Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

Rationalis

 

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L’astrologie est-elle expérimentable ?

 

 

DOSSIER

L’astrologie est-elle expérimentable ? (10-04-2010)

L’astrologie est-elle expérimentable n’importe comment ?

- Introduction (09-06-2010)

- Réflexions sceptiques et réflexions causales sur les conditions d’observation d’une potentielle causalité astrologique (17-06-2010)

- Expérimentation sceptique et expérimentation causale sur une potentielle causalité astrologique (à venir)

Des expérimentations bien gênantes… (à venir)

 

Cet article est à lire parallèlement à notre long dossier Science et pseudo-sciences N°287 : le chant du cygne de la critique traditionnelle (de l’astrologie) ? en cours de publication depuis la fin janvier 2010. Dans l’introduction de ce dossier nous commenterons en effet l’article de JP Krivine qui y relate quelques expérimentations sur l’astrologie, lesquelles devraient jeter le doute jusque dans les rangs des défenseurs de l’astrologie. Ce sera fait dans la 3ème partie « Des expérimentations bien gênantes », article qui sera donc au carrefour de ces deux dossiers.

 

L’astrologie est-elle expérimentable ?

Cette question a de quoi surprendre, puisque toute discipline réclamant un rapport étroit à la réalité doit pouvoir être confrontée à ses propres affirmations, au risque sinon, de rester dans le plus grand flou, aussi convaincant cela soit-il pour certains. Or, la question de la pertinence des résultats d’expérimentations portant sur l’astrologie est posée depuis longtemps par les astrologues. En effet, l’astrologie n’étant pas une science dure et ne réclamant aucun fondement réellement physique pour fonder son système (bien que ce soit le terrain de jeu de la critique, on méditera sur le paradoxe…), peut-elle naturellement être passée à la moulinette de l’expérimentation causale ?  De plus, peut-elle être passée à la moulinette de l’expérimentation causale sans… modèle causal à mouliner (tester) ? La première question amène bien des défenseurs de l’astrologie à rejeter l’idée même de la possibilité d’une expérimentation froide, non humaine, de l’astrologie, en attaquant les statistiques par exemple. Mais en fait, la possibilité d’expérimenter sur l’astrologie est plus souvent contestée de façon virulente que véritablement discutée. En effet, tant que l’on se contente d’opposer l’idée de l’astrologie à l’idée de la science, il y a évidemment de quoi disserter, mais lorsque l’on met la main à la pâte, la plupart des oppositions naturelles ne le restent pas forcément. La seconde question relative au modèle est plus « rationnelle », plus politiquement correcte. Elle consiste à se demander ce que l’on teste vraiment en expérimentant sur l’astrologie si l’on n’a pas a priori de modèle causal à tester. Quelle est la portée de telles expérimentations ? On y reviendra dans la deuxième partie de ce dossier.

 

 

Nous allons traiter ci-dessous de quelques arguments contre la possibilité de tester expérimentalement l’astrologie, lesquels se présentent en général de la sorte :

 

- Par nature symbolique, l’astrologie n’est pas accessible à l’expérimentation

- L’être humain est un tout, les statistiques découpent, elles sont donc inappropriées

- L’astrologie est aussi Art et Sagesse, ce en quoi « la Science » en général bien plus encore que les statistiques, ne saurait y mesurer quoi que ce soit

- L’astrologie renseigne sur les structures de la personnalité, des ressentis, elle n’est pas bêtement comportementale.

- Si l’astrologie était causale, alors l’être humain n’aurait plus de libre arbitre

- Le hasard n’existe pas, l’expérimentation sur l’astrologie est donc impossible a priori

- L’astrologue sait très bien mettre en avant les configurations astrologiques exceptionnelles

- Le défi des causalistes sera donc de démontrer que tout le réel observé et vécu est réductible aux atomes ; le défit des symbolistes sera de démontrer que au moins une partie du réel observé et vécu ne peut s’expliquer que par l’interaction de l’invisible avec le visible (Luc Bigé)

- Certains paramètres astrologiques n’ont rien de physique, la causalité est donc insuffisante pour en expliquer l’efficacité

- Seul le Symbole permet d’expliquer certains événements, incompréhensibles autrement.

- L’interprétation astrologique n’est pas absolument vraie, elle est en adéquation avec le vécu

 

 

L’astrologue manipulant de nombreux symboles pour construire ses interprétations astrologiques, beaucoup pensent que par nature symbolique, l’astrologie n’est pas accessible à l’expérimentation. Cependant, l’astrologie revendique aussi, de par son versant astronomique (cosmographique en fait), un statut supérieur ou plus proche du réel que par exemple la numérologie (quant à la matérialité de certains de ses paramètres), la voyance (quant à la datation du futur) et autres spiritualités ou religions (quant au sens de la vie), voire la psychologie (support plus « objectif », « naturel »). On voit donc que l’argument d’une nature symbolique de l’astrologie n’est pas recevable pour raison… mathématique. Puisque l’astrologie dispose d’un volet quantitatif et qu’il est fortement investi par ses utilisateurs, on ne saurait faire comme s’il n’existait pas, comme si l’astrologie était uniquement symbolique. C’est l’une des dérives des débats sur l’astrologie présentée déjà ici dans notre catégorie Rationalis : La diversité des thématiques comme premier obstacle aux débats.

 

Mais il faut ajouter aussi que, sans même se référer à l’aspect purement mathématique de l’astrologie, certains de ses aspects qualitatifs sont tout de même « quantifiables », donnons en un exemple simple. On se rappelle que la tradition astrologique ne se réduit pas aux interprétations relatives au signe solaire (auquel se réfèrent les horoscopes1), et qu’un individu peut être marqué selon elle, par bien d’autres paramètres astrologiques tout aussi importants et même plus importants (certains aspects, les dominantes, etc). On peut donc se demander dans quelle mesure une personne est par exemple « du type Bélier ». En effet, une personne n’ayant que le soleil en Bélier et aucune dominante martienne2, doit-elle être considérée en moyenne, généralement, aussi « Bélier » qu’une autre ayant en plus du Soleil un bel amas en Bélier (plusieurs astres dans le même signe) et une dominante martienne ? Voire des aspects importants de mars dans son thème ? Désolé pour cet aspect technique, mais d’un point de vue purement astrologique, si ceux n’ayant que le Soleil en Bélier « peuvent être régulièrement autant ou plus Bélier » que d’autres ayant bien plus de composantes Bélier dans leur thème de naissance, il y a problème… Cela signifierait en effet que les dominantes angulaires et en amas n’en sont pas vraiment… il faut donc en conclure qu’il y a un aspect quantitatif qui peut ressortir de considérations symboliques par nature qualitatives, même si cela ne concerne qu’un nombre plus réduit de personnes. On reconnaîtra ici au passage, la question expérimentale du choix de l’échantillon à tester, et le fait que pour les expérimentateurs comme pour les astrologues on considère que si influence astrologique il y a sur les hommes, alors ils la subissent à la fois tous et selon la même intensité... lourd présupposé ! A ce titre, une expérimentation où un individu devrait tenter de reconnaître une description de lui devrait démontrer (si les questionnaires sont recevables, ce qui est un autre problème) que des personnes bien plus « Bélier » que d’autres se reconnaissent plus souvent dans des portraits adaptés. Si ce n’est pas le cas, alors l’astrologie peut-elle prétendre à autre chose que des interprétations a posteriori ??? Il n’est donc pas absurde d’envisager un test expérimental sur l’astrologie, il faut s’étonner par contre, que ce genre de critère ne soit jamais pris en compte par les expérimentateurs. En effet, que des astrologues n’y pensent pas pour des raisons culturelles c’est une chose, mais que des expérimentateurs censés avoir une approche causale n’y pensent pas non plus, c’est tout de même plus que surprenant ! Ou alors ce n’est qu’une question de difficulté à trouver un nombre de candidats suffisants (moyens financiers en général très faibles pour ce genre d’expérimentation), car les amas sont plus rares... « Et alors ? » aurait-on envie d’ajouter. N’est-ce pas là un critère suffisamment important pour ne pas « expérimenter » n’importe comment ? La question reste en suspens.

 

Pour des raisons plus philosophiques, les statistiques ont une bien mauvaise image dans un monde astrologique où l’on tente de cerner l’humain de façon « holistique », c'est-à-dire dans sa globalité. Si une telle perception de l’être humain est évidemment recevable, il n’empêche que l’argument ne résiste pas non plus. En effet, au delà du paragraphe ci-dessus, il faudrait que les statistiques sur l’astrologie postulent que l’être humain n’est pas une totalité indivisible. Or, elles ne prétendent rien de tel tout simplement parce qu’elles ne prétendent… rien du tout sur la nature de l’être humain ! En effet, les statistiques ne sont qu’un outil, et si elles testent quelque chose ce sont bien des affirmations. Par exemple, l’idée que des personnes sont en général « plus Bélier que d’autres » quand elles ont en Bélier en plus du Soleil, un regroupement de paramètres astrologiques considérés comme importants par la tradition. Ou bien qu’un individu peut se reconnaître mieux dans son portrait astrologique plutôt que dans un autre (ce qui est le principe de la commande du thème astral à distance… soit une partie non négligeable de l’activité astrologique). On ne peut donc pas rejeter la question statistique pour le seul prétexte que l’humain est indivisible : ce n’est pas ce qui sous-tend l’approche statistique. Une erreur consisterait par contre à prendre le résultat de statistiques positives pour en conclure que tous les Béliers sont comme ceci ou comme cela, mais c’est là une autre question.

 

Pour d’autres astrologues l’astrologie est AUSSI art et sagesse, ce en quoi « la Science » en général bien plus encore que les statistiques, ne saurait y mesurer quoi que ce soit. Mais si l’astrologie n’est « pas seulement » science pour ces personnes-là, il reste qu’ils l’invoquent comme telle par ailleurs. On ne saurait donc rejeter l’approche scientifique de l’astrologie sous prétexte qu’elle est « aussi » un art (d’interprétation) ou une sagesse puisqu’elle permet des questionnements, donc une remise en question de certaines évidences du quotidien. On ne confondra pas non plus la question des personnes ayant rencontré l’astrologie et celles ne l’ayant pas encore rencontrée… car dans tous les cas ceux qui sont adeptes de l’astrologie ou militants sceptiques sont systématiquement rejetés des dites expérimentations. Pour les mêmes raisons : trop impliqués dans les débats, on ne peut les considérer comme objectifs ou plus ou moins programmés (pour se reconnaître ou ne pas se reconnaître dans des descriptions astrologiques). Une autre façon d’invalider l’argument. Et puis, si les sujets correspondaient peu à leur description astrologique avant la rencontre avec l’astrologie… en quoi celle-ci pourrait-elle prétendre à autre chose qu’une nature culturelle, programmatrice ??? Ce n’est pas non plus parce que « la Science » ne saurait mesurer l’intuition ou la créativité de l’astrologue (sinon pour remarquer quand même les contradictions ou les erreurs de prédictions !) qu’elle ne peut rien dire sur l’astrologie. Par exemple sur ses possibles fondements, ou sur quelques tests. Enfin, si l’astrologie est aussi sagesse, puisque l’expérimentation ne teste pas la sagesse des sujets, pourquoi serait-elle invalidée a priori pour cette raison ? En fait, il est surtout contradictoire de considérer que l’astrologie est à la fois un art, une sagesse ET AUSSI une science. Ou alors il faut assumer. Ce n’est pas parce que le scientifique peut tirer aussi une philosophie de vie de son contact quotidien avec la science, ou créer des représentations artistiques d’inspiration scientifique, qu’il nie à la science la possibilité d’accéder au vrai. Il ne mélange tout simplement pas tout. De la même façon, l’astrologue ne peut à la fois revendiquer le statut de science tout en rejetant les (énormes) contraintes qui en découlent au seul prétexte que l’astrologie ne serait pas « seulement » science pour lui. Nous sommes sinon dans la logique du beurre, de l’argent du beurre, etc…

 

Un autre argument contre l’approche expérimentale de l’astrologie est celle invoquant l’idée que les symboles astrologiques renseignent sur les archétypes renvoyant à l’inconscient humain. Dans ce cas, « l’impact » des configurations astrologiques (qui ne serait pas forcément causal dans le sens trivial du terme (gravitation, rayonnement), d’où l’inadéquation du terme « influence » trop connoté ici, même si la question causale n’est pas pour autant évacuée3), serait structurel et non directement comportemental. En somme, tous les Béliers ne seraient pas nécessairement impulsifs par exemple, de même que « tous les carrés » d’un thème ne marqueraient pas irrémédiablement des traits de personnalité négatifs, mais plutôt des difficultés naturelles à surmonter. Patrice Guinard a ainsi théorisé la notion de structure astrologique dans sa thèse de Philosophie consacrée à l’astrologie, et développé aussi la notion d’impressional. Nous sommes plus ou moins proches d’un déterminisme psychologique et de ses différences avec les causalités généralement examinées par la critique. Il ne faudrait donc évidemment pas considérer les descriptions astrologiques comme celles de comportements humains attendus mais comme celles de structures de la personnalité ne se réalisant pas forcément de la même façon d’un individu à l’autre, voire même pouvant se réaliser de façons opposées. Certains comportements sont seulement plus attendus que d’autres. Donnons en exemple le symbolisme du type Verseau, visionnaire, en avance sur son temps, emprunt de liberté, de paix universelle, d’humanisme, qui une fois au pouvoir peut devenir dictateur en essayant d’imposer de façon froide une perception de la réalité à laquelle il ne comprend pas que l’on ne puisse pas adhérer. Il nierait dans ses actes ses propres principes en cherchant à imposer par la force ou la raison niant l’émotion, ce qu’il considère "comme « la meilleure réalité ». Concrètement, un visionnaire et un dictateur correspondant au symbolisme du Verseau, comment cela pourrait-il ressortir dans les statistiques ? La question se pose d’ailleurs pour tous les symboles astrologiques décrits toujours dans le sens du meilleur et du pire puisqu’ils sont des catégories et non des concepts... En fait, le problème n’en est pas un, car la question n’est pas de savoir ce que devient toujours un Verseau, mais s’il devient plus souvent que d’autres, ce que l’on peut en attendre d’après la description astrologique. C’est pourquoi la distinction entre structurel et comportemental n’est pas suffisante pour invalider l’expérimentation astrologique, elle ne fait que suggérer que l’on doit attendre des résultats plus faibles. Mais plus faibles, ne signifie pas pour autant imperceptibles ou irrecevables, car c’est justement là la spécialité des statistiques. Ne pas chercher à obtenir des résultats proches de 100%, mais juger de l’éloignement à ce que prévoit le hasard, où des écarts intuitivement assez faibles peuvent être recevables.

 

En somme, il y a souvent derrière le rejet de l’expérimentation sur l’astrologie, une mauvaise conception de la causalité et de l’expérimentation. En effet, et de façon surprenante, à la causalité l’astrologue oppose souvent le libre-arbitre, comme si la causalité était réduite à, ou synonyme de, fatalité. Pour le sceptique pourtant, l’astrologie est fataliste parce qu’elle prédit ou interprète justement… sans cause. C’est là l’un des nœuds des débats que les intervenants habituels ne réussissent pas toujours à dépasser. Or, qui dit causalité dit aussi hasard car action impersonnelle ; ou encore possibilité de cerner la causalité pour mieux la contourner. La causalité ne doit donc pas être réduite à une action fatale, incontournable, ce pourquoi l’expérimentation sur l’astrologie n’est pas non plus à rejeter pour ces raisons-là. La causalité n’enferme pas, elle réduit les champs de possibles, voire les réorganise, c’est différent.

Et puis, pour d’autres le hasard n’existe pas… d’où l’inadéquation supposée de cette notion à l’examen « de l’astrologie ». Pourtant, pourtant… ce sont parfois les mêmes qui nient la notion de fatalité, on remarquera au passage le paradoxe consistant à nier conjointement l’existence du hasard et de la fatalité… Mais il ne faut pas confondre le hasard avec la contingence, imprévisible par essence, parce que « sans raison » (pourquoi est-ce telle mouche qui est venue se poser sur ma main et pas telle autre ???). A l’inverse, le hasard est déterministe, c'est-à-dire que les mathématiques ont défini la notion de probabilité dans des cadres bien précis, des cadres dans lesquels tous les résultats possibles sont connus. Dans ce cas-là la question n’est plus « pourquoi tels résultats sont-ils advenus ? » mais « quelle est la probabilité pour que tels résultats adviennent (ou soient advenus) ? ». La question est donc très différente, et lorsque l’on tente d’expérimenter sur l’astrologie, il est toujours possible de déterminer a priori quelles sont les positions ou les configurations astrologiques attendues et comment elles peuvent se répartir selon le nombre choisi des individus ou des événements. En d’autres termes, le hasard prévoit par exemple une fréquence de 5,5 % pour la configuration « Mars conjoint au milieu du ciel » (avec un orbe de 10° on a 2x10=20° degrés possibles sur 360, soit 20/360x100 ~5,6 % de fréquence attendue). Cela signifie que 5,5% des terriens à peu près, ont cette configuration dans leur thème de naissance. Si l’on n’en trouve pas beaucoup plus dans la population expérimentalement étudiée, cela veut littéralement dire que la configuration astrologique « observée » n’a pas bousculé ce que donne à tout moment le hasard. Autrement dit si l’on crée au hasard un certain nombre de thèmes astraux, alors on attend qu’à peu près 5,5% présentent « naturellement » cette conjonction bien que nous n’ayons que des thèmes purement virtuels. Il FAUT donc pour l’astrologie que la conjonction soit plus présente que ce qu’en prévoit le hasard, que l’on soit dans la causalité ou non. Mais mieux, si l’on ne trouve qu’un nombre d’individus légèrement supérieur à ce que le hasard donne naturellement, cela veut dire aussi que l’impact astrologique est extrêmement faible, et suffisamment faible pour qu’en tout cas l’astrologue ne puisse plus après cela, se permettre de le présenter comme important. Nous allons revenir ci-dessous sur l’importance que le hasard devrait occuper dans certains jugements de l’astrologue.

Sans la compréhension du hasard la plupart des technologies contemporaines de l’information n’existeraient pas (il est omniprésent à l’échelle des nanotechnologies et fonde même notre maîtrise)… Le hasard existe donc bel et bien dans la matière et ce n’est plus à démontrer, mais l’astrologie est-elle pour autant concernée ? En préalable, il y a ici un contresens à éviter absolument ! En effet, si l’astrologue considère que les chaînes d’événements et les chaînes de configurations astrologiques ne sont pas corrélées par hasard, alors a priori cette notion est à rejeter. Toutefois, toutefois… l’astrologue n’a pas à considérer que le hasard intervient forcément AVANT le positionnement des astres, il peut considérer aussi qu’il intervient APRES, dans ses jugements, dans son interprétation (même si cela revient finalement au même). En effet, comment juger du caractère exceptionnel de certains résultats, de certaines configurations astrologiques ? On trouvera un exemple simple dans le Que sais-je ? L’astrologie paru en 2005 aux PUF. Les astrophysiciens Kunth et Zarka rappellent que si l’on trouvait par exemple dans la population, un nombre de couples homme Scorpion – femme Verseau présents suffisamment pour que cela n’arrive qu’une fois sur mille (soit très rarement) le résultat serait à rejeter tout de même. En effet, si l’expérimentateur a cherché à comparer les fréquences des couples sans préciser au préalable l’importance du couple trouvé, alors (en fait) n’importe quel couple aurait pu faire l’affaire pour lui. Et cela change tout… car puisqu’il y a 12x12=144 couples possibles, la probabilité finale de notre résultat n’est plus de 1 chance sur 1000 mais de (1/1000)x144=1/7 soit finalement une chance sur 7 seulement pour que cela se produise. Autrement dit, il y aura eu une mauvaise formulation de l‘hypothèse de départ. Sans le savoir, il n’attendait pas « les couples homme Scorpion femme Verseau » avec une chance sur 1000 mais « n’importe quel couple » avec une chance sur 7 (soit à peine plus qu’un lancé de dés). On comprendra donc que sans contrainte préalable, l’expérimentateur cherchait sans le savoir, les fréquences de tous les couples, et non celle du couple cité. Alors qu’il aurait eu grosso modo une chance sur 1000 de prévoir le résultat précis qu’il a obtenu (d’où l’intérêt de prendre le risque de le prévoir), il n’avait en fait que peu de risques (une chance sur 7) à chercher un couple quelconque avec une probabilité de 1/1000, ce qui est absolument inintéressant. On verra ici que l’interprétation de la rareté des configurations astrologiques est, et doit être, soumise au jugement du hasard, car celui-ci peut nous tromper très facilement. Et c’est un reproche majeur à faire à l’astrologie mondiale (ou boursière) dans laquelle on isole des configurations astrologiques sans en général distinguer au préalable (comme dans l’expérimentation décrite ci-dessus) entre par exemple « attendre une configuration entre Uranus et Saturne » au moment de tel type d’événement, et « attendre une configuration entre deux planètes lentes » au moment de tel type d’événement. On comprendra que la probabilité n’est pas la même… et que le jugement de l’astrologue est faussé sans les probabilités connues au préalables et littéralement juges de l’importance à donner aux dites configurations astrologiques obtenues. Ce n’est donc pas à l’astrologue de décider de la rareté de ce qu’il a obtenu, et c’est là une des limites du savoir-faire astrologique quand on sait qu’en astrologie mondiale l’astrologue a tendance à isoler des événements de même famille en regardant après coup les configurations astrologiques en présence. Ou alors le contraire (mais cela revient au même), à isoler une configuration astrologique et à comparer les événements présents quand elle se reproduit cycliquement (sans chercher au préalable à savoir tous les combien de temps se produisent ces événements). On retrouve donc cette erreur aussi dans l’interprétation astrologique a posteriori. En effet, lorsqu’au moment de tel événement l’astrologue est troublé de trouver une configuration astrologique dont le symbolisme permet si bien de rendre compte du contenu symbolique du dit événement, cela ne devrait pas lui suffire pour être troublé. Il devrait en effet au préalable, se demander quelles sont les différentes configurations astrologiques qui permettraient un même degré de satisfaction (différentes planètes, différentes positions en signes et en maisons, différents aspects, etc). Il verrait alors que finalement, c’est peut-être bien le contraire qui aurait été surprenant : qu’il n’y en ait pas une ou plusieurs… On pourrait voir là d’ailleurs, la distinction entre une forme de divination astrologique involontaire (où l’astrologue prend au premier degré les configurations astrologiques qu’il obtient à la date de l’événement, un peu comme un tirage au sort) et une pratique astrologique où l’astrologue saurait avant même de regarder quelles étaient vraiment les configurations en présence, la probabilité qu’il en trouve une parmi d’autres attendues. On le voit, l’introduction des probabilités dans la pratique de l’astrologie serait plutôt… révolutionnaire.

 

Le défi des causalistes sera donc de démontrer que tout le réel observé et vécu est réductible aux atomes ; le défit des symbolistes sera de démontrer que au moins une partie du réel observé et vécu ne peut s’expliquer que par l’interaction de l’invisible avec le visible. La difficulté réside dans ce « tout » et ce « que » écrit aussi dans la 1ère partie de son article Causalité et/ou symbolisme un débat fondamental, Luc Bigé, astrologue titulaire d’un doctorat en sciences mais défenseur du Symbole. Or, pourquoi donc les symbolistes ne devraient-ils pas démontrer au contraire que derrière TOUT événement il y a un symbole à l’œuvre ??? Les causalistes ont déjà démontré que bien des parties du réel sont mieux explicables par la causalité que par la référence aux symboles, mais aussi parfois SANS recours au symbole, et l’auteur semble confondre le projet causaliste avec la position causaliste. Bien sûr que dans l’idéal de l’astrologue causaliste tout devrait à terme, être expliqué sans les symboles, mais ce n’est là qu’un projet. Car le chercheur sait qu’il ne peut prévoir l’aboutissement de ses recherches ni les nouvelles découvertes risquant de mettre fin à l’objet même de ces recherches. De plus, l’astrologue causaliste modeste définit sa recherche avec moins d’ambition : démontrer qu’au moins une partie de l’astrologie peut s’expliquer causalement ou que « la preuve doit précéder l’explication » (projet pour l’astrologie de feu la scientifique Suzel Fuzeau-Braesch par exemple), mais pas chercher à justifier toute l’astrologie. Trouver des « explications » symboliques là où la causalité n’explique pas tout ne suffit certainement pas à sauver le projet symboliste… à peine cela suffit-il pour valider l’idée d’un savoir-faire symboliste, mais quant au rapport avec le vrai c’est là une toute autre question. Car la notion de hasard vient ajouter une troisième catégorie aux débats entre causalisme et symbolisme, comme on l’a développé plus haut : des résultats peuvent être à première vue signifiants pour l’observateur tout en étant finalement non significatifs d’un point de vue expérimental. Autrement dit, il y aura du sens dans certains résultats qui sera perdu une fois le jugement du hasard introduit (voir ci-dessus l’argument contre l’astrologie mondiale habituelle ou l’interprétation a posteriori).

 

L’une des limites de l’argumentation symboliste contre la possibilité d’une astrologie causale (d’où découle la question de l’expérimentation sur l’astrologie) nous semble donc aussi se trouver dans la non existence d’une théorie de l’erreur dans l’utilisation du Symbole. En effet, dans la 2ème partie de l’article de Luc Bigé, le Symbole aurait bien des vertus, et rendrait compte de bien des événements par leur sens, mais jamais au grand jamais on n’évoque la possibilité de se tromper par le Sens. La possibilité aussi de sens contradictoires comme on l’a rappelé dans la catégorie Astrologica dans notre Dossier : Description ou explication astrologique ?. Bien sûr que le sens peut permettre d’envisager des relations entre événements a priori incompatibles, mais il peut amener aussi à sur-rationaliser le réel, autrement dit lui attribuer un sens qu’il n’a pas forcément. Soit parce qu’il en a un autre, soit… parce que l’événement n’en avait pas. En quoi par exemple, le symbole explique-t-il plus qu’il ne colore les événements ? Quel que soit le gain métaphysique de l’interprétation par le sens, il n’empêche que colorer et expliquer par le biais des symboles, n’est pas forcément différent, sinon dans les intentions, ce qui ne change rien. Or, dans quelle mesure le symbole peut-il tromper l’homme ? C’est là une question qu’il faut poser avant de pouvoir opposer véritablement une approche causale de l’astrologie à une approche symboliste. Sans théorie de l’erreur, la « théorie du Symbole » ne peut en être vraiment une. Et donc invalider a priori la possibilité d’expérimenter sur l’astrologie, mais l’auteur ne va pas tout à fait jusque là non plus puisqu’il admet quelques résultats statistiques. Il n’empêche que dans son tout dernier paragraphe, il fait comme si tout marchait bien en astrologie et semble confondre comme beaucoup, l’idée de prouver l’existence d’une causalité astrologique avec la volonté de rendre compte causalement de toute l’astrologie. On regrettera donc que ne soit pas faite ici la distinction entre « science des correspondances » et « science des mises en correspondance ». En effet, l’astrologie consiste-t-elle seulement à retrouver le sens caché des événements ou bien de temps en temps (souvent, toujours ?) permet-elle aussi d’ajouter du sens à des événements qui n’en avaient pas (d’où la notion de coloration du réel) ? Notre dossier « Description ou explication astrologique ? » signalé ci-dessus, ne va pas dans le même sens que les conclusions de l’auteur…

 

Cet article d’Alain Nègre, se clôt sur un contenu voisin. Ainsi l’astrologie est-elle pour cet auteur telle que Pour qui médite son thème de naissance, il y a (…) adéquation entre la représentation de l'univers vu à la naissance et son "vécu" intérieur. Ceci alors que seul le système solaire est en question ici et pas l’univers (l’universalité de l’astrologie a des conséquences bien néfastes pour l’astrologie). Mais il ajoute : Aucun système d'interprétation symbolique n'est absolument vrai. Le symbole est caractérisé par sa polysémie, son foisonnement multivoque. C'est un langage opaque susceptible d'une infinité d'interprétations. Or, cela n’impose-t-il pas finalement qu’il n’y aurait au moment de la naissance qu’adéquation avec… ce que je retiens de mon thème vis-à-vis de mon vécu, et pas avec toutes les interprétations que je n’y retrouve pas ? Il n’y a donc pas adéquation du tout, plutôt sélection des correspondances positives, utiles, et omission de toutes les autres. Ce qui pose problème à la théorie du symbole quand elle passe de ses intentions et de quelques avantages localisés ou abstraits, à une vision plus générale, mais plus appliquée aussi, moins abstraite. En somme, si l’interprétation astrologique n’est pas absolument vraie, mais en adéquation avec le vécu, alors nous retombons dans les paradoxes décrits dans notre article Faut-il rénover la critique de l’astrologie ? où j’insistais sur l’intérêt de concevoir l’astrologie comme un savoir-faire et non une science où la notion d’utilité (de l’interprétation) vient dépasser (transcender ?) celles du vrai et du faux traditionnellement présentes dans les débats. Ceci fondant aussi la distinction entre expérience (empirique, personnelle) et expérimentation (théorique et appelant à un consensus).

 

En fait, puisque l’astrologie n’est pas d’origine scientifique ou même rationnelle, il est nécessaire que si phénomène astrologique il y a (je n’en pose pas l’existence), non seulement il a été nécessairement mal étudié faute de moyens et de méthodes adaptées, mais qu’en plus on lui a attribué à la fois trop d’effets (sur-rationalisation) et pas assez (effets inattendus, non imaginés). Autrement dit, les opposants à l’approche expérimentale ou scientifique de l’astrologie n’envisagent jamais (comme cela se passe toujours pourtant, quand la causalité réussit à s’introduire dans une discipline) que si un jour une causalité astrologique était prouvée, alors l’astrologie qui en résulterait, serait très différente de celle qu’ils connaissent aujourd’hui. Désacraliser l’astrologie aboutit aussi à ce genre de conclusion : viser à prouver l’existence d’une influence astrale ne peut et ne doit équivaloir à viser la preuve de « son » astrologie, celle à laquelle on adhère, ou l’astrologie traditionnelle en général. L’expérimentation et la causalité imposent une dépossession des phénomènes… et l’expérimentation alors, est non seulement souhaitable et réalisable en droit, mais aussi nécessaire.

 

Partie 2

L’astrologie est-elle expérimentable n’importe comment ?
Réflexions sceptiques et réflexions causales

sur une potentielle causalité astrologique

 

Serge BRET-MOREL
Mise en ligne le 10 avril 2010

 

1. J’aime à prendre l’exemple des horoscopes de presse car il est connu de tous. L’horoscope de presse est techniquement construit sur un seul paramètre astrologique, à savoir la position du Soleil en signe astrologique au moment de naissance. Cela aboutit à bien des contradictions quant à la pertinence a priori de ces horoscopes, de même que sur la déontologie de leurs rédacteurs astrologues… On pourra trouver plus d’informations dans notre catégorie MEDIATICA > La critique des Zoroscopes

2. Dans les classements astrologiques, la planète Mars gouverne le signe du Bélier selon la tradition.

3. En admettant qu’aujourd’hui, l’impact astrologique supposé ne découle plus d’une action causale permanente des astres sur les hommes, mais de tendances cycliques et internes que l’Homme a acquises au fil de son évolution, il n’empêche qu’il lui a fallu les acquérir. Or, cela implique qu’il y a eu causalité le temps au moins, de l’intégration des rythmes astrologiques. Cela signifierait donc que la causalité astrologique à l’origine de cette intégration psychique ne serait plus active aujourd’hui… ce qui semble un peu contradictoire.