Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

Astrologica

 

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DESCRIPTION OU EXPLICATION

ASTROLOGIQUE ?

 

Introduction

La notion de potentialité

Indices de pure description dans la pratique

Conséquences de la complexité du système astrologique

Le rôle de l’astrologue

Interpréter le faux par l’astrologie

Indices de pure description dans la théorie

Indices de pure description dans la prévision

Indices de pure description dans l’exercice de la profession d’astrologue

Indices de pure description dans le milieu astrologique

Indices de pure description dans l’utilisation de l’outil astrologique

Conclusion

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Partie précédente : La notion de potentialité

 

Nous avons évoqué quelques raisons pour lesquelles la notion de potentialité ne permet pas d’excuser toutes les erreurs de l’astrologue, ni non plus de sauver l’interprétation astrologique du statut de pure description des événements ou « coloration du réel » sur laquelle viennent se greffer des questionnements divers. Nous allons maintenant illustrer cela par un grand nombre de situations, au point qu’il deviendra difficile de défendre encore l’idée que l’interprétation astrologique n’est pas par nature une description. Toute connaissance, toute discipline visant à dépasser le statut de discours ou de superstition a ainsi cherché à énumérer les causes d’erreurs théoriques et pratiques, ainsi qu’à développer en retour les moyens de s’en défaire. En conclusion nous pourrons donc nous demander pourquoi le monde astrologique ne se lance pas collectivement dans une telle entreprise quel que puisse en être le prix à payer… Nous avons déjà commencé d’ailleurs, à répondre à cette question tant dans la deuxième partie de notre article Faut-il rénover la critique de l’astrologie ? de la catégorie Bibliotheca (pour des raisons pratiques) que dans notre dossier Indépendance, diversité, et fonctions cachées des fondements de l'astrologie de la catégorie Rationalis (pour des raisons théoriques), ou encore dans la catégorie Astrologica  Astrologues, astrologisants, astrophiles et astrogogos : un autre aperçu de la communauté astrologique (pour des raisons sociologiques).

En somme, ce qui nous contraindra à voir dans l’interprétation astrologique une simple description du réel, voire dans certains cas une invention en lien avec le réel, c’est que dans le cas de d’interprétations multipliées, il n’est pas toujours possible de distinguer entre les vraies et les fausses, notamment quand le critère de correspondance est remise en cause. Les interprétations peuvent être utiles sans être vraies.

Notre but n’est pas ici de proposer une liste exhaustive, nous n’en avons pas le temps car pas les moyens financiers pour nous y consacrer.

 

Tout d’abord, il faut nous entendre sur ce qu’est « la pratique de l’astrologie » pour ne pas être bloqué par les questions du vrai et du faux. Si l’astrologie « est fausse » ou « c’est comme la voyance », à quoi bon en discuter ? Si l’astrologie « est vraie », qu’elle marche, à quoi bon discuter de ses manquements ?

Pour plus de renseignements, nous renverrons nos lecteurs à l’article Le savoir-faire astrologique dans lequel nous rappelons que la pratique de l’astrologie est, comme son nom l’indique, une activité… pratique, laquuelle ne réclame aucun don, donc ne relève pas de la voyance (même si n’importe qui peut l’utiliser comme support de voyance). En quoi consiste cette pratique ? Tout simplement en un décryptage des cartes du ciel astrologique (« cartes » au sens astronomique, donc quasi-géographique du terme, pas au sens de « carte de tarot »). Les positions apparentes des astres et facteurs astrologiques se répertoriées dans le système de repérage astrologique (zodiaque, etc), ce qui permet à l’astrologue d’énoncer en quelque sorte des propositions astrologiques (« interprétations ») en rapport avec la situation qu’il examine (événement, trait de personnalité, etc). En cela l’astrologie est une sorte de langage, il y a toute une codification à connaître, à savoir « traduire », mais l’analogie reste limitée, car contrairement à une langue, TOUS les symboles astrologiques peuvent s’interpréter presque sans fin. Il ne faut donc pas imaginer l’astrologue se connectant avec l’au-delà façon channel, il se considère d’abord comme un interprète, un traducteur, pas comme un médium. C’est pourquoi ses jugements sur l’avenir ne sont pas du domaine de la voyance, mais du domaine de l’interprétation : « puisque telle ou telle configuration sera présente à telle ou telle époque, alors je peux interpréter que… ». Mais des problèmes techniques doivent venir se poser à l’astrologue, par exemple le fait que techniquement parlant il n’y a pas de différence entre le passé, le présent, et l’avenir...

 

Indices de pure description dans la pratique

 

Conséquences de la complexité du système astrologique

La « tradition » astrologique peut se comprendre comme une continuelle création de symboles et de paramètres astrologiques signifiants, le passage du temps faisant que la plupart disparaissent, remplacés qu’ils sont par d’autres. Il y a donc eu une sélection des paramètres astrologiques au fil de l’Histoire, mais celle-ci, ne fut pas scientifique, elle ne fut pas vraiment organisée non plus. Il reste qu’une mode récente consiste à ressortir d’anciens paramètres pour les remettre au goût du jour, ce qui conduit de nouveau à une multiplication des paramètres et des techniques d’interprétation astrologiques, laquelle aboutit à une surrationalisation du réel commune à toutes les divinations. Cela a déjà été relevé par bien des auteurs montrant que le problème n’est pas seulement de proposer un sens (arbitraire) pour telle ou telle situation, mais de proposer un trop plein de sens pour des situations qui n’en ont peut-être même pas. Pour en revenir à l’astrologie, l’astrologue peut techniquement, en effet, proposer toujours plus d’interprétations qu’il n’y a en vérité à interpréter, ce qu’il doit toujours garder à l’esprit. Or, que l’astrologie soit vraie ou fausse, il y a là source d’aliénation : risquer d’orienter le consultant vers des problématiques qui ne sont pas fondées mais qui influeront tout de même sur sa perception des choses, et donc sur son existence. Puisque le nombre d’interprétations possibles est trop important, nous devons en conclure que l’astrologue est toujours dépassé par la complexité du système, et donc que sans procédés théoriques de sélection, la notion de tradition astrologique ne peut assurer de la validité de toutes les interprétations de l’astrologue. D’où le problème de la distinction entre description et explication.

Il découle de leur grand nombre, que la synthèse interprétative de toutes les données astrologiques est donc à la fois impossible dans le temps d’une consultation, et au-delà de cela, jamais unique : il y en a toujours une infinité de réalisables. Ce n’est donc pas le temps de la consultation que l’astrologue peut s’assurer de la véracité de ses interprétations (on y reviendra plus bas), il ne peut qu’accéder, à la rigueur, à la pertinence de ces interprétations.

L’une des conséquences bien connues de cet état de fait de la complexité du système astrologique, est que parmi les nombreux facteurs astrologiques, les uns contredisent les autres en permanence, permettant tout et son contraire. Ceci est du causalement à l’indépendance des mouvements des planètes et de la Lune les uns par rapport aux autres, créant un chaos de configurations astrologiques se succédant à courts termes dans un ordre toujours différent d’un natif à l’autre. Or, au cours d’une interprétation a posteriori, cette complexité permet aussi au praticien de souvent retomber sur ses pattes (tel symbole au secours de telle intuition), plutôt que de construire toujours de véritables « synthèses » astrologiques. A ce moment-là il y a parfois plus discours que contenu, ajout, coloration du réel, que décryptage du réel.

Une autre conséquence naturelle de la complexité du système astrologique se voit bien sûr dans les interprétations astrologiques différant d’un astrologue à l’autre : les horoscopes au quotidien sont un exemple d’utilisation caricaturale d’un système complexe. Puisque le rédacteur choisit une ou deux configurations astrologiques parmi les dizaines en cours, comment s’étonner que ce choix varie arbitrairement d’un rédacteur à l’autre ? Mais deux consultations astrologiques à quelques heures d’intervalles chez deux astrologues différents peuvent aboutir aussi au même résultat et être parfois incompatibles. C’est pourquoi l’astrologue doit rester extrêmement prudent, humble, quand il interprète, et le consultant, très vigilant : il ne doit jamais prendre les interprétations de l’astrologue au premier degré. Cette diversité de résultat bien sûr, milite en faveur du statut de description de l’interprétation astrologique, la notion de potentialité n’excusant pas tout.

L’interprétation astrologique est ainsi plus performante a posteriori qu’a priori (voir pour cela la 2ème partie de notre article Faut-il rénover la critique de l’astrologie ?) : a posteriori, les configurations astrologiques en présence sont autant de cordes à l’arc de l’interprète, mais a priori elles sont une véritable toile d’araignée dont il est difficile de se défaire. Rappelons ici que « l’interprétation astrologique » ne consiste pas à traduire en mots des flashs ou des perceptions extrasensorielles qui seraient venues à l’astrologue, nous ne sommes pas dans le domaine de la voyance ! L’interprétation astrologique ne consiste pas non plus à prédire, elle consiste d’abord à formuler des questionnements, et mieux, à RE-formuler les questionnements du consultant pour qu’il puisse avoir accès à de nouvelles pistes de réflexion. Que ces questionnements concernent le passé, le présent ou l’avenir, est un autre problème. Mais si l’interprétation astrologique n’est qu’un discours, alors il n’est pas étonnant qu’il soit beaucoup plus efficace a posteriori qu’a priori…

Pire, cela semble se confirmer dans les formes mêmes que prend l’interprétation astrologique selon qu’elle se fait a posteriori ou a priori. A priori, faute de don de voyance, l’astrologue interprète en privilégiant clairement les hiérarchies traditionnelles des facteurs astrologiques. Il a ainsi tendance à organiser son interprétation selon certaines configurations astrologiques qui sont symboliquement plus importantes que d’autres, ce pourquoi elles attirent son attention et rythment l’interprétation. A posteriori par contre, il faut avant tout rendre compte du contenu symbolique d’une situation sur laquelle on a déjà des informations (l’a posteriori n’est pas seulement pour nous l’interprétation du passé), on se réfère alors plus facilement à des configurations astrologiques mineures pour rendre compte de ce que l’on sait. Ce fut le cas pour le sacre de l’actrice Marion Cotillard aux Etats-Unis : aucune configuration majeure à se mettre sous la dent ce jour-là, gênant, non ? Ceci devrait suggérer aux astrologues praticiens de tous les courants, qu’il faudra bien un jour lancer les états généraux de l’astrologie… mais bon c’est là un autre problème.

On comprendra qu’il est ainsi plus facile de « prévoir » à courts termes qu’à longs termes, car prévoir à courts termes c’est en général avoir déjà quelques informations sur une situation attendue mais incertaine quant à ses conséquences. Ainsi la prévision à courts termes peut-elle être considérée comme du domaine de l’a posteriori alors qu’elle vise le futur… C’est d’ailleurs ce qui se passe dans la prévision à la veille d’une élection ou d’un événement sportif alors que le prévisionniste connaît l’état des forces en présence. Idem pour les prévisions au jour le jour de l’évolution des marchés financiers ! Les différentes publications et les discussions sur les forums internet montrent que, à la veille des grands événements boursiers, aucun prévisionniste ne prévoyait quoi que ce soit… ils étaient autant surpris que les autres le jour de l’événement, condamnés à rechercher la configuration astrologique qu’ils avaient oublié, ou négligé. Mais ce sont-là les limites de l’empirisme astrologique. On renverra à notre article Crise boursière : et si l’astrologie… n’y était pour rien ?

 

Le rôle de l’astrologue

Durant la consultation, l’importance du raisonnement, grâce notamment à la connaissance d’un sujet (bourse, histoire…) revient aussi à faire passer des prévisions en apparence a priori, au statut de prévisions a posteriori, car on ne sait plus vraiment quand la prévision – prédiction n’est plus tout à fait astrologique. Une prévision astrologique ne peut donc pas être seulement une prévision teintée d’astrologie (« teintée » quand l’information principale est finalement extérieure à l’astrologie). Pour la rétrodiction, bien connaître le sujet sur lequel on va poser l’interprétation astrologique, c’est avoir aussi à sa disposition un plus grand nombre d’informations que permettront d’illustrer les configurations astrologiques. Il y a là biais contradictoire : mieux connaître le sujet dont on parle permet de dire moins de bêtises, mais permet aussi d’en dire de nouvelles, ou en tout cas d’avoir un trop plein d’information qui donnera le sentiment de valider l’interprétation astrologique en multipliant les correspondances.

De la même façon, dans le cadre de l’astrologie de naissance, la connaissance des fonctionnements de chacun est aussi un générateur artificiel de correspondances astrologiques, puisque l’on sait mieux quel profit tirer de telle configuration astrologique dans l’optique de faire passer tel ou tel message au consultant. S’il rencontre tel ou tel problème commun de communication avec son entourage, il sera plus efficace, mais finalement moins probant, de trouver dans les configurations astrologiques l’illustration de la solution (commune elle aussi) à son problème. L’interprétation astrologique devient alors parfois secondaire, dépendante du bon sens et d’une certaine sagesse de l’astrologue qu’elle vient tantôt alimenter, tantôt provoquer. L’interprétation astrologique peut donc être efficace dans le sens où elle peut permettre d’illustrer une réflexion sur soi, tout en étant non probante au sens scientifique du terme (si le symbole astrologique vient au secours de l’astrologue plus qu’autre chose).

L’astrologie peut donc se concevoir aussi comme une sorte de jeu de rôle où le consultant joue le rôle d’un personnage qui serait plus ou moins comme celui qui se dessine dans sont thème de naissance ou celui qui subirait les transits astrologiques. Même si la chose n’est pas présentée de la sorte, on peut considérer que le consultant échappe un peu à sa vie en entrant dans le cabinet de l’astrologue, un peu comme s’il revêtait un costume, une identité astrologique. Il sera alors tantôt proche de ce personnage, tantôt éloigné, selon les phases de ce que l’on a nommé croyance clignotante. Selon que l’interprétation astrologique nous sert ou nous dessert, on peut s’en servir pour voir les choses différemment ou la rejeter purement et simplement. Dans cette optique, il n’est plus question de science, mais seulement d’outil apte à provoquer certaines prises de conscience ou de recul sur soi.

Ainsi, l’interprétation astrologique peut mener involontairement à paraphraser ou réécrire le réel à la lumière des informations, des croyances, de l’intuition, des déductions et inductions de l’astrologue. Or, quand cela se fait sur des informations erronées, l’interprétation astrologique ne perd-elle pas d’office toute possibilité de statut élevé ? Car l’astrologie permet ainsi d’interpréter le faux, de rendre compte de ce qui n’est pas… on y reviendra plus bas.

Ce que j’ai appelé le diktat du sens est une autre source de questionnements sur la nature de l’interprétation astrologique. En effet, certains événements vont faire sens pour certains astrologues mais pas pour d’autres, il y a donc ici encore un trop plein, mais cette fois un trop plein de sens. Sur la page citée ci-dessus, je donne l’exemple d’une personne qui tombe dans la rue sans se faire mal, en se faisant mal, ou encore en se brisant la nuque : faudra-t-il interpréter ses configurations astrologiques dans tout les cas ? Non, répondront les professionnels, mais tous ne seront pas forcément d’accord pour dire dans quelle occasion l’interprétation est intéressante. De même, l’interprétation du thème astral du gâteau sortant du four pose le problème des limites de l’interprétation : cela reste à la discrétion de l’astrologue, d’où l’importance de sa formation théorique. En somme, deux astrologues ne seront parfois pas d’accord parce que parfois, l’interprétation du premier sera qualifiée de superstitieuse par le second (une mauvaise configuration astrologique peut-elle expliquer une mauvaise note à une épreuve du bac ???).

Dans l’autre sens, certaines interprétations astrologiques nécessitent au contraire, soit une grande expérience de l’interprétation astrologique, soit une certaine compétence psychologique que par définition, tous les astrologues n’auront pas. Mais faut-il conclure à l’incompétence de ceux-là ou bien au statut descriptif de l’interprétation astrologique (qui dépend donc de la qualité de l’interprète, mais pas seulement) ? Nous pencherons pour la seconde option.

Il y a en effet une véritable composition artistique qui s’opère dans l’interprétation astrologique, dans le sens où les mises en correspondance des configurations astrologiques en présence avec la signification de tel ou tel événement relèvent vraiment de l’inspiration et de la créativité de l’astrologue (il n’est pas toujours évident d’associer tel symbole à telle situation). En cela d’ailleurs, l’astrologie est souvent et à juste titre présentée comme un art, mais elle doit en conséquence revoir ses prétentions de « science » à la baisse : on ne peut pas tout avoir, et notamment ici, à la fois la liberté d’interprétation et la rigueur du raisonnement...

Et puis, parmi la myriade de configurations à sa disposition, rien n’assure à l’astrologue que telle ou telle est importante a priori dans l’interprétation du sens d’un événement, c’est pourquoi il y a toujours choix, proposition d’interprétation astrologique, et non « déduction » astrologique. En fait, l’astrologue peut utiliser n’importe quelle configuration astrologique à sa disposition parce qu’il postule que puisque elle est présente au moment de la situation à interpréter, ce n’est pas par hasard. Rien ne lui assure pourtant le lien… La meilleure preuve est peut-être dans le fait que si il choisit certaines configurations astrologiques pour interpréter, 1) un autre astrologue en choisira peut-être d’autres 2) il choisit aussi, mais indirectement, les configurations qu’il n’utilisera pas pour son interprétation, malgré leur présence. Il y a donc bien ici un aspect arbitraire de l’interprétation astrologique qui, encore une fois, pousse à la considérer comme une description du réel qui va varier d’un astrologue à l’autre, un peu comme à partir du même matériel et du même modèle, deux peintres vont produire des œuvres très différentes. Or, ceci n’existe pas de façon aussi prononcée dans les sciences.

Les horoscopes quotidiens, hebdomadaire, etc, sont donc des compositions artistiques au sens plein du terme puisqu’ils sont absolument indifférents à la réalité de chacun ! Le rédacteur d’horoscopes est seul devant ses configurations astrologiques… En fait il ne « prévoit » pas, il se contente de « parler sur l’avenir » proche, il imagine, il compose librement.

 

Interpréter le faux par l’astrologie

Mais quand il y a, par exemple, interprétation à partir de mauvaises dates (erreur d’état civil, changement de date pour un événement attendu depuis longtemps, mauvaise date rapportée dans une biographie, erreur de saisie informatique de l’astrologue lui-même, etc), l’astrologue ne peut pas toujours se rendre compte de l’erreur. Pire, comme on la déjà signalé dans la première partie de ce dossier, l’interprétation erronée correspondait souvent « si bien » qu’il fait mal au cœur d’être obligé de l’abandonner… Elle n’est même plus potentielle, et tout astrologue amateur ou professionnel a été confronté un jour ou l’autre à une bonne interprétation construite sur des données erronées... il faut donc conclure que l’astrologue ne peut donc pas, de façon plus générale, déterminer toujours quelles sont les configurations « à interpréter » ou non, puisque quand les configurations sont fausses il ne s’en rend pas forcément compte (on en reparlera dans la partie théorique).

Combien d’interprétations aussi, se font à partir d’informations fausses provenant des « on dit », voire des omissions, déformations, ou même mensonges du consultant lui-même ? C’est le risque pris systématiquement dès que la personne demande à propos d’une tierce autre (conjoint, enfant, parent, etc). Mais c’est le risque pris aussi d’interpréter à partir de biographies très théoriques, d’informations tronquées parce que l’auteur n’est pas spécialisé, ou encore de s’autoriser à des consultations uniques et d’une durée trop courte : en si peu de temps, l’astrologue reste nécessairement à la surface des choses, il ne peut pas prendre toutes les sécurités qu’il devrait. L’anamnèse est ainsi impossible, en si peu de temps il ne peut pas vraiment se renseigner sur le vécu et le contexte réel de l’individu afin de pouvoir déterminer par le simple bon sens ce qui ne relève pas de l’astrologie…

Ainsi, et de façon plus générale, il y a une tentation permanente d’autonomie de l’interprétation astrologique qu’il faut dénoncer, car elle la pousse vers le statut de description. Si certaines interprétations sont faites en paraphrase du réel, d’autres le sont donc carrément sans tenir compte du contexte réel (en fin de journée les horoscopes de presse sont bien plus en contradiction avec les faits du jour puisqu’ils… sont maintenant connus et pas seulement imaginés, craints ou espérés). Lorsque l’interprétation touche à l’avenir lointain, on comprendra aussi que le rapport à la réalité est plus que discutable… de même que l’interprétation qui ne tient pas compte des limites imposées par la Science ou le bon sens en général.

Dans le recrutement par exemple, l’astrologue ne doit pas se prononcer sur les compétences ou la personnalité d’un candidat sans l’avoir rencontré ! Un thème de naissance ne suffit tout de même pas pour compléter les informations fournies par le CV et la lettre de motivation d’un candidat ! En effet, l’astrologue sera le premier, au cours d’un débat, à défendre l’idée que personne n’est esclave de son thème, que chacun peut le dépasser, etc ! L’astrologie ne peut et ne doit donc pas se substituer, en tant qu’outil de diagnostic, aux outils déjà existants, sous le seul prétexte d’une tradition multimillénaire…

D’un point de vue technique maintenant, quand le rédacteur d’horoscopes de presse fait une interprétation pour la journée, il le fait sans avoir les moyens de connaître les autres et nombreuses configurations astrologiques très contradictoires (il n’y a pas accès),  qui sont en cours sur les thèmes de chacun des milliers ou millions de destinataires de sa prédiction du jour. Il ne connaît pas non plus bien sûr, le contexte de vie de chacun. En cela, il montre qu’il ne vise pas vraiment la réalité des choses et notamment, qu’il néglige le nombre de mauvais conseils qu’il peut donner aux millions de personnes qui l’écoutent chaque jour. Cette absence de prise en compte des dégâts collatéraux causés par les horoscopes de presse n’est-elle pas d’ailleurs très significative de la rigueur déontologique des professionnels qui s’y adonnent ? Au-delà de faire passer l’astrologie pour de la voyance, ils conseillent nécessairement mal !

 

A suivre : Indices de pure description dans la théorie (à venir)

 

 

Serge BRET-MOREL
24 décembre 2009