Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

Astrologica

 

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Astrologues, astrologisants, astrophiles et astrogogos :
un autre aperçu de la communauté astrologique
 

 

Il n’est pas possible d’établir le portrait robot type de celui qui s’intéresse à l’astrologie car en effet, ce dernier n’écoute pas forcément son horoscope tous les matins, ne regarde pas forcément les positions des planètes (ou n’appelle pas son astrologue préféré) à la moindre décision qu’il a à prendre, ne consulte pas ses planètes une fois l’an, ni ne croit forcément en les fondements traditionnels de l’astrologie ou pire, en une prédestination astrale à la sauce fataliste. Il y a entre le pire des superstitieux et le plus savant des semi-croyants cachés, un gouffre dans lequel viennent s’insérer un nombre incalculable de profils différents. C’est d’ailleurs là l’un des traits caractéristiques des débats sur l’astrologie : l’astrologie n’est jamais défendue de la même manière, avec le même sérieux, ni de façon coordonnée par les différents acteurs du monde astrologique. La critique a donc bien du mal à répondre à chacun, et cela se comprend, mais a tendance elle aussi à succomber à l’appel de la diversité des argumentations. Si un astrologue a, selon l’usage et presque l’adage, toujours quelque chose à répondre à un sceptique, un sceptique a toujours lui aussi une nouvelle critique sous la main si l’interlocuteur a réussi à répondre à la précédente (qu’il réutilisera même, peut-être, à l’occasion). Ce genre de comportement amène tout de même à se demander si pour le sceptique, sa critique de l’astrologie ne relève pas un peu du domaine du sacré. Nous nous sommes d’ailleurs récemment heurté à cette rigidité rhétorique sur le site sceptique doutagogo : malgré les arguments et les références que nous avons donné, il a été impossible à l’auteur Agnès Lenoire d’envisager un seul instant que Kepler ait pu pratiquer l’astrologie et croire en une sorte d’influence astrale sur les humains… Mais passons.

 

Pourquoi proposer des appellations différentes pour ceux qui s’intéressent à l’astrologie ? Non pas pour éviter certains problèmes ou certaines attaques dans les débats, ce serait un peu trop simple, mais parce qu’il y a différents stades dans l’intérêt pour l’astrologie. Or, si vous traitez de charlatan une personne qui s’intéresse à l’astrologie alors qu’elle n’en tire aucun profit financier, vous risquez bien évidemment de vous enliser dans un hors sujet qui tue le débat avant même qu’il ait commencé… et en étant en tort ! Mais ces appellations correspondent aussi à des termes que l’on entend parfois dans les milieux astrologiques même si l’on ne les trouve pas forcément dans les dictionnaires.

L’un des sujets de conversation courants dans le milieu associatif de l’astrologie concerne la question de l’enseignement de l’astrologie. En effet, et comme on l’a décrit sur la page de garde de la catégorie Le milieu astrologique, les profils des astrologues et les courants astrologiques sont si divers, qu’un enseignement commun de l’astrologie est aujourd’hui impossible. Les différentes écoles d’astrologie ne la présentent donc pas de la même façon à leurs élèves, ni en général n’abordent vraiment les questions critiques (la notion de biais n’y existe pas forcément…). Et puis les autodidactes sont toujours très nombreux. La Fédération Des Astrologues Francophones avait tenté de lancer l’élaboration d’un programme commun, mais cette démarche échoua, certains courants astrologiques n’acceptant tout simplement pas de se mettre à la même table que d’autres. Il ne faut donc pas s’étonner qu’avec un manque d’organisation si criant au stade de l’initiation et de l’enseignement, l’astrologie accouche de personnalités et de professionnels aux profils si variés et si discutables. L’anarchie est traditionnellement de rigueur dans le milieu astrologique depuis au moins, son éviction de l’enseignement supérieur. C’était l’un des dégâts collatéraux à attendre, d’ailleurs, mais il y avait aussi de bonnes raisons au 17ème siècle pour en arriver là, on ne refera pas l’Histoire.

 

Les astrologues sont les professionnels de l’astrologie dans le sens où ils tirent officiellement ou officieusement une rémunération de leur pratique de l’astrologie. Les profils restent tout de même très variés. L’astrologue va en général consacrer sa vie à l’astrologie, mais ce n’est pas forcément un gage de qualité. En effet, comme on l’argumentera plus loin, les compétences ne sont pas assurées par un titre d’astrologue qui s’obtient par simple autoproclamation. De plus, l’outil astrologique étant mis au service des croyances de l’astrologue, et les syncrétismes divers et variés, on peut trouver de tout dans le domaine… Mais le professionnel de l’astrologie est en général seulement praticien, il est bien plus rarement expert de la théorie de l’astrologie, à moins de limiter la théorie aux questions des classements astrologiques et autres traditions d’interprétation en général purement empiriques ou métaphysiques. La question des fondements naturels de l’astrologie, ou encore la réponse à la critique, n’est pas en général, sa tasse de thé, il préfère appliquer que spéculer, même si la spéculation n’est pas toujours là où on le croit… Le professionnel de l’astrologie ne s’abaisse pas non plus nécessairement à la rédaction d’horoscopes de presse. Les quelques dizaines qui le font ne sont pas forcément représentatifs des centaines ou milliers qui existent, en France au moins. Les astrologues amateurs seraient ceux qui pratiquent moins l’astrologie que les professionnels, nous les classerons plutôt dans la catégorie qui suit.

Les astrologisants seraient ceux qui pratiquent aussi l’astrologie, mais elle ne constitue pas pour eux la principale de leurs activités. Il y a ceux qui l’utilisent en annexe d’une activité de psychologue ou de thérapeute, ou encore de pratiques divinatoires comme la voyance. Ceux qui mêlent l’astrologie à des disciplines ésotériques sont souvent ceux qui font le plus de mal à son image… Mais il y a aussi ceux qui la pratiquent à des fins non lucratives, pour leur plaisir ou pour leurs proches, et/ou ils vivent leur croyance indépendamment de toute rémunération. Ces personnes-là, les astrologues amateurs pour la plupart, sont en général les grands oubliés de la communauté astrologique, ils sont discrets quand leur profession n’est pas dans le domaine du paranormal et qu’ils ne souhaitent pas forcément faire la publicité de leur croyance ou simplement de leur attrait pour l’astrologie. Ces personnes que nous distinguerons des autres catégories, seront celles qui pourraient même passer presque autant de temps sur l’astrologie que les astrologues, mais hors consultation. Les individus de l’astrologie que l’on dit « savante » seraient plutôt à chercher dans cette catégorie de personnes cultivées et curieuses de tout qui bien souvent, ont des compétences théoriques bien supérieures à celles des astrologues praticiens (mais moins d’automatismes pratiques).

Le temps qu’elles ne passent pas en consultation, elles le passent sur des questionnements plus théoriques, voire métaphysiques. Si elles ne pratiquent pas professionnellement c’est aussi parce que déontologiquement, elles ne sont pas prêtes à aider leur prochain contre rémunération, ou parce qu’elles accordent plus d’importance que d’autres au problème de l’erreur. En somme elles ne croient pas suffisamment à l’astrologie pour prendre le risque de guider autrui par ce biais, notamment en faisant des prédictions-prévisions. Elles ne sont pas prêtes à consacrer leur vie à l’astrologie. Leur discours moins engagé, sur les forums internet, sera parfois plus pertinent que celui de l’astrologue imprégné de ses croyances pratiques. Nous avons été longtemps dans cette catégorie avant que nos questionnements théoriques sur l’astrologie ne laissent plus de place à la pratique.

Les astrophiles pourraient être ces personnes qui, bien que parfois plus savantes que les deux précédentes catégories de par leur formation intellectuelle, ne s’intéressent que de loin à l’astrologie, mais y trouvent tout de même un intérêt. Soit qu’elles vont consulter leur astrologue une fois l’an ou de temps en temps mais sans être dépendantes de l’astrologie, soit parce qu’elles la pratiquent en amateur de façon irrégulière et sans chercher forcément à se documenter sur les questionnements sceptiques ou métaphysiques qu’elle peut générer. Ils ne sont donc pas militants de l’astrologie. En effet, il est toujours possible de monter un thème et d’en discuter avec la personne concernée pour passer un bon moment et partager des choses un peu personnelles, donc sans forcément chercher à prouver quoi que ce soit. Certains font de la couture, d’autres s’adonnent à la lecture, certains montent des thèmes astraux…

Bien que ce soit sévère, nous pouvons ajouter les astrogogos ou astrosuperstitieux à notre liste, en considérant ces personnes qui sont accros à l’astrologie ou fanatiques militants sans pour autant avoir pris le temps de (ou avoir les compétences pour) se documenter vraiment sur les questionnements plus théoriques qu’elle génère, ni même pris le temps de pratiquer un peu. Ces personnes dont finalement « la culture astrologique » est pauvre, vont tenter de défendre l’astrologie sans avoir les armes pour ce faire, et en tombant dans les contradictions les plus énormes (exemple : « il n’y a pas de hasard mais chacun est libre de faire ses choix… »).

 

Ces quelques catégories naturelles de la communauté astrologique peuvent donc exister et coexister d’abord et avant tout parce que la dite communauté n’est pas structurée par un enseignement ou des textes communs. Il y a donc un grand flou, les profils varient selon la formation intellectuelle indépendante de l’astrologie (quand il y en a une), les croyances, l’enseignement privé qui a été suivi ou non (nombreux sont encore des autodidactes), l’expérience de la pratique, etc. Bien sûr, il n’y a pas de barrière franche entre ces catégories, on pourra trouver des personnes diplômées de l’Université dans chacune d’entre elles, tout comme le contraire, des personnes sans aucun diplôme. Mais nous pouvons voir là aussi pourquoi dans les débats le niveau des interlocuteurs est assez varié, tout autant que les argumentations elles-mêmes ! Il n’y a pas encore par exemple, de livre astrologique de référence pour répondre à la critique. Mais comme on l’a déjà précisé dans notre présentation, on trouve la même variété de profils chez les sceptiques : tous ne sont pas savants, tous ne sont pas toujours documentés, et la plupart ne font même pas la distinction entre astrologie et voyance ou entre un horoscope quotidien et un thème de naissance (alors que cela revient à comparer le temps prévu pour demain et une carte de France… deux choses qui ne sont pas de même nature), ce qui limite rapidement les discussions on le comprendra ! Le problème, le manque généralisé dans la communauté astrologique reste donc la méconnaissance de la critique de l’astrologie. Cette dernière en effet, n’est pas toujours accessible au passionné d’astrologie, et souvent ici, elle est en parfait décalage avec son quotidien, il ne s’y retrouve pas. Le sceptique pèche aussi par méconnaissance de la pratique de l’astrologie au quotidien, ce qui lui interdit d’entrer trop profondément dans les questions astrologiques. A ce stade, il n’est pas étonnant donc que sa critique reste extérieure à l’astrologie et parfois même lointaine. Le dernier numéro spécial de la revue de l’AFIS Science et pseudosciences (N°287) en est un très bon exemple. Les critiques sont en général les mêmes qu’hier, mais remâchées, et quand le texte est théoriquement intéressant, il ne réussit pas à s’appliquer précisément à l’astrologie : c’est au lecteur de faire la démarche ! Il y a là un aveu permanent de l’impuissance critique face à l’astrologie. Pourtant, nous avons déjà signalé que la question technique au moins, pouvait servir de tamis à la critique, mais personne n’a souhaité réagir à cela… trop compliqué. L’immobilisme, contrairement à ce que l’on pourrait croire, n’est pas qu’affaire d’astrologues !

 

Ainsi, celui qui va ici et là prendre connaissance des échanges entre les deux camps, risque très vite d’être déçu par les contenus… Ils sont variés et souvent de tenues irrégulières, ce qui au final laisse nécessairement un goût amer. Qui donc croire du point de vue astrologique ? Qui donc écouter ? Comment l’astrologie peut-elle dépasser ses contradictions les plus évidentes ? Qu’est-ce que « l’astrologie » finalement si personne ne s’entend vraiment sur ce qu’elle peut être au-delà de la critique ? Certains auront peut-être remarqué les guillemets régulièrement présents sur ce site autour du terme « astrologie », c’est un peu en raison de ce que l’on vient de décrire. Il est bien difficile de définir « l’astrologie », pour ne pas dire impossible, tellement les discours et les pratiques sont variés à son sujet. Ils le sont tellement que l’on peut se demander au final s’il y a bien « une » astrologie quelque part, ce qui pose problème d’ailleurs vis à vis des critiques s’adressant « à l’astrologie » et qui en fait, ne s’adressent qu’à des minorités d’astrologues. Les critiques touchant à la question des constellations par exemple, ne s’adressent qu’à l’astrologie sidérale, soit une petite minorité d’astrologues en France ; les critiques liées aux horoscopes de presse rejetés par la plupart des astrologues eux-mêmes, les critiques concernant la voyance, etc… présentent le même problème de ne s’adresser qu’à une partie de la communauté astrologique. Nous avons déjà précisé par ailleurs, dans la catégorie Rationalis, que la question des fondements étant quasiment indépendante de celles que pose la pratique, il y a là un espace pour le tout et n’importe quoi qui caractérise l’astrologie.

En somme, il ne semble pas possible de définir vraiment ce qu’est « l’astrologie » sans que l’un ou l’autre des interlocuteurs se démarque de la définition proposée parce qu’il rejette telle ou telle pratique ou parce qu’il en a développé une nouvelle… C’est pourquoi sur notre site nous aimerions voir la chose plus largement en proposant par exemple de placer l’outil astrologique au centre des discussions, et de voir « l’astrologie » finalement comme tout ce qui gravite autour des fondements et de l’utilisation de l’outil d’interprétation astrologique et non ce qui touche à la question d’une influence astrale. Cela permettrait au moins, sinon de définir précisément ce qu’est l’astrologie, en tout cas de désacraliser un peu la question, quitte à faire passer la question des fondements pour une question annexe… Car cette question-là ne devient alors qu’une question parmi d’autres (utilisation, biais, histoire, pratiques, expérimentation, etc) et il devient possible de prendre un peu de recul et d’envisager un travail plus large.

 

Serge BRET-MOREL
Eté 2009