Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

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Quand la Baleine dévore le zodiaque sceptique

 

Comme vous le savez sûrement, le buzz du moment renvoie à la question du zodiaque astrologique : à cause de la constellation du Serpentaire (voisine des constellations du Scorpion et du Sagittaire), doit-il se référer à 12 signes astrologiques ou bien à 13 constellations astronomiques ? La question n’est pas ici, de savoir si l’astrologie est vraie ou fausse, ce serait botter en touche, mais seulement de s’interroger sur quelques faits astroNOMIQUES simples. Ils sont vérifiables rapidement à l’aide, par exemple, du logiciel libre d’astroNOMIE Stellarium téléchargeable sur tous les bons sites internet :

 

A l’origine de tous les problèmes, l’écliptique est une ligne géométrique formée par le déplacement apparent du Soleil sur la voûte céleste au fil de l’année. Cette ligne constitue le squelette du zodiaque des astrologues, et si le Soleil traverse bien 12 signes astrologiques, il traverse aussi 13 constellations, dont la fameuse du Serpentaire (ou Ophiucus). Or, il se trouve qu’une 14ème constellation, la Baleine (dont on ne parle jamais), voit ses limites redéfinies par les astronomes il y a seulement quelques dizaines d’années, être si proches de l’écliptique, qu’elle va être traversée de temps en temps par les planètes. La constellation de la Baleine côtoie en effet les constellations des Poissons, du Bélier, et du Taureau. Or, Mercure passera par exemple dans cette constellation en mai 2011, puis en avril 2012. Mars y passera en avril 2011, Jupiter en juillet 2022, Saturne en 2026, Uranus en juin 2012, et ce ne sont là que quelques dates parmi d’autres. Mieux, le 25 janvier 2011 la Lune passe rapidement par la constellation du Corbeau, et Vénus passera rapidement dans la constellation d’Orion en août 2012. Il y a donc besoin de plus de 13 constellations pour pouvoir repérer sur la voûte céleste, les positions de la Lune et des planètes officielles de l’astronomie redéfinies en 2006 : le zodiaque de 13 constellations est donc insuffisant, mal pensé, voire… pas du tout pensé.

 

D’ailleurs Pluton, toujours utilisée par l’astrologie malgré son déclassement, est passée dans la constellation de la Baleine vers 1866, mais aussi dans celles du Bouvier (1979), de la chevelure de Bérénice (1971), puis Orion (1901,1915). Pourquoi cette omission de la part des critiques, de la plupart des astronomes, et donc de tous ceux qui ont relayé cette drôle d’information selon laquelle ce zodiaque devrait remplacer celui des astrologues ? Le zodiaque des 13 constellations n’est pas utilisable par l’astrologie, laquelle ne peut pas se passer des planètes. L’horoscope de presse classe certes, les individus selon le seul Soleil de naissance, mais la très grande majorité des prédictions qu’on y trouve sont faites à partir des planètes (relativement au Soleil de naissance). De plus, combien d’astrologues dénoncent les horoscopes comme des caricatures de la pratique de l’astrologie (la Fédération Des Astrologues Francophones par exemple) ? Le zodiaque des 13 constellations permettrait donc de réaliser une astrologie pauvre, sans Lune ni planètes…

 

Mais l’astrologie est-elle remise en question par ces nombreuses constellations ? Et bien non… car elle ne se réfère justement plus aux positions des planètes en constellations depuis près de 2.000 ans (Ptolémée, ~150 ap. JC). Les « positions » interprétées par l’astrologie sont en fait virtuelles, des projections géométriques sur la ligne écliptique, ce que les sceptiques critiquent par ailleurs (site de l’AFIS). Mais ce n’est là qu’un procédé mathématique qui s’est probablement installé du fait que l’on ne savait pas retrouver par le calcul (dans le futur comme dans le passé) les éloignements à l’écliptique des planètes avant Kepler (première moitié du 17ème siècle). Il n’y avait donc que l’écliptique pour les repérer avec un peu de certitudes. Ces éloignements sont nommés latitudes écliptiques, et les positions virtuelles des astres de l’astrologie en signes astrologiques sont affranchies de la question des différentes constellations traversées par le Soleil, la Lune et les planètes.

 

Ces remarques invalident aussi l’idée selon laquelle les Mésopotamiens auraient eu un zodiaque de 13 constellations dont l’une aurait été enlevée… il aurait fallu pour cela qu’ils soient aveugles ou sceptiques si les constellations étaient si importantes pour eux ! En fait le nombre de constellations a bien changé au fil des siècles en Mésopotamie, le chemin de la Lune en comptait encore 18 vers 1200 av JC, et la constellation de la Balance semble avoir été auparavant une partie de celle du Scorpion (ses pinces)… L’appellation du Journalier a été changée en Bélier bien plus tard, etc. Il y a des mythes présents dans la critique sceptique qu’il serait bon de révéler, ce qui est là, affaire d’histoire des sciences, non de connaissance scientifique. Deux domaines assez différents

C’est ce que tentent avec plus ou moins de bonheur d’expliquer certains astrologues depuis longtemps… et il est bien dommage que les personnes connaissant à la fois l’astrologie et la critique de l’astrologie soient si peu nombreuses, car les débats pourraient être bien plus intéressants et obliger l’astrologie à se remettre en question, mais différemment… C’est pourquoi d’ailleurs, a été créé un site internet consacré intégralement à l’analyse critique de l’astrologie, de l’intérieur : http://www.lastrologie-et-la-raison.net/. Il serait tellement plus juste de conclure que les 2 zodiaques sont des systèmes de repérage aux fondements arbitraires, conclusion nouvelle et pourtant objective…

 

On le voit, ces deux dernières semaines, on n’a pu que constater dans les pamphlets lancés à l’encontre de l’astrologie, la forte présence de l’argument d’autorité (un astronome avait parlé ; d’autres journalistes avaient validé l’information aux Etats-Unis ; l’information avait été relayée par l’AFP). Il y a eu aussi un appel à l’évidence dans une sorte de procès gagné d’avance contre les astrologues à qui l’on n’a pas proposé de se défendre tant qu’ils n’ont pas manifesté leur mécontentement. Par le biais notamment de la Fédération Des Astrologues Francophones. Il faut constater encore, que la représentation collective de l’astrologie reste très floue, probablement sous le pilonnage médiatique permanent des horoscopes de presse et de leurs auteurs, bien qu’ils n’aient aucun poste clé dans le milieu astrologique. L’amalgame persiste aussi avec la voyance.

 

L’astrologie est techniquement bien plus complexe, et les problématiques qu’elle soulève, bien plus difficiles à régler que l’on ne pourrait le croire. Un jour peut-être y aura-t-il quelqu’un pour travailler là-dessus sans retomber dans les arguments traditionnels des militants trop engagés pour ou contre l’astrologie ? C’est ce que la chose publique a de mieux à gagner…

 

Serge Bret-Morel

Master en histoire et Philosophie des Sciences

le 24 janvier 2011

 

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