Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

Rationalis

 

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DOSSIER :

Indépendance, diversité, et fonctions cachées des fondements de l'astrologie

 

1ère partie : Des fondements déconnectés de la pratique

2ème partie : La fonction sociale des fondements de l’astrologie

3ème partie : Quelques conséquences de l’indépendance des fondements et des techniques

 

Quelques conséquences de l’indépendance des fondements et des techniques

 

Si l’on ne peut s’étonner vraiment que les fondements de l’astrologie ne soient pas des fondements naturels au sens scientifique du terme (l’astrologie relève avant tout de la croyance), ce n’est pourtant pas le cas pour l’astrologue. Il y a donc pour lui, des conséquences importantes et nouvelles à retirer de l’indépendance des fondements de sa pratique (donc de sa croyance) et des fondements de son outil (on rappelle qu’à la différence de bien des autres croyances l’astrologie sélectionne et appuie ses interprétations sur des données provenant d’un système mathématique).

- Comme les fondements moraux et métaphysiques se contentent d’orienter globalement les interprétations astrologiques mais ne les impliquent pas (non seulement la contrainte technique n’est que calculatoire, donc indépendante des symboles, mais en plus les paramètres et symboles astrologiques restent arbitraires et amoraux), les possibilités de reformulation des fondements sont permanentes et ne dépendent pas finalement « de la véracité de l’astrologie » mais seulement de l’environnement culturel dans lequel cette dernière est de passage. Donc du contexte particulier de chaque astrologue.

- Or, les syncrétismes religieux ou spirituels (voire paranormaux) caractérisant bien notre époque, il n’est pas étonnant de voir l’astrologie s’épanouir de nouveau et de façon si variée (comme elle l’a toujours fait finalement à des époques de remises en question des valeurs installées). Les crises peuvent être religieuses, philosophiques, scientifiques, politiques ou économiques, tout élan collectif vers l’interrogation est toujours une porte ouverte pour l’astrologie. Son outil étant autonome des questionnements auxquels il peut permettre de proposer des réponses, chacun peut y projeter ses propres questionnements existentiels et aussi réadapter les « fondements traditionnels de l’astrologie » aux connaissances et questionnements de son époque. La fin du 20ème siècle est empli de ces nouveaux syncrétismes astrologiques, et l’omniprésence médiatique de ses pires caricatures un appel permanent vers plus de superstitions. D’où le brouhaha permanent et l’annonce d’une situation pire encore avec l’installation d’internet, ce lieu où tout et n’importe quoi peut être écrit… Les syncrétismes de notre époque génèrent de nouvelles astrologies aussi variées que les astrologues qui en sont à l’origine : elles ne peuvent donc pas mieux s’entendre ou communiquer que ne le peuvent les différents courants religieux.

- On peut donc voir là aussi, une explication partielle de la persistance historique de l’astrologie comme on l’avait déjà évoqué dans le paragraphe du même nom de l’article Faut-il rénover la critique de l’astrologie ?. Puisque l’outil astrologique est utile pour interpréter (commenter, exprimer autrement, chercher un sens caché) le contenu symbolique de situations réelles sur le pourquoi desquelles on s’interroge, il peut s’adapter à quasiment n’importe quel questionnement personnel. On peut alors avoir le sentiment que « l’astrologie » s’adapte, qu’elle change de forme, mais en fait, puisqu’elle propose surtout un discours SUR les événements, ses symboles restent car ils peuvent être utilisés différemment au gré des systèmes de pensée tant que ces derniers ne sont pas à vocation scientifique (car se présente alors la barrière expérimentale). Il y a donc plutôt persistance de l’outil astrologique (paramètres + symboles) que « persistance de l’astrologie » elle-même. Les astrologues de chaque époque trient parmi les textes de leurs prédécesseurs et apportent eux-mêmes des innovations selon les questionnements et les avancées de leur époque, mais jamais vraiment de nouvelles hypothèses naturelles à passer au crible de l’expérimentation. Chez l’astrologue, l’outil astrologique coexiste donc avec ses croyances et ses valeurs bien plus qu’il ne les fonde, ce en quoi bien sûr l’astrologie ne peut toujours pas postuler au rang de science. On peut voir là aussi l’explication d’une contradiction apparente des débats sur l’astrologie : les sceptiques clament haut et fort que l’astrologie n’évolue pas, qu’elle est immobile, quand les astrologues clament au contraire que l’astrologie a énormément muté ne serait-ce que sur le dernier siècle. Qui a raison ? qui a tort ? Personne en fait… Sur le plan des fondements naturels de l’astrologie il n’y a absolument rien de nouveau depuis des lustres : toujours aucune explication convaincante ne permet de fonder scientifiquement l’astrologie. Sur le plan de l’utilisation du système astrologique par contre, les nouveaux courants astrologiques sont légions, et comme la croyance astrologique est une croyance pratique, il y a effectivement eu beaucoup de mouvement pour l’astrologie. L’intégration par exemple de questionnements inspirés des progrès de la psychologie ou de la psychanalyse (Barbault puis Granger par exemple), mais aussi de nouvelles approches comme l’astrologie conditionaliste.

- Mais si les fondements de l’astrologie ne sont pas naturels au sens scientifique du terme (ils n’impliquent en rien le système astrologique ni son utilisation), alors on peut comprendre en quoi il est bien difficile dans ce contexte, pour ne pas dire impossible, de construire une véritable théorie de l’astrologie. Pratique et théorie se font en fait de façons quasi indépendantes, déconnectées qu’elles sont l’une de l’autre, sinon par induction. Le métaphysicien de l’astrologie n’est donc pas théoricien de l’astrologie, il traite trop du pourquoi éventuel de l’astrologie au lieu de focaliser son attention sur le comment. De la même façon peut-être que les astronomes chrétiens de la période pré-copernicienne ont longtemps été interdits de discussions sur les fondements de l’astronomie (seuls les théologiens étaient autorisés à se prononcer sur ces questions si fondamentales, malgré leur méconnaissance de la discipline), l’astrologie a gardé des fondements si abstraits qu’ils n’ont plus rien de naturels en ce début de 20ème siècle. La question du sens bien sûr, empêche la désacralisation de l’outil astrologique, et donc son utilisation rationalisée. Il faut donc déposséder le métaphysicien astrologue de son autorité naturelle, par définition il n’est pas armé pour désacraliser l’utilisation de son outil, donc évaluer la portée réelle de l’astrologie…

- Pire, le pur astrologue praticien n’est pas habilité non plus à se prononcer sur la question des fondements de l’astrologie. Si fondements et pratiques sont déconnectés les uns des autres comme on l’a décrit, alors le pur praticien n’aura développé que des compétences pratiques (écoute, conseil, esprit créatif pour ses interprétations, voire ses prédictions-prévisions, familiarité avec les classements astrologiques, etc). Mais les compétences nécessaires pour les questionnements véritablement théoriques (sur les fondements naturels, l’étude des biais découlant de l’utilisation d’un outil complexe, le hasard, l’expérimentation, l’histoire, l’épistémologie, etc) sont bien différentes. En d’autres termes, le savoir-faire de l’astrologue praticien n’est pas naturellement approprié à la question de la preuve. Ses résultats quotidiens renforcent certes ses convictions et sa certitude de l’utilité de l’astrologie dans le cadre de questionnements existentiels (ce qui nous fera considérer la pratique comme un ciment quotidien de la croyance dans la catégorie Astrologica), mais ne peuvent renseigner directement sur le vrai de l’astrologie.

- Bien que ce soit terrible pour lui, le praticien ne peut donc plus s’appuyer sur ses réussites pratiques pour justifier de la réalité des fondements naturels de l’astrologie. L’expérience de l’astrologue ne suffit plus pour pallier aux échecs de la démarche de la preuve, autrement dit de l’expérimentation. On renverra encore pour cela à la 2ème partie de notre article Faut-il rénover la critique de l’astrologie ?. La question de la preuve n’est pas celle de l’utile (le faux peut être utile), mais celle du vrai. Elle nécessite donc des questionnements sur les limites de l’astrologie et de sa pratique, notamment la mise de côté de la question du sens, omniprésente dans la pratique. Le métaphysicien et le praticien doivent donc être dépossédés de leur autorité sur la question de la véracité de l’astrologie. Ceci au profit du théoricien qui, s’il existait, devrait s’imposer de penser l’astrologie au-delà des questions du sens et des réussites pratiques.

- De cela on comprendra l’absurdité (renouvelée régulièrement !) qui consiste pour le journaliste à interviewer ou inviter un astrologue connu pour ses horoscopes de presse. Acceptant de se déconnecter plus encore de ses douzièmes ou trente-sixièmes de consultants virtuels, il n’est certainement pas théoricien, c’est d’abord un véritable artiste qui compose de la prédiction un peu comme on le fait de la poésie ! Il compose en effet ses horoscopes de façon purement symbolique et avec des largesses et des contradictions théoriques que l’on présentera plus longuement dans La critique des Zoroscopes de la catégorie Mediatica.

- Mais de tout cela ne faut-il pas conclure aussi aux limites de la critique traditionnelle quand elle focalise sur les questions des fondements naturels et des résultats expérimentaux de l’astrologie sans que le lien avec la pratique ne soit établi ? Si les fondements naturels sont si peu importants dans la pratique de l’astrologie, et que celle-ci est si peu rationalisée, que peut-on vraiment conclure de la portée des contradictions et autres résultats négatifs de l’astrologie sinon que l’astrologue est incapable de prouver quoi que ce soit de ce qu’elle affirme ? L’échec de l’astrologie traditionnelle équivaut-il à l’échec de l’astrologie tout court ? Formellement, ce n’est pas du tout évident… mais dans cette optique on ne pourra pas s’étonner vraiment que la critique ne réussisse pas à toucher ni l’astrologue ni ses clients : leur quotidien est bien loin des questions théoriques et expérimentales, il faudrait peut-être commencer à se poser la question de la portée réelle de la critique ! Doit-elle se résumer seulement à une énumération des contradictions de l’astrologie visant à prêcher en terrain conquis (auprès des autres sceptiques) et à « sauver » les personnes qui hésitent encore à approfondir ou non l’astrologie ? Ce serait triste et plutôt inutile…

 

Ce texte bien sûr, s’ajoute à celui de la catégorie Astrologica > L’universalité de l’astrologie, néfaste ciment théorique dans lequel nous avons déjà argumenté pour montrer que ce fondement métaphysique avait de façon surprenante comme fonction cachée de jouer le rôle de liant théorique de l’astrologie sur tous les plans. Elle permet bien souvent en effet, de ne pas avoir à justifier certaines analogies, le choix des événements interprétables ou non, les limites de l’astrologie, etc, ce qui a comme néfaste conséquence entre autres, d’empêcher bien des questionnements rationnels, pour ne pas dire causals sur l’astrologie. Par exemple ceux que l’on vient de développer…

 

Vu sous cet angle, on peut dire alors que la fonction cachée des fondements de l’astrologie n’est pas « de fonder l’astrologie », mais seulement de fonder l’utilisation du système astrologique. Autrement dit, les fondements traditionnels de l’astrologie fondent la pratique de l’astrologie en permettant à l’astrologue de justifier à sa conscience et à la société, de l’intérêt de son activité. Si cela paraît anodin pour le sceptique, c’est absolument bouleversant pour l’astrologue métaphysicien ou praticien (et pour beaucoup, inacceptable…) qui doit en conclure ni plus ni moins que contrairement à ce qu’il croyait, il n’a pas accès aux questions du vrai et du faux, mais seulement à celles de l’utilité de sa pratique ! En somme qu’il nage en eaux troubles…

C’est pourquoi je pense que la Raison a encore beaucoup à dire sur l’astrologie, même si elle ne vise pas en prouver la validité… La critique est bien loin d’avoir fait le tour de la question, ses limites actuelles sont peut-être appelées à être dépassées, même si c’est au pris d’une certaine remise en question de la critique. Mais encore faut-il que la critique ne soit pas elle-même considérée comme sacrée par ses adeptes…

 

Serge BRET-MOREL
le 13 juillet 2009