Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

Historia

 

   Accueil > Historia > Sur l'histoire de l'astronomie > Kepler et les découvertes à la lunette de Galilée (1610-1611) - Partie 2

 

 

KEPLER

ET LES DECOUVERTES à LA LUNETTE DE galilée

(1610-1611)

Ce dossier a été réalisé à partir d’un mémoire de module de
Master en Histoire et Philosophie des Sciences

 

Introduction (1ère partie)

Chronologie des publications (1ère partie)

Bibliographie (1ère partie)

Les contextes personnels et historique

La Dissertatio cum nuncio sidereo (3ème partie)

Le rapport sur l’observation des satellites de Jupiter (4ème partie)

La Dioptrique (4ème partie)

Impact historique (4ème partie)

 

Partie 1

 

Les contextes personnels et historique

L’astronomie : en 1610 paraît donc Le Messager Céleste, le premier ouvrage dans lequel Galilée se déclare ouvertement copernicien. L’astronomie est encore géocentrique, les systèmes les plus influents sont encore ceux de Ptolémée, voire de Tycho Brahé, que l’on opposera à Galilée. Kepler vient de publier son Astronomia Nova (ouvrage dans lequel il annonce la découverte de ses 2 premières lois), mais personne n’en a encore pris la mesure. Les ouvrages de Copernic n’ont pas encore été mis à l’Index par l’Eglise, on a même utilisé son système pour renouveler les éphémérides.

Copernic a publié son De revolutionibus orbium caelestium en 1543, l’année de sa mort, et son système héliocentrique a été presque unanimement rejeté par les astronomes et les philosophes. Toutefois le système de Copernic est étudié à l’université de Wittenberg et on en tire dès la moitié du 16ème siècle des tables astronomiques1 : les tables pruténiciennes. En fait, tant que les postulats héliocentriques du système sont considérés comme des hypothèses, il est intéressant quant à la prévision des mouvements des planètes.

En 1588, Tycho Brahe a donc présenté un système astronomique hybride entre Ptolémée et Copernic : toutes les planètes à l’exception de la terre tournent autour du soleil, c’est un succès indirect pour Copernic. Mais son système n’est pas vraiment défendu comme il aurait pu l’espérer, le mystique Bruno sera brûlé en 1600 en défendant un système copernicien extrapolé, Gilbert dont l’étude de l’aimant fait référence, a du mal à accepter le mouvement annuel de la terre2, Maestlin (enseignant de Kepler) est un copernicien bien loin des considérations physiques de son élève, et même Kepler a commencé à contester quelques présupposés coperniciens dans son premier livre (1596, voir ci-dessous). Le grand point faible du système copernicien est en effet qu’il lui manque une physique qui pourrait concurrencer celle d’Aristote, et ce sera justement le résultat du travail qu’accompliront Kepler, Galilée et Newton parmi d’autres.

Kepler (1571-1630) publie dès 1596 un ouvrage ouvertement copernicien, le Mysterium Cosmographicum3, présentant deux parties aux destinées bien différentes. La première (19 chapitres) est néoplatonicienne, elle présente le système des 5 solides platoniciens permettant de retrouver a priori les dimensions des orbes célestes du système de Copernic et « explique » pourquoi il n’y a que 6 planètes dans le système solaire… La seconde (3 chapitres) constate que les vitesses moyennes des planètes ne sont pas identiques et surtout qu’elles diminuent avec la distance au soleil, ce qui constitue une donnée entièrement nouvelle en astronomie. Publié trop rapidement, l’ouvrage entrevoit tout de même quelques implications primordiales : à la différence de Copernic qui le faisait tourner autour du centre de l’orbe terrestre, le soleil doit être placé au centre du Cosmos car tout se passe comme si une force conservant les planètes en mouvement en émanait en décroissant d’intensité avec la distance. De plus, le mouvement des planètes traditionnellement uniforme sur les épicycles devient contradictoire avec cette force dont Kepler ne sait pas si c’est l’âme motrice du soleil (anima motrix) ou les âmes des planètes elles-mêmes qui s’affaiblissent avec la distance parce qu’elles reçoivent moins de lumière4. L’ouvrage est publié en 1596, 4 ans avant la mort de Bruno.

De plus en 1603, alors que Kepler est en pleine rédaction de l’Astronomia Nova, il compose un énorme traité d’optique5 consacré tant à l’étude de la nature et des propriétés de la lumière, à la réfraction, à la conception de l’œil comme chambre noire réceptrice du rayon lumineux, qu’aux problèmes optiques de l’astronomie (réfraction par l’atmosphère, ombres de la lune et de la terre, mouvements apparents des astres, parallaxes, éclipses, etc). C’est donc en professionnel de l’optique qu’il accueillera avec tant d’enthousiasme Le Messager Céleste de Galilée. L’Astronomia Nova a été publié seulement en 1609, dans l’introduction Kepler présente la juste théorie des marées par une attraction mutuelle entre la lune et la terre6. La supériorité du système copernicien sur les systèmes ptoléméen et tychonien y est aussi démontrée, la loi des aires, les orbites elliptiques des planètes ou encore la conception de la force motrice quasi magnétique et quasi lumineuse7 qui permet au soleil de mouvoir les planètes y sont aussi présentes. Mais son livre aura peu de retentissement, et Kepler est justement dans l’attente d’une réaction de Galilée lorsque paraît Le Messager Céleste. En fait, Galilée n’acceptera pas les ellipses ni l’idée d’une force liée à des âmes emplissant les espaces du système solaire, elle résonne en lui comme un retour à l’animisme de la Renaissance. Il qualifiera même cette force de puérilité dans son Dialogue sur les deux grands systèmes du monde de 16328.

Dès 1597, Galilée avait pris connaissance un peu par hasard du premier livre de Kepler, il lui avait écrit enthousiasmé par sa préface9, et Kepler lui avait répondu plusieurs fois, mais sans plus aucune nouvelle d’Italie. La lecture intégrale du Mysterium Cosmographicum en effet, avait du provoquer une certaine répulsion de Galilée, la physique céleste naissante de Kepler étant accompagnée en permanence de nombreuses spéculations tant astrologiques, théologiques (sa formation universitaire), que néoplatoniciennes10. Leur correspondance va reprendre en 1610, mais Galilée n’écrira à Kepler qu’en remerciement de la publication de sa Dissertatio11 et à propos de l’affaire Horky (auteur d’un pamphlet contre Galilée basé en partie sur une lettre de Kepler dont le contenu a été détourné). Pour mesurer le peu d’intérêt que Galilée portait à ce moment-là à l’astronome impérial qu’était Kepler, notons qu’il ne lui a transmis ni un exemplaire du Messager Céleste ni même une lunette alors qu’il en envoyait par toute l’Europe et que Kepler fut l’un des rares à le soutenir. C’est par prêt qu’il se procurera une lunette !

Au moment de la parution du Messager Céleste, la philosophie et la « physique » (qui est alors une branche de la « philosophie naturelle ») sont encore aristotéliciennes, et l’astronomie, géocentrique, Galilée sait donc que son écrit est extrêmement polémique. Mais il voit aussi les retombées matérielles qu’il pourrait obtenir grâce à la lunette d’une part, grâce aux satellites de Jupiter d’autre part. En effet, la stratégie de Galilée nous amène en pleine sociologie des sciences, et l’augmentation de ses appointements en 1609 suite à la présentation devant la cour de la lunette hollandaise améliorée, puis son nouveau statut de philosophe et mathématicien de Cosme de Médicis suite à l’appellation « d’astres médicéens » donnée aux satellites de Jupiter, rappellent que les intérêts de Galilée ne sont pas que scientifiques. Kepler est-il seulement méprisé par Galilée ou bien perçu comme concurrent potentiel comme le seront les autres astronomes12 ?

Si Galilée n’a pas inventé la lunette, ni ne l’a tournée le premier vers le ciel13, il reste que son amélioration technique et l’usage qu’il en a fait sont tout à sa gloire.

 

Partie 3

 

Serge Bret-Morel
Avril 2006 – 17 Février 2009

 

Notes (la bibliographie détaillée se trouve dans la 1ère partie de ce dossier)

1. Voelkel, The development and reception of Kepler’s physical astronomy p8 à 11

2. Koyré, Du monde clos à l’univers infini, II p79

3. Une magnifique traduction : Alain Segonds, Le Secret du monde

4. Segonds, Ibid chapitre 20 et suivants

5. Les Paralipomènes à Vitellion et la partie optique de l’Astronomie

6. Koyré, La Révolution Astronomique, traduction p195

7. Peyroux, Astronomie Nouvelle chapitres 32 à 40

8. Mais de tous les grands hommes qui ont philosophé sur cet effet si étonnant de la nature, c’est Kepler qui m’étonne le plus : cet esprit libre et pénétrant avait à sa disposition les mouvements attribués à la Terre, il a pourtant prêté l’oreille et donné son assentiment à un empire de la Lune sur l’eau, des propriétés occultes et autres enfantillages du même genre. Fréreux - De Gandt Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, Seuil, 1992, p442 ou Edition nazionale, 4ème journée p486 ou Voelkel, Ibid, p91

9. Voelkel, Ibid p86

10. Voelkel Ibid p96-99

11. Pantin, Discussion avec le Messager Céleste pLXXII

12. Drake, Journal for the History of Astronomy XV, 1984

13. Pantin, Le Messager Céleste pXXII