Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

BILAN CRITIQUE de l'ASTROLOGIE

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE

 

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Sur l'histoire de l'astrologie   Sur l'histoire de l'astronomie

 

Pourquoi distinguer l’histoire de l’Astronomie de celle de l’Astrologie ? N’étaient-elles pas confondues lorsque l’on remonte aux origines de notre civilisation ? Il y a bien des raisons de distinguer ces deux « histoires » qui n’ont été communes qu’un temps. Car tout dépend de ce que l’on appelle « astronomie » et « astrologie ». Pour sa part, l’histoire de l’Astronomie constitue une formidable épopée à travers les âges du progrès de la connaissance humaine. Bien que ce ne soit pas la coutume, nous la ferons commencer il y a un peu plus de 3.000 ans en Mésopotamie, bien avant celle de l’astrologie que nous connaissons (il y a un peu plus de 2.000 ans). Mais de quoi parlons-nous exactement ?

Les débuts de l’astronomie

En fait, il est bien difficile de situer les débuts de l’astronomie ou ceux de l’astrologie, mais dans tous les cas on ne peut pas situer ces débuts en se référant à un moment précis : « quand les hommes ont commencé à regarder le ciel en se posant certains questionnements » par exemple. Pour présenter la problématique différemment, il est bien connu aussi que certains oiseaux peuvent repérer leurs trajectoires de migration par rapport à la position de certaines étoiles fixes sur la voûte céleste : les hommes ne donc pas les seuls à « regarder » le ciel. Non datable (et sans réel intérêt astronomique à proprement parler), il s’est produit bien avant que les hommes aient les moyens de laisser des traces qui nous seraient parvenues. Il remonte au moins à des dizaines ou des centaines de milliers d’années. Aujourd’hui on parle d’ailleurs de paléo- ou d’archéo-astronomie pour les recherches portant sur les restes laissés par les hommes qui regardaient attentivement le ciel il y a déjà des dizaines de milliers d’années. On parle aussi d’ethno-astronomie pour l’étude de l’astronomie sous un angle plus culturel.

Il n’est en fait pas du tout évident de parler « d’astronomie » au sens propre du terme sans la présence d’une écriture et d’un minimum de mathématiques. C’est pourquoi il n’est pas naturel de chercher littéralement les origines de l’Astronomie simplement dans le fait de « lever les yeux vers le ciel » ou même d’y trouver quelque chose, encore faut-il commencer à élaborer certains questionnements sur le repérage, temps, l’espace, voire les divinités.

Mais l’animisme, la divination astrale, puis l’astrologie (et mêmes LES astrologies) sont justement là pour nous rappeler qu’il y a bien des façons de « regarder » le ciel comme nous venons de le définir. Or, puisque regarder le ciel ne signifie pas nécessairement « faire de l’astronomie », on étendra cette remarque pour réfuter l’idée d’une astrologie occidentale plus ancienne que l’astronomie : regarder le ciel à des fins divinatoires ou purement animistes ne signifie pas non plus « faire de l’astrologie »… ce dont la critique devrait plus s’inspirer pour nuancer certains de ses propos. On voit dans le ciel des phénomènes bien différents dès lors que l’on n’y cherche pas la même chose.

Les débuts de l’astrologie

On ne peut pas non plus, en se rapprochant de notre époque, faire des Egyptiens « les précurseurs des Mésopotamiens » seulement parce qu’ils ont vécu avant ou parce qu’ils ont créé les bases de ce que l’on nommera plus tard « les décans ». La vocation des décans était avant tout pratique, ils permettaient surtout de baliser les heures (égyptiennes) de la nuit pour définir le moment de cérémonies religieuses. L’histoire de l’astrologie faite par les astrologues est ainsi régulièrement victime de ce que les historiens nomment « le problème des précurseurs », cherchant toujours dans les plus anciennes sources se référant au ciel, des traces supposées de ses origines. Pourtant, bien des paramètres de l’astrologie ont été créés pour des raisons purement astronomiques ou mathématiques, et seulement ensuite réinvestis symboliquement. C’est pourquoi nous considérons que voir dans l’astrologie « la mère de l’astronomie », ou « son premier moteur » en Mésopotamie par exemple, mène à une aporie présente dans tous les livres astrologiques et à peu près tous les livres sceptiques : l’astrologie serait née avant l’astronomie mais ses principaux outils seraient apparus bien après les débuts de l’astronomie, donc tardivement (et progressivement !) tout au long du 1er millénaire av. JC… Doux paradoxe d’une discipline hypertechnique qui serait née avant ses propres techniques…

Tant que l’on ne distingue pas au moins, comme les historiens l’ont déjà fait depuis longtemps (Bezza, revue Sciences et Technique en perspective vol.6, 2002, éditions Brepols) en gros entre divination astrale Mésopotamienne et astrologie Grecque il est ainsi possible de ne pas voir le contresens qui consiste à concevoir l’astrologie sans la notion d’écliptique (donc sans son zodiaque !) remontant au 8ème siècle av. JC pour ses balbutiements (Bezza + Les dossiers d’archéologie N°191, mars 1994, toujours de référence), sans ses 360°, sans les aspects astrologiques, (postérieurs à Hipparque !) et surtout… sans la possibilité même de prévoir le retour des astres (~ 500 av. JC) ! Cette astrologie imaginaire serait donc une astrologie sans prévision au sens technique du terme… quelle absurdité ! Bottéro (L’orient ancien) expliquait déjà (sans référence à notre problématique) qu’il n’y a pas de fatalité dans la divination astrale mésopotamienne, et cette idée ne peut que surprendre ou choquer lorsque l’on ne fait pas la distinction présentée plus haut. Le devin demande surtout aux dieux de se prononcer sur des questions présentes ou consulte les tablettes (mais qui y avait accès ?) pour interpréter les phénomènes astronomiques du moment à partir des anciens textes. Le paradoxe disparaît dès lors que l’on comprend que l’idée de fatalité ne pourra commencer à s’imposer vraiment (parallèlement à celle d’influence causale) qu’une fois les mouvements des planètes connus avec suffisamment de précision pour permettre la prévision de leur retour. On renverra encore vers l’historiographie de Bezza citée plus haut. Nous sommes alors un peu avant le milieu du 1er millénaire av. JC seulement, même si les mouvements du Soleil et de la Lune sont mieux connus depuis quelques siècles déjà.

En fait, on ne trouve dans les plus anciens textes mésopotamiens que des présages qui ne prévoient pas, mais annoncent. Ils consistent en des énoncés selon lesquels SI « tel phénomène astronomique se reproduit » alors « tel événement surviendra ». Aucune datation n’est possible alors pour ces présages par défaut de maîtrise des régularités des mouvements planétaires… Il n’y a donc pas encore de carcan comparable au carcan (plus tardif !) du fatum astral fondé notamment sur le grand nombre de configurations signifiantes permises par de nombreux mouvements planétaires prévisibles et décomposés en étapes par les aspects astrologiques. L’avenir pourra alors être littéralement balisé a priori par les mouvements des astres, dont les planètes. Auparavant, les présages ne peuvent que s’accumuler en listes consultables au présent : soit au moment de la question posée aux astres, soit à l’occasion de l’observation (inattendue) d’un phénomène astronomique. Les perceptions de l’avenir par l’astrologie et la divination astrale sont donc bien différentes… On pourra consulter aussi sur ce sujet, notre article Sur les origines de l’astrologie, présages et prévisions dans la catégorie Histoire de l’astrologie.

C’est pourquoi nous allons pouvoir distinguer entre l’histoire de l’Astronomie et l’histoire de l’Astrologie, cette dernière commence plus tard, notamment après la divination astrale mésopotamienne.

Les distinctions de nature

De plus, un peu comme l’astronome-astrologue Ptolémée (~150 ap. JC) le précisait déjà au début de notre ère, et comme le considèrent aussi quelques astrophysiciens, on peut dire que la pratique astrologique ne commence pas avec le calcul des positions des astres (ce qui relève de l’astronomie, voire de l’astrophysique), mais au moment de l’interprétation symbolique de ces positions. Or, ce constat pratique est extensible aussi, mais avec prudence, à l’histoire de ces deux disciplines : l’histoire de l’Astronomie distinguée de l’histoire des astronomes (souvent astrologues) peut alors se présenter parfois comme une histoire des techniques astronomiques et des modèles de représentation du Cosmos. Celle-ci peut se décrire alors comme ce qui résulte de la volonté d’une recherche de précision toujours plus grande dans le repérage (détermination puis modélisation) des mouvements des astres. L’histoire de l’Astrologie quant à elle, se distingue de l’histoire des techniques et modèles astronomiques par des problématiques plus exotiques comme la possible (mais toujours inexistante…) histoire détaillée du symbolisme astrologique de chacun de ses paramètres donnant lieu à interprétation. Mais elle s’en distingue aussi parce que l’astrologie n’a en général que faire de savoir si les mouvements apparents des astres ont été calculés arithmétiquement ou par le biais de modèles géométriques ou physiques faisant appel au cercle équant, aux épicycles ou à la force de gravitation… Les questionnements de l’astrologie sont en général plus métaphysiques, symboliques, que les questionnements purement astronomiques.

Mais ces distinctions théoriques ne sont pas toujours aisées à mettre en application, l’histoire de l’astrologie restant dépendante des progrès de l’astronomie, et cette dernière ayant toujours bénéficié de l’aura de la première. C’est pourquoi on demandera au lecteur de ne pas focaliser non plus sur les débordements que nous nous permettrons pour passer de l’une à l’autre… Nous sommes conscients qu’il faut voir là les paradoxes découlant non de l’Histoire, mais des catégories dans lesquelles nous essayons de l’inscrire.

Serge BRET-MOREL
le 5 février 2009