, ceci supposerait aussi de « prévoir » une recherche systématique d’erreurs, sans lesquelles on ne peut vraiment progresser. Mais c’est peut-être trop demander, la notion d’erreur n’étant pas théorisée en astrologie. En tout cas, la multiplication de prédictions fausses par nature car purement littéraires, même si elles tombent juste de temps en temps, est bien ce qui rend compte le mieux du fait que l’astrologue prévisionniste est à peu près tout le temps surpris par un événement qu’il était censé avoir prédit… le jour où se produit l’événement il est obligé d’aller chercher dans ses prédictions antérieures pour voir si cela marchait ou non, montrant bien qu’il n’y avait rien de « prévu » à proprement parler... mais plutôt des hameçons lancés ici et là dans le futur et permettant de ferrer de temps en temps un événement (grâce aux orbes notamment). Et puis, combien y a-t-il d’annonces de découvertes publiées chaque année ??? En termes de probabilités, cela augmente les chances de prévoir juste (même si par hasard) en prévoyant pour n’importe quelle période de plusieurs jours, « une découverte scientifique ».

C’est pourquoi aussi il faut bien distinguer entre les prédictions à courts termes et les prédictions à longs termes : l’astrologue n’est jamais meilleur que pour les prédictions à courts termes, tout simplement parce qu’ayant beaucoup d’informations sur la situation présente, il élimine d’office bien des situations impossibles qui ne l’étaient pas forcément quelques mois ou quelques années plus tôt. D’où le risque plus important de prévoir à longs termes… Ah oui, ceci n’implique pas que l’astrologue est malhonnête, mais plutôt qu’il ou elle, quand il succombe à ce genre de dérive, a trop « la tête dans le guidon ».

Alors, ce billet est-il une n-ième attaque personnelle, donc subjective, contre Elizabeth Teissier ou la prévision astrologique en général ? Nous pensons que non, c’est plutôt là, un n-ème regret vis-à-vis des prédictions médiatiques ou des auto-validations : à quand le développement d’une METHODE de tri parmi les prédictions dites réussies comme nous l’avions déjà demandé pendant les débats sur la prévision astrologique qui ont bousculé le petit monde astrologique au début de 2008 ?

Autrement dit ce billet est un n-ème constat du fait que les auteurs des prédictions refusent encore et toujours d’envisager un tri sélectif et une énumération PUBLIQUE des erreurs à ne pas commettre ou mieux, des erreurs commises et à ne pas reproduire, ce qui serait à la fois plus humble et réellement salutaire pour l’astrologie en général. Qu’une prédiction isolée tombe juste peut être surprenant, mais qu’une prédiction parmi des dizaines tombe juste, ça l’est beaucoup moins et il n’est décidément pas normal que les prévisionnistes ne tiennent pas compte de ce genre de conséquences de leurs pratiques les plus habituelles.

Au lieu de jouer toujours les victimes des loups qui les guettent, pourquoi les prévisionnistes réagissent-ils toujours par le silence et l’indifférence aux dossiers critiques les concernant ??? Pourquoi s’étonnent-ils aussi qu’avec le temps personne ne comprenne qu’ils continuent de produire et reproduire les mêmes erreurs en tentant de nouvelles prédictions en permanence au lieu de faire évoluer leurs pratiques en intégrant certains biais ? Peuvent-ils vraiment reprocher aux autres d’avoir un regard biaisé ? Le serpent ne se mord-il pas la queue ?

Serge BRET-MOREL
mis en ligne le 1er juin 2010